C'est par ces mots qu'Arnaud Montebourg a conclu son propos d'accueil à Ségolène Royal.
La rentrée politique de Ségolène Royal et Arnaud Montebourg était très attendue en ce dimanche à Frangy en Bresse. Répondant à l'invitation du député de Saône et Loire, la présidente de la région Poitou-Charentes n'a pas failli dans son exercice. Devant une foule nombreuse et attentive, l'alliance entre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal a marqué la volonté de rassembler les socialistes ."Cette victoire et cette réussite, nous devons patiemment les construire car rien n'est gagné d'avance. La bataille sera rude mais exaltante. Je lance ici à Frangy un appel au rassemblement de toutes celles et toux ceux qui veulent que ça change et que la France se redresse. Avec vous, j'ai confiance" a-t-elle lancé à son auditoire.
Le discours de Ségolène était donc très attendu, notamment par les militants rénovateurs, qui pouvaient redouter pour certains que nos idées ne soient pas reprises par la candidate à la candidature. J'avoue avoir été assez rasséréné sur ce point par ce que j'ai entendu. La rénovation de nos institutions, qui fait partie intégrante du projet socialiste, cette "république nouvelle" dont parle le texte, et qui doit tant au combat que nous menons depuis quelques années avec Arnaud, est bien une priorité essentielle de Ségolène. Elle a eu la franchise d'aborder clairement la question de la 6e république, en disant en substance: "Menons cette réforme de nos institutions, et nous verrons bien si nous l'appelons 6e république". Le mouvement me parait maintenant inéluctable de cette réforme profonde de la Constitution, nécessaire au rétablissement de la confiance des citoyens envers la chose publique, de la réappropriation de notre bien commun qu'est la république. C'est un débat de société essentiel, fondamental, fondateur de toute action politique, et qui fait clivage aujourd'hui et plus encore demain entre droite et gauche. Je m'en porte témoin, jusque dans les interventions publiques les plus anodines du député UMP de la Creuse, Jean Auclair, proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, qui s'en prend systématiquement à l'un des trois piliers de la république: l'égalité, pour lui substituer l'équité, simple version politiquement correcte du clientélisme et du communautarisme.
"Ce que je vous propose, ce n'est pas une politique au rabais, sorte de gouvernance aseptisée réduite à la simple gestion du désordre des choses. C'est de mieux partager l'exercice du pouvoir pour que la France saisisse toutes ses chances, en assumant cette passion de l'égalité qui est la sienne", a-t-elle expliqué.
J'adhère également à la réhabilitation de la valeur du travail dont Ségolène s'est faite l'avocate. Je crois qu'il existe sur ce point deux visions radicalement opposées, celle de Nicolas Sarkozy et de la droite libérale en général, pour lesquels ce discours sous-tend surtout une conception figée, asservissante et sécuritaire de la société, bref une vision de classes, immuable, et celle de la gauche, qui entend réhabiliter le travail par la valorisation des
richesses qu'il produit, notamment en terme de répartition. Cette conception s'oppose, bien évidemment, à la priorité donnée par la logique libérale, à la rémunération du capital, au détriment de la valeur travail. Elle induit donc une politique de valorisation des salaires. Arnaud a, lui-aussi, abordé cette thématique, en pronant l'éradication du systême des stock-option, des golden parachutes et en dénonçant les délocalisations financières.
Enfin, Ségolène est revenue sur la notion d'égalité des chances, qui transite obligatoirement par l'accès au savoir, à la culture et à la santé.
Ségolène a placé son discours, et plus largement son action, dans la filiation de François Mitterrand, dans la capacité qu'a eu ce dernier à rassembler la gauche pour la faire triompher: "Je revendique cette ligne mitterrandienne et j'en suis fière. (...) Comme souvent, les paroles de François Mitterrand allaient droit à l'essentiel. Nous pouvons retenir:
- le devoir d'unité: sans elle, rien n'est possible
- le courage requis pour une cause qui nous dépasse
- la nécessité de mener des révolutions au sens de changements profonds pour que la justice l'emporte sur les égoïsmes et les routines"
Le discours a été long, peut-être manquait-il un peu de lyrisme, un peu de souffle, sur la forme. Mais tout le monde n'a pas le talent oratoire d'un Arnaud Montebourg. Je le répète, je ne suis pas déçu, car je pense que Ségolène a plutôt passé positivement cet examen de rentrée. Je crois que le souffle, c'est quelque chose qui "vient". "Si je suis en situation...", a-t-elle scandé à plusieurs reprises. Le
souffle sera là quand on passera du conditionnel à l'indicatif.
Nous sommes bien dans une logique d'alliance: nous avons donc un rôle actif à y jouer. Je n'imagine pas que "Rénover maintenant" devienne tout à coup le spectateur de la campagne de Ségolène Royal. Nous avons fait la démonstration de notre capacité à peser sur le débat d'idées. Cette capacité se développe dans cette nouvelle étape de l'histoire de notre courant. A nous de lui donner du sens.
Pour écouter ou télécharger le discours d'Arnaud Montebourg, cliquez-ici.
Pour regarder l'intervention de Ségolène, cliquez ici (merci Marsipulami !).
PS: pour les curieux, jetez un oeil dans l'album-photo, colonne de droite...

On se calme...
Rédigé par : michel moine | 21/08/2006 à 19:35
merci de nous avoir donné le discours d'Arnaud, très bon bien sur mais comment cela peut il se raccorder avec l'alliance ?
j'aimerai savoir ce qu'elle a dit exactement sur les réformes institutionnelles qu'elle propose, si ça se limite à la limitation des mandats et à une vague politique du respect, c'est un peu court pour changer la façon de faire de la politique. Quid de l'équilibre des pouvoirs.. des nombreux Conseils nommés et non élus... et sur la politique étrangère etc...
quelqu'un a-t-il fait une retranscription ou un résumé ?
parce que si nous devons être représentés par elle dans la bagarre autant être au courant
Rédigé par : brigetoun | 21/08/2006 à 21:21
J'ai pu être à Frangy, grâce aux camarades de RM21 (sympas..), et bien que j'étais déjà un convaincu...je ressens que pour notre courant, le PS..vient le temps de se rassembler, d'être uni (en se respectant dans nos diversités)
et de progresser aux côtés de Ségolène..
pour véritablement "exploser" la droite,
et pas passer son temps à ergoter sur la nature ou le degré de gauchisme/droitisme
de notre candidat(e).
Je suivrai aussi avec plaisir les débats, melanges d'idées et réflexions de Fouras..suis convaincu que le meilleur en sortira, dans la sérénité, avec la responsabilité et le bon sens de chaque militant RM.
Pour ceux qui n'étaient pas à Frangy,
et qui veulent suivre la vidéo intégrale
de Ségolène Royale..
C'est possible, ça donne une bonne idée,
ça permet de juger sur pièce :
http://www.vjsd.org/da93.htm
Le discours d'Arnaud était aussi très bon,
avec humour et tact (chère Ségolène..), et la force des convictions de Montebourg
sur la Mondialisation, le CAC40, les entreprises qui font des bénéfices et qui licencient ou délocalisent, les parachutes dorés des PDG.
Le fondammental..remettre l'homme politique au sein de l'économie, afin de permettre de bloquer des décisions iniques et de peser.
La necessité de garantir plus de sécurité aux citoyens, de leur permettre de s'épanouir dans une Europe plus sociale et humaine...de dépasser notre non ou notre oui, et d'être des socialistes européens.
ça se rejoint pas mal, quand même avec Ségo, sur la démocratie participative (le respect du citoyen) et la valeur travail (égalité à la base entre tous, et responsabilisation du citoyen avec possibilités réelles de progrès dans la société).
Des deux côtés la critique est puissante sur le rôle néfaste de la droite dans le recul permanent du pays, la déprime généralisée..et le Sarkozy inutile, irrespectueux de la démocratie et qui ne mérite pas de représenter les français.
Jean
Rédigé par : Marsipulami | 21/08/2006 à 21:24
Mitterand a mis 23 ans pour rassembler le peuple de gauche, et les résultats du premier septenat ont été positive. 5ème semaine de congés payés, et bien d'autres décisions qui ont arranger le bien être de chacun.
Et puis sur le plan international la France était respectée.
quand a Mendes France les gens de ma génération se souviennent de ses causeries du samedi, il me semble qu'il a été un grand homme d'état, mais certains députés de droite et même de gauche ont tout fait pour qu'il quitte le pouvoir; Nous m'aurions certainement pas une aussi longue guerre d'Algérie.
personnellement j'approuve la position d'Arnaud et ne soyons pas macho; une femme ( qui sont majoritaire dans cette France)changera peut être la manière de faire de la politique, et apportera un renouveau dans les hommes.
Rédigé par : henri | 21/08/2006 à 22:27
Cher Michel, ai-je bien lu ? avez-vous bien écrit à propos des talents oratoires de Ségolène : "surtout si on a moins de prédispositions que d'autres" ??? Vraiment, vous êtes vilain, c'est très mal de se moquer de ses camarades :-)))
Je vous rejoins sur le fait que ce point se travaille et peut être amélioré par chacun d'entre nous, j'ai été un peu radical dans mon commentaire précédent. Mais d'une Ségo, vous ne ferez jamais un Montebourg et d'un Jospin vous ne ferez jamais un Miterrand.
(Notez que j'évite de parler du fond...)
Rédigé par : étienne fillol | 21/08/2006 à 22:48
Je viens de découvrir une super vidéo
sur Frangy, Arnaud et Ségolène....
Il y a les discours et l'ambiance
du banquet, magnifique !
Je donne le lien qui mérite d'être
mis en valeur :
http://www.dailymotion.com/video/xbe1d_frangy-20-aout-2006
Cordialement, Jean
Rédigé par : Marsipulami | 27/08/2006 à 10:32