Le deuxième débat (et non le second comme le dit la presse, car l'usage de ce terme implique qu'il n'y aurait pas de suivants) a marqué davantage les différences entre les candidats socialistes à l'investiture que le premier.
J'ai eu le sentiment de sortir des propos convenus et attendus, qui ne sont certes pas sans intérêt, mais qui peuvent donner l'impression d'un certain immobilisme et d'une difficulté à appréhender la nécessaire rénovation du discours et de l'action politique.
Il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain, mais de mettre en route le spa pour faire bouillonner les idées.
Et de ce point de vue, force est de reconnaitre la capacité de proposition qu'incarne Ségolène, et sa faculté à organiser le débat autour de ces thèmes novateurs.
La question des jurys de citoyens, chargés d'évaluer l'action des élus, a provoqué des réactions contrastées, tant à gauche qu'à droite. J'ai trouvé ce coté univoque de la classe politique bien facheux, alors que certains s'évertuent à postuler que droite et gauche, ce n'est pas la même chose.
Je trouve l'idée du jury intéressante, parfaitement républicaine, et tout à fait en phase avec la volonté affichée de réconcilier la société avec la chose publique. C'est d'ailleurs une initiative largement usitée sur le terrain, au travers des conseils de quartier, des conseils des "sages", et autres déclinaisons de ce type de démocratie participative. Nous le faisons à Aubusson, et même si c'est ma municipalité qui les a remis en vigueur, nous n'en sommes pas les premiers inspirateurs, puisque ce systême existait déjà il y a 20 ans, créé par le maire d'alors, Robert Petit.
La question posée est donc la généralisation de ce dispositif. Pour faire un parallèle, il est donc proposé que les élus passe du systême de l'examen à celui du contrôle continu. Qui se plaindra d'être évalué sur la durée, dans une logique d'allers-retours permanents, plutôt que de tout jouer dans les semaines qui précèdent l'échéance électorale ? L'action publique y gagnera en cohérence et en linéarité, avec un débat beaucoup plus constructif sur toute la durée du mandat.
La deuxième question à laquelle il faut répondre est cette accusation de populisme aussitôt brandie par les prêtres exorcistes du temple de la vieille politique. Il ne s'agit pas pour Ségolène Royal de contester ni de faire le procès de la démocratie représentative, mais d'en retisser les liens dont tout le monde s'accorde à reconnaitre qu'ils sont aujourd'hui distendus.
Le populisme, c'est opposer les élus et "la France réelle", qui est d'ailleurs toujours supposée et jamais définie.
Le populisme, c'est flatter l'égoïsme et la déresponsabilisation des citoyens dans une démarche à courte vue, délaissant l'analyse pour la démagogie et la stigmatisation. Ségolène Royal propose une voie faite de participation, d'implication et d'efforts, à son exact opposé.
L'utilisation du vocable "populisme" est l'anathème suprême en politique. Il recouvre des acceptions bien différentes selon qui l'utilise, mais vise toujours à disqualifier celui dont on parle.
La politique, si elle veut recouvrer quelque crédit auprès de ceux qu'elle ambitionne de représenter, doit apporter la preuve de ce qu'elle avance et de ce qu'elle promet. Il importe donc de concevoir de nouveaux outils d'évaluation démocratique. Ne pas comprendre cette exigence citoyenne, c'est continuer à se fourvoyer dans l'impasse politique de la Ve république.
Cette révolution culturelle, les entreprises l'ont déjà réalisée, lorqu'elles se sont engagées dans les démarches-qualité, dans la tracabilité des produits, dans la labellisation afin de répondre au besoin de confiance de leurs clients et des consommateurs.
Il n'est pas incongru que les responsables politiques s'y engagent eux-aussi. C'est ce que propose Ségolène Royal.

En tant que spécialiste de la qualité dans les organisations industrielles, il est d'usage de résumer (très synthetiquement) le principe de la qualité comme suit (on peut faire un parallele osé avec le fonctionnement de notre democratie):
1. Ecrire ce que l'on veut faire (politique: les promesses electorales)
2. Faire ce que l'on a ecrit (politique: tenir ses promesses)
3. Ecrire ce que l'on a fait, la conjoncture amenant inevitablement a des ajustements du process (politique: le bilan de chaque promesse et de son execution vue par ces jurys citoyens?)
Finalement, tout depend de la facon dont seraient formés ces fameux jurys. Mais si cela reste un contre-pouvoir independant, alors c'est un pas vers un peu plus de qualité (au sens industriel du terme)
Rédigé par : Titophe | 26/10/2006 à 13:03
D'accord sur l'idée qui est d'ailleurs à mon avis une idée des rénovateurs. Contrôler les politiques ne peut être que bénéfique. Par contre sur la mise en oeuvre avec ces "jurys citoyens" tirés au sort, je pense que nous rentrons là dans une phase contre-productive ! L'idée rénovatrice est bonne à creuser mais il nous faut rejeter l'actuelle mise en oeuvre proposée !
Rédigé par : christine RM21 | 26/10/2006 à 14:16
Cet article a été référencé sur LePolitoscope.net
Rédigé par : Le Politoscope | 26/10/2006 à 21:25
Une idée intéressante, qui se défend, mais doit aussi se réfléchir... Je vois déjà les dérives (que je suis négatif !) particulièrement sur la constitution et la composition des jurys... Quand on voit comment certaines institutions dont le fonctionnement avait pourtant été "protégé" et qui sont détournées de leurs objectifs initiaux (les parlementaires par exemple !).
Jacques Testard dans son livre paru récemment proposait déjà ce genre d'idée (appliquée ailleurs en Europe): l'idée se creuse et la lecture de ce livre pourra s'avérer enrichissante.
Rédigé par : Sébastien | 26/10/2006 à 22:00
Les Jurys citoyens…
De 2 choses l’une :
Ou l’on donne à ces micro assemblées, dont la légitimité démocratique est hautement discutable, des pouvoirs de sanction à l’égard des élus pouvant aller jusqu’à la perte leurs mandats, et on crée alors une confrontation de fait entre légitimité élective et légitimité de ces « jurys citoyens », au risque de déstabiliser l’ensemble de notre système démocratique.
Ou l’on ne donne pas de tels pouvoirs, et cela ne sert tout simplement à rien, sinon à jeter de la poudre aux yeux, c'est-à-dire à prendre à court terme le risque d’un discrédit supplémentaire de notre classe politique.
Si je suis le 1er à remettre en question la légitimité réelle de nos élus tant au niveau national (exécutif et législatif) qu’au niveau local (communautés de communes et d’agglomérations), pour des raisons de représentativité insuffisante du corps électoral qui me semblent évidentes, je suis fermement convaincu que la solution doit être recherchée dans le statut de l’élu (permettant de ne considérer ce statut que comme une parenthèse relativement courte dans une vie « civile » normale), dans le renouvellement constant de nos représentants (non cumul et limitation drastique de la durée d’exercice des mandats), et dans l’évolution du mode de scrutin (introduction d’une dose de proportionnelle pour éviter la confiscation de la parole par une toujours même minorité socio culturellement favorisée).
Ces propositions là me semblent avoir été au cœur d’une réflexion engagée depuis de nombreuses années par tous ceux qui ce sont sérieusement et durablement intéressés à l’avènement d’une VIème république, réflexions qui avaient été relayées jusqu’ici constamment par le NPS puis par RM.
A côté de cela, le bricolage improvisé qui consisterait à ajouter une couche supplémentaire d’incohérence à nos actuelles institutions ne peut que les rendre encore plus difficilement intelligibles aux yeux des citoyens, et se révèlera donc de ce fait forcément contre productif.
Quand à la fonction d’évaluation des politiques publiques, qui pourrait sérieusement affirmer que des élus plus représentatifs du corps social (mode de scrutin), qui ne seraient pas perturbés par des perspectives de carrière à long terme (statut de l’élu, durée d’exercice des mandats limitée), et qui disposeraient d’une mandature à plein temps (non cumul), seraient moins motivés, moins compétents et moins intègres que les Jurys citoyens tirés au sort pour la prendre en charge ?
Au final, et pour ceux qui ont eu à l’époque le courage de prendre connaissance de l’essentiel des contributions, puis des motions préparatoires au congrès du Mans, qui pourrait m’indiquer où avait bien pu se cacher la proposition des Jurys citoyens dans les propositions pourtant longuement travaillées et débattues collectivement par notre parti ?
Alors, comme d’habitude, on opposera à ces arguments la légitimité q’une telle proposition recueillerait parmi le corps électoral, eut égard aux dernières enquêtes d’opinion publiées à chaud sur le sujet.
Inutile de dire que cet argument n’en est pas un à mes yeux. Pour des raisons de forme, tout d’abord, tant l’expérience a montré que les engouements de l’opinion 6 mois avant une échéance peuvent se révéler totalement contraire à ce qui se passe dans les urnes (faut-il rappeler ici l’épisode du 29 mai…).
Pour des raisons de fond, ensuite, car dans l’état de déliquescence de nos actuelles institutions, n’importe quelle proposition un tant soit peu démagogique qui ferait croire aux citoyens que leur voix peut être un peu mieux entendue fera forcément un tabac, et ce, quelle que puisse être sa validité en pratique.
(Pour info, argumentaire expédié aussi ce jour sur le blog RM national)
Rédigé par : CFO | 27/10/2006 à 22:41
La notion de Jury-citoyens demande à être repréciser.Il ne serait en aucun cas question de Jurys comme ceux des Cours d'Assises appelés à JUGER l'action des élus mais de Jurys destinés à évaluer cette action et à faire des propositions. Tout élu et je l'ai été pendant plusieurs années à besoin de rester en contact avec la population .C'est dans ce but que j'avais dès 1981 créé des réunions de quartiers où les élus municipaux dialoguaient avec la population,c'était trés bénéfique pour les uns et pour les autres,bien entendu la Municipalité de Droite qui est arrivée aux affaires en 1989 a supprimé cette forme de dialogue comme toute autre d'ailleurs.
La Gauche ne doit pas avoir peur des initiatives innovantes sinon elle n'a aucune chance de remporter les élections.
Rédigé par : Robert | 28/10/2006 à 14:51
Je crains fort que la question ne soit pas pour la gauche d’être innovante en désordre et en favorisant l’improvisation, mais bien plutôt de se concentrer sur une réelle rénovation des pratiques politiques en s’appuyant sur les fondations de notre système politique que sont les institutions.
S’il ne s’agit que de permettre aux citoyens de faire des propositions, alors il est inutile de faire croire que l’on veuille réellement aller au-delà de ce qui existe déjà. Il suffirait simplement d’affirmer que l’on veut rendre obligatoire les instances de débat décentralisées que sont les conseils de quartier, et autres organisations pour l’heure informelles, mais qui existent déjà un peu partout.
S’il s’agit de permettre aux citoyens d’évaluer l’action des responsables de l’action publique, les cours régionales des comptes sont déjà là pour tenir ce rôle, et il suffirait alors de permettre leur saisine par l’ensemble des citoyens, et de leur donner obligation de répondre à ces saisines dans un délai raisonnable. Et s’il s’agissait, pour ce faire de renforcer les moyens mis à leur disposition pour assurer ces missions dans des conditions décentes, je ne vois pas quel élu de gauche pourrait y trouver à redire.
Autrement dit, les structures existent déjà qui sont en capacité de répondre au problème posé, pour peu qu’une réelle volonté politique veuille bien permettre de pérenniser leur fonctionnement dans ce sens.
Et ça n’est pas en rajoutant des étages à un bâtiment branlant que l’on en améliore la solidité des fondations !
Rédigé par : CFO | 28/10/2006 à 16:21
Merci CFO pur ces deux commentaires à mon sens trés pertinents . Quand on parle de démocratie participative , la première chose à faire serait peutêtre de se pencher sur les expériences existantes et notamment leur capacité à intéresser toute la population et pas seulement une minorité active .
Jean Louis
Rédigé par : Boullet | 28/10/2006 à 22:04
En effet, avant de créer autre chose de citoyen par effet d'annonce, améliorons ce qui existe (conseil de quartier) avec "démocratie participative" et sans dédain.
Et puis si chaque élu tenait ses promesses électorales élaborées en fonction d'un peuple demandeur, sans calcul ni clientélisme, le peuple qui vote, jury citoyen existant, serait moins changeant.
Ne réinventons pas l'eau chaude.
Robert, la Gauche a parfois perdu pour d'autres raisons que le manque d'innovation.
Rédigé par : Jean Michel AUCINE | 29/10/2006 à 09:11
Les français commencent à se rendre compte que nos institutions sont à bout de souffle,ce n'est pas la multiplication des structures qui favorisent la Démocratie car on sait bien qu'elles sont trustées par les partis politiques qui sont peu représentatifs de la population comme les syndicats le sont peu des salariés. Il est
temps de donner la parole aux citoyens ce sera le meilleur moyen de leur redonner confiance en leurs élus qu'ils pourront interroger.Les Chambres régionales des comptes comme la Cour des Comptes ne statuent pas sur l'opportunité des dépenses mais sur leur seule régularité.
Rédigé par : Robert | 29/10/2006 à 09:13
[…] ce n'est pas la multiplication des structures qui favorisent la Démocratie […]
Je ne dis pas autre chose…
Aussi aimerais-je que l’on m’indique quelle structure va être supprimée au profit de celle des Jurys citoyens, au lieu de laisser entendre que cette dernière va se surajouter aux trop nombreux étages déjà en place, et de créer ainsi encore un peu plus de confusion dans l’esprit des citoyens qui ne sont pas de purs spécialistes de nos institutions…
[…] Les Chambres régionales des comptes comme la Cour des Comptes ne statuent pas sur l'opportunité des dépenses mais sur leur seule régularité. […]
Soyons clairs, si fonction de contrôle des politiques publiques il doit y avoir (et elle est effectivement indispensable), elle doit porter sur l’évaluation des réalisations par rapport aux objectifs, et surtout pas sur les objectifs eux-mêmes.
Faute de quoi, c’est la fonction même de médiation du politique qui disparaît.
Je ne peux croire que des élus locaux, surtout socialistes, ne soient pas intimement convaincus que l’intérêt collectif n’est pas uniquement la somme des intérêts particuliers, et que cette médiation, qui seule permet de définir des orientations POLITIQUES, est indispensable pour dépasser le stade des simples rapports de force économiques et sociaux.
[…] Il est temps de donner la parole aux citoyens ce sera le meilleur moyen de leur redonner confiance en leurs élus qu'ils pourront interroger […]
Il n’est que temps, en effet, non pas uniquement de redonner la parole aux citoyens, mais de refonder les bases de la démocratie afin de leur permettre d’être convaincus que leurs élus sont réellement au service de la collectivité et du bien public.
Pour cela, il existe un vrai projet, convaincant, parce que travaillé collectivement depuis de nombreuses années par la C6R, NPS, puis RM, travail sérieux réalisé hors de tout calendrier politicien et de toute contrainte électoraliste.
Et ceux qui se veulent des rénovateurs lâcheraient cela au profit d’une vague promesse de démocratie directe dont les contours exacts restent d’ailleurs manifestement à construire, tant les interprétations qui peuvent être lues ici où là de cette promesse sont aussi nombreuses que ne le sont leurs auteurs…
Un fabuliste du 17ème siècle nous a pourtant appris depuis longtemps que lâcher la proie pour l’ombre était une bien mauvaise idée…
Rédigé par : CFO | 29/10/2006 à 14:29