
Les médias ont été ponctué, en cette fin d'été ( si on veut considérer qu'il ait jamais commencé !), d'informations sur le renchérissement à attendre d'un certain nombre de produits alimentaires "de base": pain, lait, pommes de terre et bien sûr produits dérivés.
J'ai été frappé de l'insistance de ces messages alarmistes, qui ne manquaient pas de donner l'impression désagréable que nous allions nous retrouver en période de disette et de pénurie. Né bien après la guerre, je n'avais pas le souvenir d'avoir jamais éprouvé ce sentiment, bercé depuis toujours par l'abondance alimentaire de notre pays. Je crois que la perpective de "manquer" de ces produits, telle que les médias l'ont présenté, a entrechoqué un certains nombre de certitudes et des postulats, en ébranlant des symboles forts de notre modêle occidental, où se nourrir va de soi, même s'il ne faut pas mésestimer les difficultés croissantes d'un certain nombre de nos concitoyens en ce domaine.
L'augmentation du prix du pain, amplifié considérablement par le phénomène euro, est un véritable déclic social, tant ce produit conserve dans l'inconscient des Français une valeur symbolique majeure, que la langue entretient depuis des siècles. Certes, le pain n'est plus l'aliment de base de nos concitoyens, lui dont la consommation journalière par Français n'a cessé de décroitre depuis un siècle, passant de 900 grammes en 1900, à 325 en 1950, 200 en 1970 pour se situer cette année à 150 grammes. Mais il n'est pas qu'une nourriture terrestre dont le prix s'est accru de 45 % en 17 ans, c'est aussi un symbole dont la dimension spirituelle est célébrée tous les dimanches.
S'attaquer à la valeur de ce symbole est assurément prendre de grands risques politiques et sociaux, d'autant plus que l'augmentation du prix du blé, qui a doublé en un an, s'accompagne d'autres hausses, dont le cumul ne peut que susciter l'inquiétude. Ces difficultés croissantes pour se nourrir qui attendent les Français, et notamment les plus pauvres, posent de façon particulièrement aigüe la question du pouvoir d'achat. Il ne s'agit plus là de la difficulté à acquérir un écran plat ou du budget vacances, mais bien des dépenses de première nécessité, et de la qualité nutritionnelle de son alimentation.
Il est pervers de nous rappeler à longueur de spots publicitaires le bien-fondé de varier son alimentation avec fruits et légumes, alors que ces produits deviennent de plus en plus inaccessibles au plus grand nombre.
Certes l'alimentation est un discriminant social, mais la nouveauté, c'est qu'elle le devient sur les produits de base.
C'est un champ sur lequel les responsables politiques doivent agir sans tarder. Les leviers sont nombreux, depuis la politique agricole jusqu'à l'encadrement et la moralisation des circuits de distribution. Manger est un besoin vital, manger correctement est un besoin social.
De 1791 à 1978, et de 1981 à 1986, le prix du pain était encadré, c'était une affaire d'Etat. Ne dit-on pas que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes ? Il y a grand danger à penser qu'on peut augmenter encore et encore le prix du pain. Nos concitoyens attendent que l'Etat les protège. A négliger ces réalités, c'est une soupe à la grimace qui risque de figurer au menu du gouvernement.
On sait pourtant ce qu'il advient lorsqu'on propose aux Français de la brioche à la place du pain...
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