Un prince, s'il est sage, doit savoir se conduire en tous temps et en toutes manière de sorte que ses sujets aient besoin de lui. Ils seront ainsi mieux disposés à le servir avec zèle et fidélité. Nicolas Machiavel.
Je ne peux pas dire que j'ai particulièrement apprécié le spectacle donné par les dirigeants du Parti Socialiste à La Rochelle le week-end dernier. Spectacle dont j'avais choisi de ne pas être un témoin privilégié, en renonçant finalement à 'y rendre. C'est donc comme l'ensemble des Français que j'ai suivi par médias interposés la bouderie de l'un, les larmes d'un autre, les lapsus du même, le petites phrases assassines d'un troisième, autant de motifs d'incompréhension pour les Français face à l'enjeu si terrible de la prochaine présidentielle.
Ségolène a raison et j'ai apprécié, en revanche, son attitude responsable quand elle se refuse à alimenter ces polémiques. Etonnant spectacle que ces éléphants fous soudain anthropophages. Les arguments les plus fantaisistes frappent nos oreilles: telle candidate n'aurait pas de projet, alors que j'avais cru comprendre que tous les socialistes en avaient un, délibéré et voté par eux ; visionnaire auto-proclamé, celui-là du Val d'Oise dégoise sa litanie anti-royaliste qui n'a rien de révolutionnaire ; cet autre, tortue des sondages entend profiter de l'aspiration à défaut d'inspiration de ce lièvre, servi à la royal, qu'il ne rattrapera jamais ; seul, celui-ci aurait la stature d'un homme d'Etat, nous qui avions pu croire que son hibernation chronique à l'ile de Ré en avait plutôt fait un homme d'été et qui avons appris à ne plus
avoir besoin de lui .
Cette foire aux vanités a connu son apogée avec le tonitruant retour, la spectaculaire catharsis, et la vertigineuse retrospective sur un passé dont on ne peut faire table rase de celui qui fut un grand homme d'Etat, qui reste un grand socialiste, un incomparable témoin du passé, qui s'attache désormais à "fendre l'armure". La tache n'était pas simple pour le premier secrétaire à qui incombe la responsabilité de maintenir et préserver l'unité du parti socialiste.
François Hollande s'y est employé, avec toute l'autorité des responsabilités qu'il assume depuis maintenant 10 ans, lui qui est le premier à ce poste confronté à une telle problématique de multiplicité de candidats à la candidature, et à qui ses qualités de cornac sont gages d'une certaine maitrise: "Que chacun fasse valoir ses atouts, mais sans dévaluer ceux des autres. Ecartons le dénigrement, la suspicion . (...)Le rassemblement (...) est une nécessité, une condition de la victoire.(...) Donnons à la politique toute sa dignité. A la démocratie toute sa place. Au socialisme tout son souffle. Et à la France toute sa chance."
François Hollande a raison: il sent bien le décalage qui s'installe entre les petites querelles internes dont les socialistes, certains d'entre-eux en tout cas, sont parfois si friants, et les attentes quasi désespérées de nombre de nos concitoyens, parmi les plus modestes et les plus fragiles. Il se rappelle combien cuisante peut-être la traduction électorale du nombrilisme de la machine à perdre: "ma conviction profonde est qu’il faut partager le pouvoir pour le rendre plus efficace. C’est là-dessus que nous avons le plus manqué de lucidité. Nous nous sommes installés dans les institutions de la Vè République, croyant y être abrités, et elles nous ont usés. Nous avons décentralisé la France, mais gardé une méfiance à l’égard des élus, y compris les nôtres, oubliant qu’il n’y a de politique nationale réussie que si elle est prolongée au plan local. Nous avons marqué trop de distance à l’égard des syndicats et des forces vives pour constater amèrement qu’ils n’étaient pas au rendez-vous dans l’application de nos lois ou dans la prise de responsabilité. Enfin, nous avons laissé les citoyens trop loin des grandes décisions publiques, y compris sur la construction européenne et nous l’avons payé cher." Dans quelques semaines, les militants désigneront démocratiquement (Note de la claviste: celà changera des candidatures aux législatives !) celui ou celle qui a les meilleures chances de l'emporter et de mettre ensuite en oeuvre le projet des socialistes. C'est à lui, premier secrétaire qu'incombe la responsabilité d'éviter aux socialistes de donner le spectacle d'hommes et de femmes en train de se déchirer, de rompre avec ce petit jeu destructeur du dénigrement entre camarades. L'adversaire, c'est la droite !
François Hollande a raison, lorsque, (enfin) gagné par les idées rénovatrices, il s'écrie : "Il faut changer de politique, mais il faut aussi changer la politique".
Nul doute qu'il n'y parvienne, dans ce rôle parfois ingrat de l'arbitre et de son impartialité. Je mesure combien certains d'entre-vous peuvent trouver un peu incongrue la confiance que je manifeste ainsi pour notre camarade François Hollande, d'autant qu'on peut légitimement s'interroger sur la responsabilité qui est la sienne dans la situation confuse que nous connaissons.
Je crois néanmoins qu'en des circonstances exceptionnelles, il faut être en capacité de surmonter ce qui a pu opposer pour privilégier ce qui rassemble. La fidélité n'est pas l'aveuglement ou le sectarisme. L'expérience récente montre même qu'elle peut confiner à la critique, forcément toujours constructive (!).
Et après tout, serait-il incompatible d'appartenir à un courant dont le leader a scellé une alliance avec l'une des candidates, et de reconnaitre la pertinence des analyses du premier secrétaire sur la nécessaire unité des socialistes ? Ce dernier est dans son rôle, totalement. Il importe que cette mission, l'ultime semble-t-il, soit menée à son terme avec fermeté et conviction, afin de donner au candidat du parti les meilleures chances de rassembler les socialistes et la gauche.
Il vaut mieux aller plus loin avec quelqu'un que nulle part avec tout le monde.
PS: Ah, la ligne, toujours la ligne (pour moi, c'est tout à fait à l'ordre du jour en ce moment !). Cette note diffère de sa première version, et pas seulement par le titre. A vous de voir. C'est la dernière (je l'espère) sur nos débats internes que je mets en ligne. Il est temps de passer à la confrontation gauche/droite, et de mettre en lumière les projets de société des uns et des autres.
Au fait, le programme de la droite, le connaissez-vous si bien que ça ?

Il est 2 heures 48.
J'ai relu le texte que tu as bien changé,
dans ses titres, et je me dépêche de l'assimiler, avant que tu ne le fasses sauter
encore une fois, sacré farceur!
Avec toi, on ne sait quelle mouture sera la bonne...
Heureusement qu'il ne s'agit pas de ton testament!
Pour le programme de la Droite, un petit tour vers
http://www.conventions-ump.org/i...
Rédigé par : delphine | 30/08/2006 à 02:53
Vous avez aussi fait sauter les commentaires!!! J'ai subi le meme sort sur le site "Desir d'avenir" 2 fois. Est-ce une epidemie?
Rédigé par : Titophe à Michel Moine | 30/08/2006 à 08:10
Désolé, pas pu les sauvegarder.
Rédigé par : michel moine | 30/08/2006 à 08:21
merci pour ce retour
Rédigé par : brigetoun | 30/08/2006 à 10:53
Rien à voir avec le sujet, mais je viens de voir un film en avant-première que je conseille fortement à tout le monde : Président de Lionel Delplanque. Les coulisses du pouvoir y sont décrites avec beaucoup de réalisme et c'est vraiment passionnant, surtout à quelques mois des présidentielles... Un avant-goût ici : http://www.president-lefilm.com/
Rédigé par : Pat | 30/08/2006 à 18:00
Alors ,voilà qu'Arnaud devient le porte-parole officiel de Ségolène !
Rédigé par : Claudie | 30/08/2006 à 20:25
et je suis vieille et lente, mais depuis hier j'ai commencé à comprendre le pari d'Arnaud, à penser qu'il est en effet risqué, mais qu'il y a en effet une possibilité de changer les choses.
Rédigé par : brigetoun | 30/08/2006 à 20:38
"O tempora o mores" cher Michel,
je ne pense pas que Ségolène ait eu raion, pas plus ainsi qu'en menant sa barque seule. Car en enfin, ce n'est pas la polémique qu'elle a évité ainsi mais le débat. Quant à Macchiavel qui chapaute ton article, il me semble bien choisi mais d'un mauvais compagnonage tant il invite à la manipulation du peuple. A mon tour de te livrer cette phrase d'Etienne de la Boetie, "ami choisi" de Montaigne dans "de la servitude volontaire" : "...il n'est pas croyable comme le peuple, dés lors qu'il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise,qu'il n'est pas possible qu'il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu'on dirait, à le voir, qu'il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude...".
Je t'envoie cela dit mon amical et sincère bonjour du plat pays, où j'ai la nostalgie de la Creuse.
Rédigé par : David Gipoulou | 03/09/2006 à 22:05
Bonjour david,
Ravi d'avoir de tes nouvelles ! Intéressante citation effectivement, mais il ne faut pas reléguer Machiavel au sens réducteur donné à l'adjectif dérivé de sn nom. Sa véritable dimension politique, il l'a exprimé dans sa recherche du bien public, qu'on appellerait aujourd'hui l'intérêt général, au travers d'un systême politique révolutionnaire pour l'époque: la république, et au service d'un objectif clair, qui était l'unité de l'Italie.
C'est un penseur politique d'importance dans l'histoire, préfigurant, à bien des égards, le matérialisme historique de Marx.
Rédigé par : michel moine | 03/09/2006 à 23:11
Petit aide mémoire pour celles et ceux qui scrutent la politique à travers les sondages et qui ont la mémoire courte :
Il y a 5 ans ... les 7-8 septembre 2001, TNS-Sofres / LCI / Nouvel Observateur réalisait un sondage.
En voici les résultats :
L. Jospin était crédité d'une intention de vote de 27 % au premier tour ...
et d'une victoire par 51 % contre 49 % face à Chirac au 2ème tour !
Rédigé par : Poertu | 07/09/2006 à 14:30
Et n'oublions pas non plus que les sondages indiquaient la victoire du non au référendum européen dès le 18 mars: j'en parlais ici:http://www.michel-moine.net/mon_weblog/2005/03/premier_sondage.html
Le 30 avril, je soulignais que nous en étions au 23 e sondage en faveur du non: http://www.michel-moine.net/mon_weblog/2005/04/index.html
Cette tendance, qui s'est révélée exacte, a bien été soulignée par tous les instituts. Comme quoi, l'erreur n'est pas systématique...
Mais de là à s'en faire une religion...
Rédigé par : michel moine | 07/09/2006 à 15:06
CA FAIT PLAISIR, camarades
...de voir que l'on peut être cocus et en être également très satisfaits...
Bravo, la démocratie ...et la VIe république... sont en bonne voie !
Rédigé par : MESSAGE A JAURES | 08/09/2006 à 10:07
Bonjour à tous. Je suis heureux, M.Moine, de lire que vous appréciez Machiavel à sa juste valeur. Il fut en effet un de ces génies que la ville de Florence vit naître pendant le Rinascimento. Le paradoxe de l'Italie, à mon sens, est d'avoir été LA puissance culturelle majeure, alors même que des troubles politiques très graves l'agitaient, et ce depuis le Moyen-Age. Machiavel n'a pas ré-inventé la République, car l'Italie du Moyen-Age n'était rien d'autre qu'un agglomérat de Républiques, toutes plus puissantes les unes que les autres, en perpétuelle compétition.
Si la compétition doit générer les résultats les plus grandioses, alors il est certain que les socialistes gagneront en 2007. Non, c'est un peu plus complexe que cela. Machiavel l'avait compris. Il souhaitait la République, mais une république forte, réunissant les villes rivales. Mais conscient que l'unité peut conduire à l'absolutisme, il insistait sur la Raison du Prince. Car il en faut bien un !
La Vème République est morte, elle nous a conduit à exacerber toutes les ambitions personnelles, à négliger le bien public, nous a conduits à l'idolâtrie.
A chaque époque son régime : nous avons besoin de plus de démocratie, plus de pouvoir parlementaire, et surtout nous devons nous débarrasser de tous les exécutifs autoritaires. De la fermeté, oui. Des décisions, oui. Mais dans la collégialité, avec le contrôle du Parlement, comme dans les autres pays civilisés d'Occident.
Cordialement
Matthieu Parneix
Rédigé par : matthieu parneix | 14/09/2006 à 10:45