François Bayrou a mis à profit l'université d'été de l'UDF pour prononcer un discours remarqué , en cette rentrée politique générale des partis politiques. On le savait depuis de long mois positionné sur une critique régulière des initiatives gouvernementales, malgré un soutien quasi sans faille au Parlement, à la politique gouvernementale . Mais ces critiques soulèvent nombre de mouvements d'humeur chez ses amis, agacés d'être ainsi instrumentalisés dans la stratégie présidentielle de Bayrou, et assez dubitatifs quant au rendement de la méthode critique jusqu'alors systématique.
François Bayrou a donc compris une chose : nos concitoyens attendent des propositions concrêtes pour améliorer un quotidien qui souffre des conséquences de la politique de classe pratiquée par le gouvernement Villepin.
Il a donc consacré une longue partie de ce discours aux mesures économiques et sociales qui s'imposent selon lui. Et en dépit du caractère inhabituel pour lui de l'exercice dans ce cadre-là, il faut reconnaitre qu'il a réussi à faire de ce discours un petit évènement médiatique. C'est une performance qu'il faut souligner, à l'heure où les médias, notamment audiovisuels, privilégient toujours les querelles de personnes au détriment du débat d'idées. L'UDF n'avait pourtant pas totalement échappé à cette rêgle, en début de l'université, eu égard à la fraicheur des relations entre Robien et Bayrou, et aux amabilités échangées entre eux quelques heures plus tôt.
Bien sûr, la dimension tactique du positionnement de Bayrou n'échappe à personne, l'affaire recouvrant une grande opération de séduction des socialistes droitiers , les Rocard, Kouchner ou encore Bockel. Il est vrai que les marges de manoeuvres semblent plus importantes sur la gauche du parti que sur sa droite, en raison de la radicalisation droitière de l'UMP et de l'abandon par cette dernière de la dimension sociale du gaullisme.
Le rêve du grand parti du centre n'a surement jamais paru aussi accessible au leader de l'UDF.
Mais il ne faut pas, par des explications tactiques, négliger le fond du discours prononcé par François Bayrou, qu'il n'hésite pas à présenter comme "un projet de rupture",et même "une révolution". Ainsi, son argument phare , la création d'une "contribution tobin sociale", susceptible selon lui de rapporter 200 milliards d'euros par an, ne saurait être désavouée par la gauche. De même, son plaidoyer pour une république parlementaire n'est pas sans évoquer la VIe république.
Ce faisant, et assez habilement, François Bayrou pose un réel problème à la direction du Parti Socialiste. Ses idées pour relancer l'activité , l'emploi, rénover la fiscalité résonnent d'autant plus que le projet socialiste tarde à voir le jour. Les propositions de François Hollande , à La Rochelle, semblent bien en-deça des tonitruantes suggestions du leader centriste. Il va falloir que la motion de la direction du PS se démarque maintenant singulièrement du programme Bayrou, si elle veut trouver son espace politique. Espace d'autant plus difficile à trouver, si elle ne veut pas être accusée de plagier les tenants d'un socialisme de gauche qu'elle a dénoncé avec vigueur, et accusé de irresponsabilité, position qui lui ferait, en outre, courir le risque de voir la quitter certains de ses responsables. Les marges de manoeuvres de François Hollande risquent de s'en trouver singulièrement diminuées, même si Bayrou a aussi développé des conceptions très droitières de la solidarité.
Tout celà illustre bien que la nature, et au premier rang d'icelle la nature politique, a horreur du vide, d'autant plus lorsqu'il est idéologique.
Celà démontre également que lorsque les hommes politiques font ce qu'on attend d'eux, c'est à dire de la politique, lorsqu'ils qu'ils soumettent aux Français leur conception de l'évolution de notre société par des propositions concrêtes, ils peuvent articuler autour de ces questions un véritable débat. Et ce débat ne barbe pas les français. Au contraire, il stimule leur envie d'être les acteurs eux aussi de leur avenir.
Sachons, nous aussi les socialistes, être à la hauteur de ces attentes. Le débat dans notre parti doit être total, concrêt, et résolument à gauche. Sans compromis avec François Bayrou.



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