Le dernier redécoupage électoral remonte à 1986 et est dû aux ciseaux experts de Charles Pasqua. On peut dire qu'en Creuse, ce dernier a été particulièrement efficace, taillant sur mesure une circonscription pour la droite, deux fois plus étendue que la première.
Mais pour combien de temps encore la Creuse, département rural par excellence, à faible population, comptera-t-elle deux circonscriptions ?
La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, vient d'annoncer l'imminence d'un redécoupage ( mi-2008, après les municipales). En soi, cette démarche n'a rien de saugrenu, puisqu'elle se conforme aux textes, notamment au code électoral qui prévoit qu'il est "procédé à la révision des limites des circonscriptions, en fonction de l'évolution démographique, après le deuxième recensement général de la population suivant la dernière délimitation".
Mais à partir du moment où il est posé en postulat que le nombre de députés restera intangible ( 577 ) , c'est forcément dans les départements ruraux qu'on ira chercher les sièges alloués aux zones urbaines dont l'évolution démographique a été la plus nette depuis 1982, date de recencement qui a servi de référence à l'actuel découpage, puisqu'un autre postulat serait remis en cause, celui d'un minimum de deux sièges par département.
Il y a donc fort à craindre que la Creuse soit touchée par cette redistribution de sièges à l'Assemblée Nationale, au nom du principe d'équité, si cher au pouvoir actuel. Néanmoins , cette soi-disante équité s'apparente davantage à un égalitarisme mathématique qu'à l'Egalité, principe intangible mais néanmoins obscur pour certains.
Dans cette opération, les départements fragiles, qui ont besoin de mieux se faire entendre que d'autres si on souhaite véritablement que l'aménagement du territoire relève bien de la volonté politique, et non du constat des phénomènes "naturels", vont se retrouver marginalisés, réduits à la portion congrüe, et pour tout dire , relégués au rang de département de seconde zone.
Je ne suis pas opposé par principe ou conservatisme à toute réflexion visant à améliorer la démocratie de notre république, mais je suis convaincu que celle-ci doit veiller à protéger ses composantes les plus faibles. Aussi, le seul critère de population ne me parait-il pas suffisant pour parvenir à l'objectif annoncé. Le seuil incompressible de deux députés par département me semble un bon garde-fou républicain.
Se trouve donc posée la question du nombre de députés à l'Assemblée, qui ne doit donc pas apparaitre comme un point non négociable. Après tout, si notre population augmente, il n'est pas scandaleux que le nombre de ses représentants fasse de même.
Malheureusement, l'idéologie risque de l'emporter sur la raison si nous n'y prenons garde, emportant d'ailleurs au passage quelques-uns de ses meilleurs petits soldats. Ne nous y trompons pas : celà ne serait pas une consolation suffisante, car uniquement conjoncturelle.

Cher Michel, il y a 4 mois, j'avais écrit une modeste bafouille sur ce sujet : http://www.etiennefillol.org/blog/index.php?2007/06/24/265-je-suis-personnellement-une-minorite-sous-representee-a-l-assemblee
Je n'allais pas exactement dans ton sens, constatant que les disparités de base électorale allaient de 1 à 6. Ceci étant, tu as raison de dire que le seul critère démographique ne suffit pas, les territoires devant également avoir leur représentativité propre... à condition de ne pas en arriver à des différences énormes.
L'augmentation du nombre de députés serait donc assurément une solution à ne pas écarter.
Quoiqu'il en soit, je suis sûr que nous nous accorderons pour dire qu'un redécoupage est nécessaire et qu'il convient que nous soyons vigilants aux trafics de l'UMP en la matière, les fils spirituels de Pasqua étant toujours aux manettes...
PS : Une petite coquille dans ton texte : "Le seuil incompressible de deux députés par circonscription..." : il s'agit de deux députés par département.
Rédigé par : étienne fillol | 27/10/2007 à 10:10
Merci de cette correction: la coquille est rectifiée.
Et je pense même que l'augmentation de ce nombre de députés pourrait facilement se financer par une diminution de 10 % des revenus de nos parlementaires. On pourrait ainsi créer une bonne cinquantaine de circonscriptions supplémentaires, à coût constant.
Aucun antiparlementarisme primaire dans mes propos, je ne considère pas que nos députés usurpent ce que leur verse la république.
Cet exemple pourrait d'ailleurs être suivi par les patrons et cadres dirigeants du CAC 40 ...
Rédigé par : michel moine | 27/10/2007 à 17:32
... en tout cas, je viens de me "taper" la lecture du rapport du comité Balladur/Lang : tu vas rire (enfin non...), ils préconisent :
- le maintien du nombre de députés à 577
- 20 à 30 députés à la proportionnelle, donc autant de moins pour la représentation des territoires
- faire en sorte que les sénateurs représentent les territoires, mais aussi mieux les populations.
Donc, selon eux, non seulement la Creuse ne sera pas plus représentée, mais encore le sera-t-elle moins à l'AN et moins au Sénat !
Rédigé par : étienne fillol | 27/10/2007 à 18:34
Il sera aussi urgent de revoir le mode d'élection des Sénateurs fort peu démocratique et qui donne lui une prime importante aux circonscriptions rurales souvent de Droite;le Sénat pourrait par exemple représenter les Régions.
Rédigé par : Robert | 27/10/2007 à 19:29
donc si je comprends bien tu es pour le maintien de cette inegalité de representation de la population, qui au passage peut expliquer en partie pourquoi il y a autant de militants de gauche et de droite femmes, noirs, arabes, et si peu d'elus femmes, noirs, arabes ? Normal ils sont tous parisiens ou lyonnais ou marseillais http://fr.wikipedia.org/wiki/Circonscriptions_%C3%A9lectorales_(France)
Deuxième circonscription de la Creuse 59785 habitants
Onzième circonscription de la Seine-Saint-Denis 114 676 habitants
ah la la decidemment j y comprends rien a l egalité :-)
Rédigé par : A-C | 28/10/2007 à 20:27
A-C, vous êtes dans une logique que je ne partage ni ne cautionne.
je ne vois aucune raison de ne pas créer une circonscription supplémentaire en Seine Saint-Denis, puisque c'est l'exemple que vous prenez. Mais pourquoi celà devrait-il se faire au détriment de la Creuse ?
A l'heure où on piédestalise la proximité des élus avec les citoyens, il m'apparait plus important qu'un élu du 93 représente moins de population plutôt qu'un député du 23 en représente plus. Tenir compte de l'étendue d'une circonscription est incontournable également. Reprenez donc votre exemple sous cet angle...
Sans parler de l'enjeu démocratique, si un département rural ne devait compter qu'une seule circonscription...
Rédigé par : michel moine | 28/10/2007 à 21:29