Pourquoi ne pas le reconnaitre, le spectre du 21 avril 2002 hantait mon esprit depuis plusieurs semaines. Je n'étais pas certain de ne pas voir l'histoire hoqueter à cette nouvelle échéance, si cruciale pour les Français. Aussi, l'annonce de la "qualification" de Ségolène Royal pour le second tour est une excellente nouvelle, qu'il convient d'apprécier à sa juste valeur.
Je suis également très satisfait du taux de participation électorale, qui atteint un niveau remarquable. Celà démontre l'intérêt de nos concitoyens pour cet enjeu démocratique fondamental.
Mais il faut aussi prendre d'autres paramêtres en considération, qui tendent à conclure à de nouvelles donnes politiques. L'affrontement gauche / droite que nous allons arbitrer, et qui est l'expression la plus classique du débat politique sous la Ve république, n'est plus tout à fait identifiant des aspirations des Français. Le score important de François Bayrou traduit cette remise en cause du systême usé de la Ve République, qui concentre excessivement les pouvoirs dans les mains d'une seule personne. Les électeurs du député béarnais, qui ne sont pas tous des centristes historiques loin s'en faut, ont certes manifesté leur désir d'un débat politique pluraliste, mais aussi leur rejet du projet de société que propose Nicolas Sarkozy. Ils ont considéré, pour des raisons autant tactiques que stratégiques, que François Bayrou était le plus à même de faire barrage au candidat sortant.
Il n'est pas possible d'ignorer ce message, qui doit trouver une réponse, à la fois institutionnelle et politique.
Seule, désormais, Ségolène Royal peut incarner l'alternative démocratique.
Car un autre enseignement qui doit être tiré du score important obtenu par Nicolas Sarkozy est bien celui de la crise morale que traverse notre pays, et qui trouve ses origines dans l'inquiétude que le monde actuel inspire aux Français. On retrouve ainsi dans l'électorat du candidat sortant ceux qui tirent aujourd'hui profit de la société de plus en plus inégalitaire que la mondialisation sans régles instaure, mais aussi ceux qui pensent, ou qui simplement ressentent, que le discours violent de l'ancien maire de Neuilly peut guider le pays en ces temps incertains. Il est à noter, sur ce point, l'impact d'un tel verbe sur l'électorat de Jean- Marie Le Pen, qui a fondu comme neige au soleil.
L'histoire est parsemée de ces périodes, où le peuple choisit de se donner à un chef et de lui abandonner sa souveraineté . Ce sont toujours des périodes finalement douloureuses.
Seule Ségolène Royal, forte du soutien de ceux qui militent pour une société plus redistributrice, socialement plus juste, porte ce projet politique de société fraternelle. Je veux que les électeurs de gauche, anti-libéraux, qui ont porté leurs suffrages sur d'autres candidats au 1er tour, soient entendus dans cette seconde partie de la campagne. Ségolène, qui avait déjà rassemblé PRG et MRC doit rechercher et trouver un accord politique avec les formations dont ces candidats sont issus, pour leur permettre de peser réellement, s'ils le souhaitent, sur le débat politique national.
Le rassemblement et l'ouverture sont les conditions de la victoire de la gauche, les conditions de l'ouverture d'une nouvelle séquence politique en phase avec les aspirations des citoyens, les conditions d'une recomposition nécessaire de la gauche de demain.
Alors, pour la victoire le 6 mai prochain, c'est tout de suite qu'on s'y met !
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