Personne n'a oublié la fameuse formule de l'appel de Cochin de Jacques Chirac, par laquelle il fustigeait Valéry Giscard d'Estaing: "le parti de l'étranger est à l'oeuvre avec sa voix paisible et rassurante".
On peut légitimement se demander si l'actuel président ne pourrait être tenté de la ré-éditer, mais à destination de son ministre de l'intérieur cette fois-ci. Au bémol près que le temps de la voix "paisible et rassurante" semble bel et bien révolu.
En effet, le discours de Nicolas Sarkozy tente de plaquer sur la société française le modèle américain de Georges W. Bush. Investir sur la peur que l'on crée, dresser les Français les uns contre les autres, dire tout et le contraire de tout, mêler la religion au discours politique, stigmatiser les minorités, pousser les forces de l'ordre aux dérapages et aux provocations, être au service unique de sa "clientêle", tel est le credo de l'action politique du patron de l'UMP.
Rouleur de mécanique devant les caméras, le ministre de l'intérieur peine à revendiquer un bilan satisfaisant en matière de sécurité publique. Car les chiffres sont là, qui montrent à l'évidence que la situation ne s'est pas améliorée de ce point de vue dans notre pays. Les faits, et notamment récents, sont là pour démontrer les limites de la politique du tout répressif de Nicolas Sarkozy.
Il s'agit bien , en fait, d'une politique de classe. La banlieue et ses habitants, voilà l'ennemi. Et tous dans le même sac.
Bien sûr, il ne faisait pas de doute qu'agiter ainsi le chiffon rouge ne manquerait pas de provoquer des réactions violentes, de nature à raviver les peurs, et à justifier l'articulation du débat autour des thèmes sécuritaires. Il était urgent de voler la vedette médiatique à ces jeunes "d'AC le feu" issus des quartiers qui ont entrepris la rédaction de cahiers de doléance. Cette démarche citoyenne, tout comme celle qui a consisté à convaincre les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales, ne pouvait s'intégrer à la grille de lecture qu'on veut imposer à l'opinion publique. Il était donc nécessaire de l'effacer du paysage médiatique.
Or, quelles sont les revendications des vingt mille jeunes rédacteurs de ces cahiers de doléances modernes ? 114 propositions sont faites en tête desquelles on trouve les questions de l'emploi des jeunes, la lutte contre les discriminations qui les frappent, un droit constitutionnel d'accès au logement. La question des relations avec la police n'arrive qu'ensuite.
Seul, le groupe UMP de l'assemblée nationale a refusé de recevoir les portes-paroles du mouvement créé au lendemain du décès de Bouna et Zyed, morts électrocutés à Clichy sous Bois.
L'autodafé de quelques bus, et une malheureuse victime à Marseille, est survenu à point nommé pour exprimer le discours sécuritaire et l'équation jeunes=étrangers=délinquants.
Nicolas Sarkozy s'est fait une spécialité de ce discours, tellement plus facile que d'être à l'écoute des jeunes qui revendiquent leur citoyenneté. Un exemple ici, dans la video qui tourne sur le net.
Ni paisible, ni rassurant.







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