Ce midi, madame Sudiye Tasar, 70 ans , a été conduite entre deux gendarmes au centre de rétention du Mesnil-Amelot, à coté de Roissy.
Quel crime a-t-elle commis ? Celui d'être la grand-mère, turque, de deux petits enfants français.
Je récapitule la situation. Las de se voir opposer des fins de non-recevoir par le consulat d'Ankara, les deux fils, français, de madame Tasar décident de l'amener avec eux à Aubusson, sans titre de séjour, pour qu'elle puisse s'occuper de ses petits enfants, agés de 7 et 9 ans. Le père des enfants est en instance de divorce, et son épouse est retournée en Turquie, abandonnant sa famille en France.
Les deux frères Tasar sont bucherons, activité qu'ils exercent en Creuse depuis de nombreuses années. Ils ont créé leur petite entreprise à Aubusson. Ce sont des gens paisibles et sans histoires. En septembre 2004, leur mère les accompagne en France. Elle est veuve, et touche la pension de reversion de son mari, ancien employé des usines Michelin de Clermont-Ferrand. La Sécurité Sociale lui reconnait ses droits, et lui verse sa pension.
C'est une personne discrête, et malade, au point qu'en juin 2005, elle se verra délivrer un certificat médical par un médeçin aubussonnais, attestant qu'elle ne peut supporter sans risque pour sa santé le voyage de retour. Car, entretemps, l'administration française s'est intéressée à elle, et lui a délivré deux arrêtés d'expulsion.
Par deux fois, madame Tasar va se retrouver en rétention administrative. Aujourd'hui, le but est atteint : l'expulsion de cette grand-mère est en cours, le départ en avion pour Istanbul est prévu pour demain jeudi 12H30.
Probablement représentait-elle un grave danger pour la sécurité nationale, ou l'ordre public...
Je ne reconnais plus notre République, qui s'en prend, en Creuse, aux femmes enceintes, et aux grands-mères malades. L'humanité semble avoir complétement disparue du vocabulaire et des pratiques de l'Etat, selon la volonté de Nicolas Sarkozy.
Quelle image de notre République, de leur République, attachée aux droits de l'homme, ces deux jeunes enfants, qui ont vu partir en trombe leur grand-mère dans la voiture des gendarmes, vont avoir ? De cette république, qui a refusé que leur grand-mère voit un médecin avant de prendre la route, alors que la Loi lui en offre la possibilité ? De cette République qui fait fi de l'ordonnance de 1945 qui interdit l'expulsion d'étrangers malades ? J'étais présent, impuissant, toute cette matinée, où la république ne s'est pas honorée.
Nous pouvons encore nous mobiliser, pour empêcher l'irréparable de se commettre, pour empêcher que des conséquences humaines dramatiques ne ternissent à jamais l'image de notre République aux yeux de deux de ses futurs concitoyens.
Je vous donne rendez-vous pour manifester vendredi à 18H devant la préfecture de la Creuse à Guéret.
Parce qu'on ne peut accepter l'inhumanité de l'Etat-Sarkozy.
Lire l'article de Libération, ou celui du Nouvel Observateur.
Dernière info:
Le fils de madame Tasar, qui s'est rendu hier au Mesnil-Amelot n'a pas été autorisé à la voir, et s'est même vu refuser de lui remettre du linge propre. Le départ est prévu pour ce midi. L'avocate de madame Tasar a déposé un référé-liberté.

Que veux tu Matthieu...les creusois ne sont pas
reconnaissants, pourquoi ont-ils besoin de verser
dans le gauchisme..dans la consultation d'assos
humanitaires ou de la LDH, alors qu'ils ont le Nicolas
et l'UMP ?
Les ingrats...ils osent lutter dans un combat injuste
et démagogique, ils agissent pour lutter contre
les expulsions et les droits des citoyens !
En clair, ils empechent de circuler les 206 banalisés,
ça peut plus aller..
Rédigé par : Lacas Jean | 16/10/2005 à 23:46
Matthieu, de nombreuses réactions provenant de la population aubussonnaise et creusoise témoignent au minimum d'une certaine incompréhension, à tout le moins d'un sentiment d'injustice, quand il ne s'agit pas de colère. 900 signatures ont été remises au préfet.
Je n'ai pas le même pessimisme que toi sur nos contemporains...
Rédigé par : michel moine | 16/10/2005 à 23:52
Si vous estimez la cause juste, alors il est tout à fait légitime que vous luttiez pour. Vous êtes fidèles à vos convictions.
Je vais tout de même vous raconter une histoire qui m'est arrivée ces jours-ci, au CHRU. Je pense qu'elle est directement liée à la vôtre. J'ai très vite fait le rapprochement.
Dans le cadre de mon externat, j'ai pris en charge une patiente turque, du même âge que Mme Tasar, et qui ne parle pas un mot de français. Il va de soi que je tairai son nom et le service dans lequel elle a été hospitalisée. Cette dame, que vous croiriez, à la voir, descendue directement des montagnes d'Anatolie, m'a vaguement désigné une zone douloureuse, mais cela n'avait pas l'air de trop la gêner... Comme par hasard, me parlant exclusivement en turc, elle a cherché à me faire comprendre qu'il ne servait à rien que je continue, et qu'une personne de sa famille allait bientôt passer, pour traduire. Je n'ai jamais vu le traducteur en question, ne restant à l'hôpital que les matins. Mais visiblement pour ceux qui l'ont vu, les doléances restaient très imprécises.
Quelques bûcherons turcs se mettraient-ils à avoir peur pour leur grand-mère, au point de les faire passer pour malades, de peur que Nagy-Bocsa ne vienne les expulser?
Ces comportements me paraissent étranges, surtout après l'histoire de Mme Tasar. Je ne peux cependant être tout à fait formel, par prudence.
Reste que les malades ne le sont pas toujours autant qu'on le croit (je ne parle pas de Mme Tasar dont j'ignore le dossier, mais tout le monde connaît les "techniques" pour échapper aux expulsions).
En espérant que cette anecdote vous aura amusés, M.Moine et les autres...
Cordialement
Matthieu Parneix
Rédigé par : matthieu parneix | 17/10/2005 à 23:02
Un discours digne..de la belle blonde du FN,
en fin de compte...tout(e)immigré(e) malade
est un simulateur/trice, cherchant à obtenir
des papiers..par tous les moyens !
Le dérapage on le connait, une obsession
"anti - sans papier", "anti - immigrés"
et finalement..un choix, à peine voilé,
pour la violence et le repli sur soi
sur son petit nombril.
Heureusement, en Creuse, un petit village gaulois
a su résister....et montrer que les français,
les élus...conservent quelques valeurs respectables.
Rédigé par : Lacas Jean | 18/10/2005 à 00:08
C'est un scandale. Et Sarko veut donner des leçons d'humanité à la Turquie pour son entrée dans l'Union Européenne ? Il a non seulement la mémoire courte, mais l'argumentation fluctuante...
Rédigé par : Stéphane Bultel | 23/03/2006 à 20:07