Alors qu'un mini-feuilleton s'ouvre dans les colonnes de la presse nationale sur le devenir, à défaut d'avenir, de Nicolas Sarkozy, les responsables de l'UMP (pour nombre d'entre-eux, désormais anciens ministres) axent leurs éléments de langage sur le "troisième tour", entendez par là les législatives.
A y regarder de plus près, cet empressement à laisser entendre que ce nouveau scrutin ouvre une perspective de victoire électorale, qui serait nécessaire, "pour ne pas laisser tous les pouvoirs à la gauche" sonne comme une sentence expiatrice d'un sarkozysme que tous ont adoré, mais promis, comme le veut le plus souvent le sort des idoles, à un autodafé dans lequel tous les Savonarole révélés espèrent une salvatrice absolution.
D'abord, revenons sur cette notion de main-mise sur tous les pouvoirs, assez savoureuse quand on se retourne sur le fonctionnement de la praxis sarkozyste, qui conduisait tous les rouages de l'Etat à être occupés par des affidés du Président de la République de l'époque. Ainsi, dès les premiers instants de notre première conversation lors de sa prise de fonction avais-je été fixé sur la conception que le nouveau préfet de la Creuse, Hugues Moutouh, se faisait de sa fonction, puisqu'il eut l'honnêteté intellectuelle de commencer sa phrase par : "nous, à l'UMP..."
Mais après-tout étions nous si éloignés d'une conception anglo-saxonne, qui incarnait à ce moment du quinquenat la référence intellectuelle et politique avant d'être supplantée par l'Allemagne, qui veut que les administrations changent avec les Présidents ? Ce qui n'empêcha pas, lors de la campagne, Nicolas Sarkozy de dénoncer les supposés purges massives prévues par son concurrent dans la fonction publique, ce qui au passage en dit long sur l'importance de la maîtrise massive de ces postes à responsabilité par ses fidèles. On aura bien compris que la nomination de socialistes à deux ou trois éminentes fonctions de la république aura été un arbre destiné à cacher une forêt touffue de véritables prébendes administratives.
Ensuite, force est de constater que les élections intermédiaires ont consacré des victoires de l'opposition de gauche, y compris jusqu'à provoquer le basculement politique du Sénat. La droite ne s'indignait pas jusque-là du fait qu'elle contrôlait les deux chambres.
A côté de son aspect circonstantiel, l'argument de la maîtrise complète des pouvoirs dissimule mal une critique acerbe du bilan présidentiel de Nicolas Sarkozy, toujours et in fine synonyme de défaite électorale. Tout l'enjeu et la difficulté de l'exercice à venir pour la droite seront de se détacher suffisamment de la responsabilité de ce bilan, pour l'imputer à la seule personne de Nicolas Sarkozy , sans donner de manière trop ostensible ce sentiment d'abandon, qui dérouterait un électorat encore attaché, lui, à la personnalité de l'ancien Chef de l'Etat.
Les candidats aux législatives auront du mal à gommer leur participation au bilan de Nicolas Sarkozy, dont certains, comme Jean Auclair se revendiquaient encore ouvertement il y a quelques jours. Ils auront du mal à s'abstraire de leur implication dans l'état de la société française, qui vient de les sanctionner tout autant que leur leader . Car au-delà de l'homme qui l'incarnait , c'est une politique qui vient d'être rejetée par les Français. Une politique qui assumait cyniquement les cadeaux faits aux riches et aux puissants, au détriment du plus grand nombre, abandonné et condamné à affronter une crise qu'il n'avait ni provoquée, ni déclenchée.
C'est ce modèle dont ils se réclament, de société inégalitaire, socialement violente, économiquement impuissante, haineuse et égoïste dont les Français ne veulent plus. Nous verrons dans les jours qui viennent si l'UMP est capable de résister aux courants contraires qui la traversent. L'exercice est suffisamment difficile pour qu'il obère toute capacité à rassembler nos concitoyens sur un projet de société qui soit autre chose qu'une simple rejet du résultat de la présidentielle. Ce n'est pas avec ça qu'on crée une action dynamique, tout juste une réaction organique d'où le souffle vital s'échappe de manière stérile.
C'est bien dans une nouvelle majorité présidentielle que les Français placeront leur espoir. Pour Juin aussi, le changement, c'est maintenant !
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