L'intervention ce week-end, consécutive à la parution de son livre, de Bertrand Delanoë, revêt à mes yeux un mérite incontestable: celui de lancer véritablement les débats du Congrès de Reims, autour de la définition du rôle du PS, et en préambule , de son identité.
Il est évident que le parti socialiste vit depuis de nombreuses années une crise d'identité qui le conduit à être inaudible d'une majorité de nos concitoyens, aux élections nationales. C'est, au passage, un véritable paradoxe, alors qu'il connait depuis dix ans une remarquable stabilité dans sa Direction. Chacun en tirera ses conclusions.
Tout consiste, donc, à définir précisemment ce qu'on entend par "libéralisme". Personne de sensé ne rejettera l'acception politique du vocable, dès lors qu'il renvoie à des pratiques politiques synonymes de liberté, de tolérance et de justice. Mais cette définition est occultée depuis longtemps par son sens économique, "dévoyée par les conservateurs au service d'une idéologie du laisser-faire économique et de la perpétuation des rentes et des privilèges dont ils bénéficient déjà", pour citer l'interview du maire de Paris dans la dernière édition du Nouvel Observateur.
On le voit, il y a chez Bertrand Delanoë, la tentation d'un formidable et double pari: réhabiliter la doctrine libérale comme une doctrine de justice sociale et de démocratie, et l'arracher du discours dominant de la droite pour se la réapproprier en en dépossédant les conservateurs qui la "squattent" en toute impunité.
C'est, bien sûr, un pari risqué, et sur la forme, et sur le fond, qui fait courir deux risques.
Tout d'abord, et même si Delanoë a dû relire Gramschi, il n'est pas évident que sa démarche soit comprise des gens de gauche, qui ont assimilé depuis longtemps libéralisme à inégalités. On comprends bien l'enjeu de venir ainsi sur le terrain idéologique de l'adversaire, mais la limite arrive vite quand on donne le sentiment d'abandonner ses propres convictions pour celles des adversaires, ce qui s'appelle lâcher la proie pour l'ombre.
Tout le dilemne est de déterminer qui est soluble dans l'autre: le libéralisme dans le socialisme, ou l'inverse ?
L'ordre même des termes tels que les titrise le Nouvel Obs ( "Moi, libéral et socialiste ") ne donne, de ce point de vue, pas un signe positif: l'affirmation du moi va à l'encontre de la règle des débats qui doit prévaloir entre socialistes en cette période de congrès. Préférons donc le "nous" !
La prévalence de "libéral" sur "socialiste" ne me parait pas non plus du meilleur effet. Notre camarade aurait sans doute été plus inspiré de réaffirmer le primat de ses convictions socialistes. Il ne s'agit pas là de simple débat sémantique, mais bien d'une affirmation politique, nouvelle à certains égards, et qui risque de résumer la portée historique du congrès de Reims.
Il y aurait probablement plus urgent et plus simple, pour redonner du corpus à un PS en apnée idéologique depuis trop longtemps. En prenant par exemple les 35 heures, loi sur laquelle le président de la République a si bien su réussir sa manoeuvre de diabolisation, il y a de quoi, en en défendant et le principe, et les résultats, en terme de productivité notamment, réaffirmer des valeurs de gauche. Or le PS s'est avéré incapable de tenir un langage clair et audible sur ce sujet, une fois dans l'opposition.
Avant que de tenter de s'emparer de la thématique de l'adversaire, il importe d'être au clair sur ses propres principes identitaires. C'est, me semble-t-il, le point faible de la démarche de Bertrand Delanoë, qui nous fait courir le risque, pour le coup collectivement, de nous perdre encore davantage.
Il n'est pas non plus nécessaire de nous faire le coup du "Bad Godesberg" à chaque congrès. Depuis celui de l'Arche, en 1991, c'est une étape franchie pour les socialistes. Notre ambition, c'est d'être le parti de toute la gauche, sur des valeurs de gauche: quand la sociale démocratie se perd dans les sables du libéralisme, celà donne les résultats qu'on a vu, en Italie ou en Grande-Bretagne.
Un an de sarkozysme, et j'ai presque envie de dire, un an de perdu pour les socialistes. J'attends du congrès de Reims que nous sortions de la logique mortifère que nous proposent les éditorialistes de la presse nationale, en jetant les bases de l'immense travail collectif, seul garant de la perspective d'une alternance politique. Mes camarades, au travail...
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