Je vous parlais il y a peu de l’image de la Creuse, et j’estimais que la lutte pour la défense et le développement des services publics qui a conduit 263 élus à présenter leurs démissions, l’arrivée du haut-débit en Limousin d’ici deux ans, l’organisation d’une partie de la vie sociale autour de la culture et de la gastronomie, constituaient autant d’éléments de nature à projeter notre département dans la modernité. Autant d’exemples venant dépoussiérer une image stéréotypée de département « désert rural », lieu de l’ennui le plus profond. L’initiative de promotion de la tapisserie d’Aubusson en direction des Emirats Arabes Unis me semblait également illustrer cette volonté des creusois de « vivre dans le siècle », d’être des acteurs du monde contemporain.
J’ai bien déchanté cette semaine à la lecture
d’un article scandaleux du mensuel « Enjeux», intitulé « le trou sans fond de la Creuse ». Un article plein de fiel, d’insultes et d’informations fausses. J’ai longuement hésité avant d’en parler ici, devant le risque de lui donner plus d’importance que nécessaire. Mais les réactions locales sont si vives, les blessures si sensibles que je ne peux le passer sous silence, comme le fait également David Daroussin.
Cet article est une caricature.
La thèse de l’auteur, c’est que la Creuse est un département sous perfusion, qui se permet d’avoir des ambitions, alors qu’elle devrait se résumer à être une espèce de réserve naturelle. Et pour soutenir cette thèse, il n’hésite pas à forcer le trait :
-« La Creuse vit sous perfusion de subsides nationaux et européens, au dessus de ses moyens. » D’abord, la Creuse vit en République, ses contribuables paient l’impôt sur le revenu, la TVA et l’ensemble des taxes de l’Etat . Elle a, par le passé, versé un lourd tribut à la solidarité nationale : 40 % des hommes nés entre 1891 et 1900 ne sont pas revenus de la guerre de 1914, ce qui a fortement contribué à son déclin démographique et économique.
Les règles communautaires et nationales en matières de subventions d’équipement s’appliquent chez nous comme partout en France, et le seul reproche recevable aurait été de ne pas les avoir mobilisées, ce qui n’est pas le cas. La République a pour vocation d'assurer l’égalité de traitement de ses citoyens et de protéger les plus vulnérables d’entre-eux. Ce pacte républicain serait-il remis en cause à l’avenir ? Certes oui, si seuls les critères de rentabilité s’appliquent aux services publics par exemple,ce qui aura pour conséquence d’établir une hiérarchie dans la citoyenneté entre ceux qui y auront droit et ceux à qui on le contestera.
-« Il n’y a pas de cohérence dans les décisions des élus. ». Et l’auteur de l’article de donner comme exemple l’installation d’éoliennes dans le parc naturel de Millevaches « site protégé ». Comme si la production d’énergie renouvelable était incompatible avec la notion de Parc Naturel. Il explique également que le Conseil Général « peut débattre sans rire d’un projet d’hôpital à Felletin (2300 habitants), en plus de celui de Guéret et d’Aubusson ».
Je ne sais pas d’où lui vient cette « information » complètement fantaisiste, mais cela démontre l’absence totale de rigueur de ce monsieur, car aucun projet n’existe en ce sens . Je précise que Felletin n’est pas à moins d’une heure du CHU de Limoges, mais à plus d’une heure et demie, et que le Samu de Guéret ne peut se rendre dans le sud du département en moins de 35 minutes.
Passons sur la phrase insultante qui prétend que les
élus ne savent pas lire un budget, et la dénonciation d’une soi-disante espèce de « mafia » des élus qui occuperaient tous les postes. Moi qui suis un élu récent (2001), je mesure bien la somme des compétences qu'il faut maitriser et l'engagement personnel que celà implique, car comme dans tout domaine, l'amateurisme peut avoir des conséquences graves pour les collectivités que nous administrons et pour nos concitoyens, et amener à dire beaucoup de bêtises.
L'auteur de l'article va même jusqu'à comparer les Hauts de Seine et la Creuse, et laisse entendre qu'il s'agit de deux départements comparables . Rappelons seulement qu'un point de fiscalité départementale en Creuse représente 210.000 € alors que le même point de fiscalité dans les Hauts de Seine apporte aux caisses de ce département 5,80 millions d'euros.
Bref , vous l’avez compris, un article très orienté, téléguidé, pour nuire à l’image de notre département et de ceux qui se battent pour son développement. Un article pas innocent, alors que se prépare la manifestation pour les services publics du 5 mars. Un article qui réaffirme les dogmes libéraux anti-services publics, qui sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Un article qui est une vraie malhonnêteté, et qui renforce notre détermination , celle qui nous pousse dans nos engagements, politiques, associatifs ou syndicaux à défendre la ruralité et les services publics.
PS: un mail adressé au directeur de la rédaction du magazine est resté sans réponse. Courageux , mais pas téméraire .
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