les désenchantés
Alors que les tractations vont bon train, que la presse nous alimente des pronostics les plus divers sur la composition du premier gouvernement de Nicolas Sarkozy, que les spéculations sur les qualités de ministrables de tel ou telle varient d'une heure à l'autre, les perspectives liées à la définition des contours des ministères nourrissent déjà quelques inquiétudes.
J'en veux pour preuve l'avenir incertain qui attend le ministère de l'agriculture. Les contradictions du discours du candidat de l'UMP sur la question agricole ne peuvent pas manquer d'inquiéter quant aux décisions du président de la République. Le 24 avril, la FNSEA manifestait déjà ses craintes, en réclamant le "maintien d'un ministère de l'agriculture de plein exercice conforté dans l'intégralité de ses missions". Dans un communiqué du 9 mai dernier, le syndicat agricole se hâtait de rappeler au souvenir du président ses revendiquations, et notamment la création d'un grand ministère, capable de porter des ambitions fortes vis à vis de l'OMC, des ambitions de protection de l'agriculture française, et de son développement.
Dès le lendemain, Monsieur Lemétayer adressait un courrier à Jacques Chirac pour lui exprimer sa
gratitude, et, en creux, ses craintes pour l'avenir : "Vous allez terminer votre mandat, et le monde agricole ne sait pas comment vous remercier. Qu'aurions-nous fait sans votre soutien sur le budget de la PAC ? Que serions-nous devenus dans le cadre de l'OMC, sans votre habileté et votre ténacité ? Qu'aurait été la politique rurale du pays , sans votre attachement à la terre ?". La phrase de conclusion du président de la FNSEA est véritablement un appel au secours au chef de l'Etat qui s'en va : "L'agriculture de notre pays a plus que jamais besoin de vous, votre vision nous est nécessaire. " Etranges propos, en vérité, adressés à un homme qui quitte ses fonctions, comme s'il venait d'être élu.
Le Monde, dans son édition du 12 mai, évoque la tentation de faire disparaitre le ministère de l'agriculture, ainsi que celui de la Culture. L'agriculture serait noyée dans un grand ministère du développement durable. Sacrifiée sur l'autel dogmatique du resserrement de l'équipe ministérielle ? Le mal est peut-être plus profond, l'effet d'aubaine cache probablement une vision politique de l'agriculture très différente de celle de Jacques Chirac, qui conduit à la relégation du monde agricole dans une deuxième division de l'activité économique de notre pays.De quoi nourrir, si je puis dire, toutes les craintes quant à la volonté politique de nos nouveaux dirigeants à se faire les hérauts intransigeants des intérêts du monde agricole français dans les négociations internationales.
Neuilly, ce n'est pas Ussel, Bagatelle, pas vraiment Millevaches, le jardin d'acclimatation certainement pas l'expression la plus aboutie de la ruralité.
Le monde agricole, qui doit en mesurer douloureusement la signification, est désormais un secteur voué à symboliser l'ouverture politique en direction des transfuges de l'UDF. Une belle instrumentalisation de ceux à qui on se complaisait à dire qu'ils n'étaient plus des paysans, mais des chefs d'entreprises...en voie de disparition. Combien des 600.000 agriculteurs actuellement recensés seront-ils toujours en activité en 2012 ? Probablement 200.000, si la volonté politique propre à contre-carrer les dérives libérales de la mondialisation, n'est pas au rendez-vous. Les premiers signes adressés à la profession et à la ruralité ne sont pas encourgeants. Doit-on y déceler l'amorce du désamour entre un monde agricole en voie de désenchantement et une droite libérale à la culture essentiellement urbaine ?
L'avenir nous le dira très vite.

arf, typiquement un post qui melange tout !
Franchement faut etre serieux deux minutes
"Combien des 600.000 agriculteurs actuellement recensés seront-ils toujours en activité en 2012 " mais pourquoi s'arreter aux 600 000 actuels et ne pas prendre comme point de depart les 1.5 millions de 1979 http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?tab_id=131
d'autre part, peut on serieusement parler de liberalisme pour un secteur ou les prix sont garantis et ou l'impact des facteurs naturels est compensé par des aides http://www.fnsea.fr/sites/webfnsea/actions/synd/2003/sec/200803aide.aspx un peu comme si on dedommageait H&M ou Gaz de France des hivers trop doux ??
tu repondras : "l'agriculture n'est pas un produit comme les autres", mais c'est aussi le cas de l'education, la sante, le medicament, la presse, la culture, le sport dont le football, l'eau, la mort... mais aussi le yaourt Danone, le transport ferroviaire voire meme le vin !
Sinon sur l'architecture des missions de l'Etat : il me semble que Arnaud de Montebourg a contribue a la creation de la LOLF http://www.assemblee-nationale.fr/11/rapports/r2908.asp donc si on part du principe que la LOLF vise a organiser le budget par mission et non pas par ministere, il faut peut etre rechercher les responsabilites de ce cote.
De meme, on a pas vu la contribution a la loi d'orientation agricole n° 2006-11 du 5 janvier 2006 http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=AGRX0500091L si on en croit le vote du PS et de Montebourg http://mondepute.free.fr/cadre_deputes.htm
Rédigé par: A-C | 15/05/2007 at 11:56
j attends avec plaisir ton feedback, Michel, en ce jour ferié et pluvieux... :-)
Rédigé par: A-C | 17/05/2007 at 16:39
Eh Robert, venez nous expliquer comment ce blog peut devenir un espace de DIALOGUE avec un auteur pareil ?
On est forcé de prendre celà pour une devanture publicitaire médiocre, alors tout le monde peut se donner le droit de la défigurer ....
Rédigé par: Tenryu | 17/05/2007 at 19:46
Parce que nous ne sommes plus en 1979 ! Et quoiqu'il en soit, même si le systême n'est pas entièrement libéral, puisqu'il bénéficie d'une forte intervention publique, les orientations prises ont favorisé cette logique et cette dérive, en réduisant drastiquement le nombre d'agriculteurs. Certains qui ont vu des effets d'aubaine à ces aggrandissements d'exploitations mesurent maintenant la fragilisation de leur filière. On peut craindre pour l'avenir, et les conséquences sur notre autosuffisance, notre qualité et notre sécurité alimentaires.
Je reconnais bien volontiers qu'il y a paradoxe à ce que certains (dont je ne suis pas) flattent la profession, en expliquant qu'ils sont désormais des chefs d'entreprise comme les autres, alors que la notion de risque encouru n'est absolument pas comparable. Mais l'évolution des choses, s'il n'y a pas une volonté politique forte de préserver la filière, et donc de ne pas s'abandonner à la pure logique du marché. La régulation est une nécessité.
On ne peut que déplorer que cette volonté politque n'ait pas été mise en oeuvre pour préserver notre industrie.
Quant aux autres points, je vous ferai juste remarquer que Montebourg n'a pas voté les budgets de l'Etat proposés par les gouvernements de droite successifs. Il ne faut pas confondre les outils et l'usage qui en est fait.
Enfin, je vous réponds sur la modularité du RMI, idée que je trouve particulièrement écoeurante, parce q'elle repose sur une conception inégalitaire des droits, et donc anti-républicaine, comme si ce revenu était une manne.
Je remarque simplement que les RMistes sont plutôt des victimes sociales du système, que des nantis. Aller faire une comparaison de l'environnement économique (incomplet d'ailleurs, puisque vous occultez le coût des transports, de l'alimentation, du carburants, des déplacements...), comme s'il s'agissaitde simples éléments statistiques me heurte.
La vérité, c'est que certains conseils généraux estiment que le RMI peut être un variable d'ajustement de leur budget. C'est plus simple de s'en prendre aux plus fragiles, que d'entreprendre un rapport de force avec l'Etat, en raison de dotations insuffisantes. C'est aussi moins courageux.
Rédigé par: michel moine | 17/05/2007 at 20:39
merci pour la reponse. Pour les minimas je pensais plus au SMIC, niveau auquel un certain nombre d'agents de la fonction publique bossent et non pas au RMI, un autre probleme puisque ca n'est pas un revenu du travail, mais dire "conception inégalitaire des droits, et donc anti-républicaine" ca me fait trop marrer cette "egalite" de facade qui donne le profil de recrutement des tres republicaines ecoles genre X ou ENA.
Quand a ce nationalisme effrayant ("notre autosuffisance, notre qualité et notre sécurité alimentaires", "notre industrie") , tres bien, mais il ne faut pas oublier que quand on prend l'actif, on prend le passif ("nos bombes au Tchad", "nos futs toxiques a Abidjan", "nos fermetures d'usines Renault a Vilvoorde". )
Rédigé par: A-C | 18/05/2007 at 10:28