Je suis de ceux qui pensent que le phénomène Ségolène pose autant d'interrogations sur sa nature médiatique que sur le fond politique.
Il est indéniable que son "désir d'avenir" rencontre une aspiration au "changer d'air" que les militants ressentent.L'hypothèse Ségolène marque la volonté d'une rupture avec le passé, tel que peuvent l'incarner Lionel Jospin, DSK et dans une autre mesure Laurent Fabius. On entend souvent reprocher que les responsables politiques français sont inamovibles, et la présidente de Poitou-Charentes parvient à donner l'image d'un certain renouveau, en dépit d'une carrière politique nationale déjà bien remplie.
Ce sentiment de renouveau tient probablement beaucoup au fait qu'il s'agisse d'une femme, et de ce point de vue, ce sentiment est fondé. Hormis Edith Cresson, aucune femme n'a jamais accédé aux plus hautes fonctions de l'Etat. Cette éventualité ne relève plus aujourd'hui du voeu pieux, si on observe les exemples d'Angela Merkel, Michelle Bachelet, voire Hélène Johnson-Sirleaf au Libéria.
Voir Ségolène caracoler ainsi dans les sondages ne lui attire pas que de la sympathie, et ce pour plusieurs raisons. La technique utilisée, celle de la construction médiatique de sa candidature alliée à la méthode participative sur laquelle elle s'appuie pour constituer son corps de doctrine grace à internet, pose deux questions.
- Celle de savoir comment la présidente du Poitou-Charentes structure ses propositions pour la France de demain, et la part personnelle qu'elle y apporte. Par choix tactique, elle semble décidée à distiller au compte-goutte le programme qu'elle entend mettre en oeuvre, ce qui n'est pas de nature à favoriser de l'adhésion sur le fond, mais plus sur la forme, l'opportunité, ou l'image. Cette tactique éloigne la démarche de Ségolène de la position de "Rénover maintenant", pour qui le candidat, c'est d'abord le projet. La poursuite du parcours de la candidate à la candidature passera donc nécessairement par une clarification et un positionnement politique affiché, et notamment par un engagement fort vis à vis de la question de la 6e république.
- La seconde question qui se trouve aussi posée, et qui n'est pas la moins importante, c'est celle du rôle même du Parti Socialiste. La méthode Ségolène lui pose une vraie question existentielle, qui n'est pas pour rien par ailleurs dans la réaction des 143 "rebelles". (Notons au passage les lignes de fractures qui traversent les militantes socialistes, et le rapport de force crée par Ségolène, puisqu'il ne faut pas moins de 143 militantes pour équilibrer les plateaux de la balance.) Les partis de la Ve, et le PS n'échappe pas à la règle, connaissent les mêmes difficultés représentatives que la république. Tout entiers organisés dans une logique présidentielle, ils se coupent des réalités de notre pays. Le PS est probablement moins touché que d'autres, embarrassés dans des affaires nauséabondes, mais il réagit dans un réflexe d'auto-protection face à la démarche participative à laquelle je viens de faire allusion.
Une mutation est nécessaire, si on veut que les partis concourent, en phase avec la société, à l'expression du suffrage. L'ambition du NPS historique était celle-là, qui passe sans autre choix possible, par une nouvelle organisation politique de la représentation de la volonté populaire, ambition aujourd'hui portée par "Rénover maintenant". Cet aggiornamento s'impose donc aux partis, et de fait, Ségolène Royale y contribue en ce moment. Mais poser les questions, ce n'est pas forcément y répondre. Il n'est pas dit que Ségolène soit inéluctable.
Elle a choisi de poser en postulat la nécessité d'apparaitre comme un terme de l'alternative, et de ce point de vue, c'est pour l'instant plutôt réussi. Il s'agit maintenant de savoir quel pain, blanc ou noir, elle a consommé en premier, et surtout celui qui lui reste à avaler dans les semaines et les mois à venir.
Ce qui est sûr, c'est que pour le partager avec le plus grand nombre, il faudra en donner la recette.

Oh que oui Michel, et le moins que l'on puisse dire est qu'en réponse à votre conclusion, on est mal parti pour en savoir plus.
SR en réponse à ceux qui critique son absence de programme s'est fendu d'un simple....."il sera socialiste".
merci d'être venue! affligeant spectacle s'il en est, si éloigné de ce que RM est effectivement en train d'essayer de construire.
Rédigé par : enzo d'aviolo | 02/05/2006 à 09:54
La question du fond doit être posée, mais je ne vois pas comment
Rédigé par : Bultel | 02/05/2006 à 14:46
La question du fond doit être posée, mais je ne vois pas comment ce problème peut se résoudre dans la configuration d'une Vème République. C'est comme ça jusqu'à ce que nous changions la donne : la présidentielle est avant la législative. Donc la politique médiatique et personnelle passe avant le fond. La vraie question est : dans quel ordre changeons-nous tout cela? Soit on soutient Ségo et on tente de changer les choses après, soit on passe un tour. Finalement, la seconde solution ne me paraît guère plus satisfaisante que la première. A partir du moment où Arnaud n'est pas candidat, pour moi c'est clair : je soutiens Ségo. Et je prends le risque de me tromper. Comme d'autres prennent le risque de respecter spectateurs de la présidentielle.
Rédigé par : Bultel | 02/05/2006 à 14:55
Et voilà pourquoi les extrêmes augmentent et les français se désinteressent de la politique. choisir le moins pire......
Il faut être exigeant sans quoi le risque est grand et 2002 se profile comme copie conforme......
Rédigé par : enzo d'aviolo | 02/05/2006 à 15:43
Cet article a été référencé sur LePolitoscope.net
Rédigé par : Le Politoscope | 02/05/2006 à 16:27
Enzo, si à chaque fois qu'on va vers une solution de consensus, on est responsable de la montée des extrêmes et du désintérêt de la politique, le débat proposé par Michel ici n'ira pas loin. Va dire mes collègues socialistes que je suis devenu capitulard, ils vont rire! Non, j'ai acté dans mon propos que la solution Ségolène n'était pas un acte de foi, et suscitait bien évidemment chez les rénovateurs du PS (de la pensée et des pratiques) plusieurs inquiétudes. Mais que cela reste un acte politique que j'assume. Et ne pas lancer la dynamique se rapprocherait, là oui,de 2002. Lorsque nous recevions des tracts incompréhensibles; lorsque nous étions tenus en dehors de la campagne. Lorsque nous entendions chaque jour dans la rue que nous n'étions pas dans le coup. Allons-y, prenons le risque de dire: il y a une vraie solution à construire autour de Ségolène. Elle n'est pas idéale, mais si je voulais être toujours en phase avec l'idéal que je me fixe, je ne serais pas au PS. A chaque jour, son combat. Cette solution sera idéale si nous parvenons à faire confiance d'abord et à influencer ensuite. L'un ne va pas sans l'autre. Ce n'est pas un Congrès: c'est le choix d'un candidat. Le candidat de la gauche. Le meilleur possible. C'est pas parce que j'ai perdu le Congrès que je vais attendre l'après Sarko. Parce qu'il n'y aura pas d'après Sarko.Il va transformer les mentalités, régenter l'information, détruire la politique. Il n'est pas possible d'attendre la solution idéale;
Alors je fais confiance à Ségolène. Elle non plus n'a pas le choix : elle devra répondre aux attentes de son camp. Sinon, là OK c'est perdu.
Rédigé par : BULTEL | 02/05/2006 à 20:00
Stéphane, je comprends ton raisonnement, qui finalement consiste à choisir la candidate qui te semble la plus à même de l'emporter.
Deux questions donc: hormis les sondages, y a t-il des raisons qui te font choisir SR plutôt que Fabius ? Autrement dit, qu'est-ce qui te détermine plus que le non à la Constitution européènne, et les engagements actuels de Fabius, qui le placent résolument à gauche ?
Deuxième question: et si Fabius, ou DSK, passe devant SR d'ici à la rentrée, comment te positionneras-tu ?
Question subsidiaire: penses-tu qu'il soit plus facile de faire prévaloir nos positions (6e république par exemple) auprès de Ségolène ?
Deuxième question subsidiaire: Ne faudrait-il pas attendre la position d'Arnaud avant de se prononcer ?
Rédigé par : michel moine | 02/05/2006 à 21:09
Mais qui donc s'intéresse aux questions de fon d ? Surement pas les journalistes en tout cas dont le seul intérêt semble être d'opposer des personnalités dont le programme n'est pas connu, ou pire, pas défini !
Sur que Sarko est pire que tout... Mais il serait souhaitable que les sympathisants PS aient un espoir de pouvoir éventuellement apercevoir un début de lumière au bout du tunnel et qu'on s'éloigne un peu des positions de personnes pour aller vers ce programme dont on nous dit depuis 2002 qu'il est en projet et qu'on ne voit guère venir de l'extérieur, sauf en de ponctuelles contre-propositions à celles, cyniques, du parti au gouvernement et de son Isnogoud de président...
Certes, c'est dur, et la couverture médiatique ne vous aide pas mais avec un peu de courage et bcp de détermination, des CONVICTIONS...
Rédigé par : Sébastien | 02/05/2006 à 21:38
@stéphane BULTEL
Je comprends cet argumentaire mais je ne le partage absolument pas. Pour ma part mon engagement ne se traduit pas un abandon de mes idéaux ou alors je préfère arrêter de m'interesser à la vie de la cité.
Tout nous montre, jusqu'à présent, que SR n'a absolument pas la position, ni surtout les idées (du moins pour le peu qu'elle consent à lâcher) qui permettrait à la gauche de gagner.
D'un point de vue électoral, rappelons nous que c'est toujours à gauche qu'un président socialiste a été élu, jamais en relookant vers le centre déjà bien encombré par Bayrou.
Michel pose effectivement les bonnes questions. J'aimerais bien savoir ce qui justifie un abandon d'idéaux alors qu'RM a à la fois été fidèle à ses idées au dernier référendum et au congrès du Mans. Merci.
Rédigé par : enzo d'aviolo | 03/05/2006 à 08:28
Les deux questions posées sont très justes, surtout la seconde et cela a opportunément complété mon dernier billet http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/05/politique_20_a.html
Un parti c'est après tout une chambre de transformation et d'amortissement entre les attentes des citoyens (parfois volatils) et les enjeux de société (généralement lourds) afin d'accoucher de projets et faire adhérer dessus.
De contourner l'intermédiaire et d'être en prise directe avec le terrain va dans la logique du développement à tout va des logiques participatives observés depuis quelques années, dont on connaît bien les limites et les critiques.
Que les outils du réseaux permettent de dialoguer directement avec les internautes est une chose, on rétorquera que les internautes, ce n'est pas tout le monde et les blogueurs encore moins. J'ai à ce titre déjà largement fait écho des travaux du RTGI de Compiègne qui montre combien ce qu'ils appellent les "analyses", disons des acteurs de la société civile leader d'opinion, sont centraux dans la manière dont la politique se met en oeuvre sur le net.
Je m'interroge également sur ce qu'ont pu faire certains parti dont le PS avec les forums ouverts en ligne et je ne parle même pas des forums du gouvernement.
Il n'en reste pas moins que Désir d'Avenirs fonctionne et suscite une audience et un flot de contributions impressionnant. Il y aura un avant et un après ce site.
Mais pour juger, il faudra attendre la fin de la pièce, c'est à dire comment Ségolène Royal va formuler et argumenter SON projet, plus encore faire revenir le PS dans la boucle. Tout cela est extrêmement intéressant.
Rédigé par : Alexis | 03/05/2006 à 09:04
Réponses aux questions de Michel : 1)qu'est-ce qui te détermine plus que le non à la Constitution européènne, et les engagements actuels de Fabius, qui le placent résolument à gauche ?
La perspective du changement, que porte sa candidature (je dis cela sans naiveté) et son charisme personnel. Je ne crois pas en la sincérité de Fabius. Et (mais je peux me tromper) je crois que la présidentielle se jouera sur le fond ET sur cette perspective de changement de pratique politique.
Deuxième question: et si Fabius, ou DSK, passe devant SR d'ici à la rentrée, comment te positionneras-tu ?
J'étais pour le non quand le oui était à 67% ! Sur la présidentielle, mon analyse n'est pas affective, je le répète. C'est l'analyse d'une candidature dans une bataille essentielle. Mais si Fabius est désigné, je me battrai DE LA MEME FACON. DSK, ce serait autre chose, mais s'il est le candidat des socialistes...
Question subsidiaire: penses-tu qu'il soit plus facile de faire prévaloir nos positions (6e république par exemple) auprès de Ségolène ?
Aucun des candidats (Lang, DSK, Fabius, Ségolène...) ne se battra comme nous pour la VIème. Mais c'est une femme, dans une Vème République faite par des hommes pour des hommes...
Deuxième question subsidiaire: Ne faudrait-il pas attendre la position d'Arnaud avant de se prononcer ?
Je n'avais pas très envie de soutenir Ségolène avant d'avoir une avancée sur la VIème. Mais la présidentielle ne pose pas le débat en ces termes. Quand au débat ici, l'important est de chercher la vérité et de la dire, comme disait JJ. Alors continuons de chercher !
Rédigé par : Stéphane Bultel | 08/05/2006 à 16:57