La tapisserie d'Aubusson traverse une crise, dont chacun ressent le risque léthal, si nous ne nous mobilisons pas tous pour sa survie.
Aubusson ne peut accepter l'idée que ce savoir-faire qui a façonné son identité devienne un jour un art mort, sans personne pour le faire exister. Elle ne peut accepter l'idée qu'un jour, peut-être proche, il n'y ait plus de lissiers en activité dans la commune. Moi, je ne l'accepte pas.
Trois conditions doivent être réunies pour parvenir à cet objectif
- Il faut des lissiers.
- Il faut des artistes
- Il faut des marchés
Le projet de cité de la tapisserie, dont il est prévu qu'il regroupe, sur le site de l'ENAD, non seulement le musée, mais aussi la dimension formation, peut apporter, avec le soutien de l'Etat, de la Région Limousin, du Conseil Général de la Creuse et de la commune, voire de la communauté de communes, l'élan nécessaire pour permettre la formation de lissiers. Citons la démarche de la Manufacture Four, de formation d'apprentis, intéressante, mais qui se heurte à des difficultés matérielles liées à l'éloignement du Moulin Rabaud. L'offre pédagogique large présente à Aubusson doit pouvoir permettre d'apporter des solutions satisfaisantes, surtout si on y associe les professionnels, actuels ou jeunes retraités, que ce soit pour de l'apprentissage ou pour d'autres types de formations . La dimension "histoire de l'art" ne doit pas être absente de la démarche.
Pour que la tapisserie réaffirme son rôle en matière de création contemporaine, il importe d'y intéresser des artistes, majeurs ou en devenir. De ce point de vue, l'intérêt de Gérard Garouste, pour le projet dont la municipalité a été à l'initiative, avec le soutien de l'Etat, d'une grande tapisserie de 27 m2, en cours de tissage, et destinée à l'Hôtel de Ville est un signe positif encourageant. Gérard Garouste a ce projet à coeur, et découvre avec les lissiers d'Aubusson, le plaisir de la re-création à plusieurs. Mes contacts avec lui, fréquents et amicaux laissent présager d'autres collaborations avec Aubusson. Cet exemple doit être décliné, avec d'autres grands créateurs, comme Robert Combas. Il importe également de réveiller le goût d'artistes déjà tissés, pour Aubusson. Nous ne négligerons pas non plus de faire venir à la tapisserie de jeunes talents, comme nous le faisons, lors des tissages de la Maison du tapissier.
Enfin, il faut défricher de nouveaux marchés. Je rappelle, et je n'ai pas de crainte à le faire, la démarche que nous avions engagée il y a deux ans aux Emirats arabes Unis. Je rappelle au passage, et aux esprits chagrins, que les trois collectivités et l'Etat avaient répondu à une demande forte de la Chambre Régionale de Commerce du Limousin, et de son président, monsieur Limousin. Il faudra reprendre les contacts noués là-bas, en s'attachant à les faire fructifier. Je note d'ailleurs que nous avons appris il y a peu les investissements de notre pays aux Emirats, en terme de développement culturel, avec l'installation du musée du Louvre à Dubaï, ou encore les accords de coopération avec l'université de la Sorbonne. Assurément, Aubusson a une carte à jouer aussi.
D'autres territoires méritent qu'on les démarche, je pense aux Etats-Unis, bien sûr, où la profession a effectué des tentatives, ou encore à la Russie.
Et puis, il y a les grands projets, qui sont en mesure d'accompagner tout ce que je viens d'évoquer. Celui de Jacques Fadat, "la tenture de l'Europe", qui prévoit d'associer 81 artistes, pour 81 tapisseries à l'occasion de la présidence française, vise à associer Aubusson et Esprit européen. L'ambition de Jacques Fadat, c'est de faire partager à tous les peuples d'Europe une véritable culture européenne, dans ce qu'il appelle "un véritable espace communautaire de création". Le but, c'est aussi de créer une oeuvre capable de s'inscrire dans l'histoire de l'Art, au même titre que l'Apocalypse. Je trouve ce projet enthousiasmant, dans sa dimension matérielle bien sûr, mais aussi dans sa capacité à rassembler autant d'artistes épars dans toute l'Europe, sur des thématiques partagées.
J'ai indiqué, dans un récent courrier à Jacques Fadat, qu'il pourra compter sur tout mon appui, et qu'Aubusson financera l'une de ces 81 tapisseries, si je suis élu. D'autres soutiens seront nécessaires, du sommet de l'Etat, jusqu'aux présidents de Régions, en passant par les mécènes privés. C'est aussi en ce sens que le projet est intéressant. Chacun devra apporter sa pierre à l'édifice.
Je suggère que nous réfléchissions à la création d'une Fondation permettant de faire bénéficier les entreprises membres, de défiscalisation d'une grande partie de leur apport, dans le cadre de la loi sur le mécénat.
L'avenir de la tapisserie, j'y crois. je suis prêt à continuer à me battre pour lui, dans un esprit d'ouverture, condition nécessaire à la fédération des bonnes volontés. C'est ce combat que je propose aux Aubussonnais de partager, en faisant de chacun d'entre-eux le maillon d'une chaine d'union et de solidarité.
Michel Moine
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