Ce dimanche était commémorée la journée de la déportation. Le monument départemental se trouve à Aubusson. J'ai prononcé l'allocution suivante (extraits):
« Vous qui entrez, laissez ici toute espérance », écrivait Dante aux portes de l'Enfer.
Même si ce n’était pas cette devise qui figurait à l’entrée des camps de concentration, c’était bien l’enfer qui y attendait les déportés. Très souvent, ceux-ci ne connurent rien d’autre du camp que les soi-disant bâtiments de douche, où ils furent exterminés par centaines de milliers, par millions, dès leur arrivée au camp. ...
...Primo Levi , déporté à Auschwitz, écrira, " Nous nous trouvions dans un monde de morts et de larves. Autour de nous et en nous, toute trace de civilisation, si minime soit-elle, avait disparu. L'œuvre de transformation des humains en simples animaux initiée par les Allemands triomphants avait été accomplie par les Allemands vaincus"...
#333333;">...60 ans après, nous pouvons imaginer ce que ressentait les libérateurs d’Auschwitz- Birkenau, Ravensbruck, , Sachsenhausen, Dachau, Buckenwald, Matthausen, Belsen-Bergen, pour ne citer que quelques noms des 24 camps de concentration principaux et des 1200 camps secondaires. ...
...La Creuse n’a pas été épargnée par les déportations. Terre d’accueil et d’asile, terre de résistance, elle a payé un lourd tribut à l’idéologie hitlérienne, la longue liste des victimes creusoises sur le monument devant lequel nous nous recueillions il y a quelques instants en atteste.
Il faut se dire, que derrière chaque nom, il y avait un homme ou une femme, avec sa vie, ses joies, ses peines, ses espoirs et ses peurs. Un homme ou une femme comme nous tous, simple , avec sa famille, ses amis et ses proches. J’allais presque dire quelqu’un d’ordinaire. Ordinaire sûrement si on entend par là quelqu’un dont la vie aurait dû se dérouler paisiblement, si des fanatiques n’en n’avaient pas décidé autrement. Ordinaires sûrement pas, parce que ces hommes et ces femmes de Creuse n’ont pas accepté que les principes fondateurs de la République soient foulés aux pieds, parce qu’ils n’ont pas accepté le fascisme, parce qu’ils ont décidé de résister, parce que pour eux , il ne pouvait être d’autre choix que de s’opposer à l’intolérable, parce que cet engagement ne pouvait être que total...
Ceux qui, à cause de leur confession, de leurs idées politiques, de leurs choix sexuels, de leur esprit de résistance, ont succombé à cause de la barbarie de leurs tortionnaires, ne doivent pas être oubliés. Les survivants, les rescapés ont consacré leur vie à assumer ce devoir de mémoire, mais les années passant, leur nombre diminue...
...Les génocides, au Cambodge, en Bosnie, au Kosovo, au Rwanda, ont confirmé notre incapacité à tirer les leçons d’un passé ensanglanté. C’est cela aussi, avec le retour en force de l’intolérance, de la haine, de l’antisémitisme, et de la peur, qui explique l’immense émotion et mobilisation en France, en Europe et dans le monde, engendrées par cet anniversaire.
L’homme , cet éternel Janus, créateur sublime, reste toujours capable du pire.
Le régime totalitaire nazi a porté le feu, le sang, et la mort dans toute l’Europe, au nom de son idéologie de haine, de discrimination et de racisme. Il a cruellement appris aux démocraties que lorsque celles-ci étaient faibles et pusillanimes, elles étaient en danger. Lorsque celles-ci abdiquent , ne fut-ce que partiellement, sur leurs valeurs, c’est le totalitarisme, l’intolérance, le racisme qui progressent. Lors du 60 e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Simone Veil déclarait : « Venus de tous les continents, croyants et non croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes ».
Ce même jour, Simone Veil lançait un appel : « Nous, les derniers survivants, nous avons le droit, et même le devoir, de vous mettre en garde et de vous demander que le " plus jamais ça " de nos camarades devienne réalité.»
De multiples dangers guettent notre planète, et la proportion de ceux dont l’homme est responsable l’emporte de beaucoup sur les risques naturels.
Les romains avaient déjà compris que l’homme était un loup pour l’homme. Nous avons développé depuis cette époque les capacités techniques à nous détruire massivement, et la différence est souvent le prétexte à l’intolérance.
Je souhaite ardemment que ce que l’humanité a vécu il y a 60 ans lui serve de leçon et démente Confucius qui estimait que l’expérience est semblable à une lanterne que l’on porte sur le dos et qui n’éclaire jamais que le chemin parcouru.
«Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.» nous disait Antoine de Saint-Exupéry.
N’ayons donc pas peur de nous enrichir.
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