En cette journée de lecture dans les établissements scolaires de la lettre de Guy Môquet, il m'a semblé intéressant, puisque le Chef de l'Etat a décidé, à juste titre sur le fond, d'honorer le devoir de mémoire lié à cette période où la France n'était plus la France, et où donc la Creuse n'était plus la Creuse, de publier ces deux rapports de 1941 retrouvés dans les archives qui illustrent bien ce que pouvait être le délit d'opinion, fatal au jeune Môquet, ici reproché à des élus.
Une autre époque bien sûr !
Rapport n° 1397, de l'inspecteur de police spéciale Burger L., en date du 9 mai 1941, au commissaire spécial, chef de service à Guéret.
"Référence à la transmission de Monsieur le Préfet de la creuse, en date du 29.4.41 concernant M.le Maire de Chavanat qui se livrerait dans sa commune à une propagande anri-gouvernementale et qui aurait refuser d'acheter le portrait du Maréchal PETAIN en accompagnant son refus de propos désobligeants, j'ai l'honneur de vous faire connaitre que j'ai procédé à une enquête de laquelle il résulte que la municipalité de Chavanat a été élue sous l'étiquette SFIO.
En réalité, elle est presque entièrement composée de sympathisants communistes. Cependant la majeure partie des conseillers municipaux se tient depuis le début de la guerre, en dehors de toute activité politique.
Par contre, le Maire M.VALLADE L., 58 ans, aubergiste, qui a évolué vers l'extrême gauche, continuerait à se livrer à une propagande anti-gouvernementale, mais en sourdine. Son meilleur ami est le nommé B...Raymond, instituteur à Chavanat, faisant l'objet de notre rapport n° 609 du 11.3.41.
Ces derniers, ainsi que 2 ou 3 cultivateurs du village que je n'ai pas pu identifier, se rassemblent assez régulièrement au café du Maire. Au cours de ces soirées, ils discutent les affaires municipales, et critiquent le Gouvernement.
Les faits énumérés ci-après démontrent nettement la mauvaise volonté du Maire, d'apporter une aide quelconque au redressement national et ses sentiments hostiles à l'égard du Maréchal PETAIN. (...)
D'autre part, il est exact que M.le Maire a refusé d'acheter le portrait du Maréchal, déclarant ouvertement "qu'il n'a pas de sous à jeter par la fenêtre". (...)
J'estime donc que M.VALLADE L. se montre indigne de conserver ses fonctions de premier magistrat de la commune de CHAVANAT."
Le 15 mai 1941, le préfet de la Creuse adresse à l'Amiral de la Flotte, Ministre, secrétaire d'Etat à l'Intérieur, à Vichy, un rapport référencé n° 112/CAB.
Objet : démission d'office du Maire de Chavanat
Référence : votre circulaire N° 217 du 24 décembre 1940.
J'ai l'honneur de vous rendre compte que d'une enquête à laquelle j'ai fait procéder, il résulte que M.VALLADE, Maire de CHAVANAT (Creuse), se livre dans sa commune à une propagande anti-gouvernementale de bouche à oreille.
Elu sous l'étiquette SFIO, il a nettement glissé vers l'extrême gauche.
D'autre part, ce Magistrat Municipal s'est abstenu de participer à la cérémonie du 11 novembre et aaa interdit à la population de pavoiser à cette occasion.
L'intéressé a, en outre, refusé d'acheter le portrait du Maréchal PETAIN en déclarant "qu'il n'avait pas de sous à jeter par la fenêtre".
C'est chez M.VALLADE, qui est aubergiste, que se réunissent assez régulièrement, plusieurs personnes pour discuter des affaires communales mais surtout pour critiquer le gouvernement.
M.VALLADE met nettement de la mauvaise volonté à apporter son aide au redressement National et fait preuve de sentiments hostiles à l'égard du Chef de l'Etat.
Dans ces conditions, j'ai l'honneur de vous proposer de bien vouloir proposer sa démission d'office de Maire et de Conseiller Municipal".
(C'est effectivement ce qui arriva au maire, qui fût révoqué quelques semaines plus tard, ainsi que son conseil municipal qui s'était solidarisé avec lui.)
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