Il arrive que, même dans un numéro habituellement bien maitrisé, le meilleur des artistes tombe sur un os, se plante, et que l'exercice de communication se retourne contre celui qui était sensé en tirer bénéfice.
Personne n'a oublié le calamiteux "jeu de la vérité" de Chantal Goya, en 1985, point de départ de sa descente aux enfers médiatiques. Dans le même ordre d'idée, on peut citer la campagne de publicité pour la Renault 14, "la poire", à laquelle les consommateurs refusèrent d'être identifiés, traumatisés peut-être par le qualificatif de "veaux" dont le général de Gaulle les avait affublé.
C'est, selon toute vraisemblance, une erreur de cette nature que vient de commettre le Président de la République. Manifestement animé de la volonté d'aller au-devant (pour l'étouffer dans l'oeuf ?) de la contestation des cheminots ulcérés par la remise en cause de leurs acquis et par la stigmatisation de leur statut, Nicolas Sarkozy a touché aux limites d'un positionnement politique centralement axé sur la communication. Trop sûr de lui, sans doute.
La communication ne peut pas tout: arrive un moment où elle s'efface devant la maitrise technique du fond des dossiers.
Les cheminots du centre de maintenance de St-Denis n'en n'ont pas cru leurs oreilles lorsqu'ils ont entendu le verbe présidentiel affirmer sans sourciller : " Les bonifications, les décotes, moi je pense que tout ceci ne peut s'appliquer que pour ceux qui ne sont pas déjà rentrés à la SNCF".
Strictement le contrepied de la position du gouvernement défendue par Xavier Bertrand, le ministre du Travail, en charge de la réforme du régime de retraite des cheminots !
La décote est le système qui prévoit, à partir de 2010, une diminution plus que proportionnelle du montant de la retraite en cas de départ avant 65 ans avec un nombre d'annuités insuffisant, selon le "document d'orientation" remis le 10 octobre dernier par le gouvernement.
Ce point est évidemment une pierre d'achoppement entre ce dernier et les syndicats. La déclaration, iconoclaste, du président a résonné bizarrement alors que la tension génère un fort mouvement social.
Alors, le gouvernement sera-t-il sommé d'intégrer la bourde présidentielle dans les phases de négociations à venir ? Ce n'est pas impossible, si on considère qu'il est inenvisageable pour l'Elysée de la reconnaitre comme telle.
Quoi qu'il en soit, cette affaire entame sérieusement la crédibilité de la parole du chef de l'Etat et sa côte baisse.
Bécassin, c'est mon cousin...

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