Le 89e congrès des maires de France a choisi comme thématique: "le maire au coeur de la République: un acteur au quotidien" et présente ainsi son constat : " Le maire se confond historiquement avec la République. Il en est non seulement un symbole fort mais aussi le visage et l’acteur au quotidien, celui qui en incarne les principes et les valeurs.
A un moment où le modèle républicain semble menacé, son rôle paraît de plus en plus important pour favoriser l’égalité des chances, fédérer les acteurs de la cohésion sociale, animer et coordonner la prévention de la délinquance. "
La première table ronde mardi matin,animée notamment par Michel Vergnier, député-maire de Guéret et vice-président de l'AMF , a abordé la question de l'égalité des chances dans le monde rural, celle de l'accès aux services publics de l'école et de la santé, et celle du développement économique des territoires ruraux, en présence de Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire.
Dans une association comme la notre, qui compte dans ses rangs une majorité d'élus ruraux, la question n'a pas manqué de réunir une assistance nombreuse et interrogative.
Mes collègues ont réagi vivement sur la question des services publics, suite notamment à l'annonce brutale et unilatérale par la SNCF de la disparition du Paris-Rodez. En effet, la charte pour les services publics en milieu rural, signée par les élus et les entreprises de service public, prévoit une obligation de dialogue et de concertation avant toute prise de décision. Christian Estrosi a indiqué aux congressistes sa volonté de faire respecter cette charte et a signalé l'avoir fait savoir à la présidente de la SNCF.
Beaucoup de mes collègues ont fait part de leur sentiment d'être souvent placés devant le fait accompli, pour des décisions de cet ordre.
Christian Estrosi est longuement intervenu sur le principe d'égalité, et a confirmé le discours qu'il nous avait tenu lors de sa visite en Creuse. Assimilant égalité et égalitarisme, il s'est fait le chantre de la notion d'équité, seule garantie à ses yeux de distribuer davantage aux territoires les plus défavorisés. Etrange conception et perversité du raisonnement, dans un débat consacré à l'égalité des chances.
Si l'on peut partager le constat du déséquilibre entre territoires ruraux et urbains, on ne peut être d'accord sur le postulat que l'égalité, c'est distribuer la même chose à tout le monde. L'égalité, c'est au contraire moduler les moyens utilisés pour arriver à un résultat identique pour tous les citoyens. Et dire celà n'est pas une simple figure de réthorique, mais bien une conception différente de la République.
Privilégier le résultat ou les moyens ? Obligation de résultats, ou obligation de moyens ?
En effet, l'égalité, et donc l'obligation de résultats, est un droit, partagé légitimement entre les citoyens. L'équité, qui consiste à considérer la question des moyens d'abord, sur des critères subjectifs et donc contestables, ouvre la porte au pire clientélisme basé sur la discrimination, dont on atténue le caractère arbitraire en la qualifiant de positive.
"On te donne plus qu'aux autres, tu le sais, tu deviens mon obligé et tu ne revendiques plus", telle est la philosophie du système que nous propose Christian Estrosi, fidèle interprête de la pensée de son mentor, Nicolas Sarkozy.
Les authentiques républicains ne peuvent se laisser abuser par un tel discours, qui relègue les principes républicains au rang de simple anecdote.
Le propos est peut-être séduisant. Il peut être entendu par certains, plus fragiles et donc sensibles à ce qui peut leur donner l'illusion d'améliorer leur situation surtout quand ils ont le sentiment de jouer le rôle de l'Etat comme l'a fait remarquer une maire.
Mais il nous fait collectivement courir le risque de passer de la République des citoyens, à l'Etat des sujets.
Ce n'est pas d'équité dont la République a besoin, mais bien de davantage d'égalité.
L'après-midi, Jacques Chirac est intervenu devant les congressistes: daté et convenu, somme toute banal.
Aujourd'hui deuxième jour de congrès, avec un table ronde qui m'intéresse, consacrée à l'intercommunalité, levier de l'organisation et de l'aménagement du territoire.

Merci Michel de rappeler ce clivage idéologique qui partage les camps politiques entre la gauche et la droite. A chaque fois que Michel évoque ce sujet, je fais la pub des travaux de Stéphane Delpeyrat, proche d'Emmanuelli, qui considère comme une simple discrimination positive le fait de privilégier l'équité à l'égalité. Et surtout pas une transformation sociale. L'équité c'est le plus tendre accompagnement du capitalisme. Je m'affronte souvent sur ce sujet avec des camarades pour qui la succession ne doit pas être "trop taxée".
Sur l'égalité des territoires, prenons le problème à l'envers pour ceux qui ne comprennent pas : j'habite en rural, je subis la fermeture de la ligne directe rodez -paris et la menace sur la ligne de nuit. Pourtant, je paie mes impôts sur le même mode de calcul que celui qui, à Toulouse, bénéficie avec la solidarité nationale du TGV, de la distribution postale par train en quelques heures etc. Il n'y a donc pas d'égalité. Et Michel a bien raison de dire que ce n'est pas un pb d'équité mais d'égalité. Et puis, pardon, mais la France, c'est pas "liberté, équité, fraternité". La base de la République, c'est l'égalité. Merci de nous le rappeler Michel.
Rédigé par : Bultel Stéphane | 22/11/2006 à 20:23