Le moins que l'on puisse dire, c'est que la pratique européenne contrarie l'état de grace présidentiel. Autant le dire tout net, la France est en train de se marginaliser au sein de l'Union, dont les membres apprécient peu le comportement pour le moins instable et le manque de fiabilité.
Il ne suffit pas d'embrasser la chancelière allemande comme du bon pain, en surjouant l'empathie et la décontraction, cette femme-là attend des résultats et pas de l'emporte-pièce. Notre président de la République multiplie les fautes politiques, en considérant les différentes instances européennes comme une vulgaire réunion de l'UMP, théatre de la mise en scène de sa communication désordonnée.
J'ai le sentiment que la note va être présentée assez vite à la France, qui tantôt défend l'indépendance de la BCE, tantôt en conteste violemment ( et avec raison quant au fond ! * ) la politique monétaire, qui s'arroge les lauriers de la libération des infirmières bulgares en soufflant la politesse aux Allemands, qui se livre à des déclarations pour le moins fantaisistes sur la croissance, qui tantôt promet un retour à l'équilibre des comptes publics en 2010, tantôt en 2012. La seule chose stable dans tout celà, c'est l'aplomb avec lequel toutes ces contradictions sont assumées successivement. Celà ne suffit pas à faire une politique, et les premières grandes désillusions risquent bien de venir de nos partenaires européens, dans un contexte économique dont la dégradation s'accélère, croissance atone, commerce extérieur déficitaire de plus en plus structurellement.
Il me semble que Nicolas Sarkozy s'ingénie à adopter une attitude kamikaze, en se sur-exposant, y compris à l'échelle internationale. Non pas que je préconise l'immobilisme, mais une certaine réflexion avant l'action, ce qui permet d'éviter certains égarements. Si comme une célèbre pile, le Président de "s'use que si on s'en sert", il risque bien de toucher rapidement les limites de lassitude de ses concitoyens, et de nos partenaires européens.
Premier signe, les déclarations des uns et des autres au sommet des ministres des finances de Porto, où la position de la France quant à la BCE a été jugée par les Allemands comme ayant un " impact sur la politique de la Banque centrale européenne (est) nul ".
On peut s'interroger sur la réalité d'un travail diplomatique de la France en amont auprès de nos partenaires pour les faire évoluer sur cette question fondamentale. Il semble au contraire que notre action se soit réduite à ces déclarations intempestives qui ont braqué les autres européens, déroutés par ce virevoltage français destiné en fait à déplacer le débat. Donner des leçons aux autres ne peut s'envisager que quand on est soi-même en position de le faire. La France est en difficulté sur la question de son déficit public, et ses atermoiements indisposent l'europe.
Bref, ce n'est pas sur des déclarations que le gouvernement français est attendu, mais sur des résultats.
Il apparait que le crédit de la France, et de son Président, est déjà bien entamé.
*Il faut d'ailleurs noter l'attitude du gouverneur de la BCE, qui affiche un certain dédain vis à vis du président de la République française, comme s'il lui était supérieur, c'est à dire au-dessus d'un homme qui incarne la légitimité démocratique et républicaine. Monsieur Trichet, qui n'est responsable devant personne, ose même prétendre qu'il agit dans l'intérêt "des plus pauvres" !
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