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En Creuse, c'est aussi "jamais sans mon département"

Logocg23 La réforme de l'immatriculation des véhicules va conduire à l'horizon de janvier 2009 à la disparition de la référence départementale sur les futures plaques. J'avais déjà évoqué sur ce blog cette perspective en Juin 2005. Mais, à l'époque, nous étions assez loin de l'échéance, et la mobilisation ne connaissait pas l'ampleur qu'elle prend aujourd"hui.

Lundi dernier, lors de la séance plénière, le Conseil Général de la Creuse a voté son adhésion au mouvement "jamais sans mon département", qui fédère, tous partis confondus, élus et collectivités, qui ne peuvent se résoudre à voir ainsi disparaitre de la vie quotidienne la manifestation symbolique de l'appartenance à un département, autrement dit, notre identité de territoire.

Il ne s'agit pas d'une manifestation de conservatisme, car il n'y a pas de contestation du principe de la réforme du système d'immatriculation des véhicules. Ce que nous souhaitons, c'est que l'indication du numéro du département demeure sur la future plaque "européanisée".

Un récent sondage IFOP, réalisé auprès de 1.031  personnes, pour le compte du magazine "Autoplus" confirme que 71 % des Français ne souhaitent pas voir disparaitre l'indication du département des plaques d'immatriculation.

J'ai eu l'occasion de dire, lors de la séance plénière, que cette disparition programmée constitue une mort symbolique des départements, une mort identitaire. Je redoute qu'il ne s'agisse là que d'un premier pas, afin de sortir de l'esprit de nos concitoyens ce lien particulier, identitaire et historique, qui existe entre eux et leur département. Or, on sait que désormais l'échelon de l'organisation territoriale de l'Etat déconcentré se situera au niveau de la Région, et que nombre de ceux qui militent pour la suppression d'un niveau d'organisation administrative dans notre pays seraient tout à fait favorables à la disparition du département, y compris lorsque celui-ci s'incarne, pour ce qui concerne son échelon décentralisé, dans les Conseils Généraux.

Pour moi, l'enjeu de la décision du gouvernement dépasse les simples jeux pour les enfants lors des transhumances estivales. C'est un premier, et important, pas fait vers la disparition de la collectivité départementale, dont la pertinence , en terme de proximité, est pourtant démontrée chaque jour.

Il faut se méfier comme de la peste de cette tendance, qu'on voudrait nous faire passer comme historique, à la rationalisation extrême de notre vie courante, sous des prétextes sécuritaires souvent contestables. Pourquoi, alors, inscrire le nom des communes sur les enveloppes de courrier ? Le code postal n'y suffirait-il pas ? Et nos patronymes ? Après tout, nous disposons d'un numéro de sécu personnel, à vie, lui aussi...Plaquemicmac51

Big brother nous surveille déjà beaucoup, plus d'ailleurs que nous le soupçonnons.

Il est très désagréable d'entendre les beaux esprits, parisiens, pour ne pas dire parisianistes, se gausser du mouvement qui est en train d'enfler ( "ah décidément, ces provinciaux, quelle bande de tocards !!! "), et se répandre complaisamment dans les médias pour se moquer de notre combat. Pourtant ce dernier s'inscrit dans une démarche de lutte contre la mondialisation et ses effets normatifs.

Plaque_votez J'ai confiance dans l'efficacité de la mobilisation. Chaque citoyen peut s'y associer, en signant la pétition en ligne sur le site. 193 parlementaires l'ont d'ores et déjà fait, parmi eux Michel Vergnier, député de la Creuse.

Commentaires

Michel,

Pour la défense de notre n° 23, c'est oui, on doit pouvoir trouver une solution pour conserver l'identité géographique de chacun.

Pour votre lien avec l'échelon administrafif des départements et des conseils généraux c'est autre chose, à force de rajouter des structures nouvelles : com com, pays , on augmente sans cesse les charges et les impots sans jamais supprimer les anciennes.
la lisibilité des pouvoirs et des différentes structures devient compliqué à comprendre pour les citoyens, il faudra bien un jour modifier tout cela. Tout le monde sait bien que c'est l'échelon départemental qui est menacé, mais allez faire comprendre à un conseiller général que sa place risque de sauter....

C'est quand même un petit peu plus compliqué que ce que vous dîtes, Claude, l'analyse de la fiscalité, surtout locale, qui répercute les transferts de charges de l'Etat. Un dernier exemple local: la commission d'accès au Droit, sous l'autorité d'un magistrat, qui se tourne vers le Conseil Général pour trouver le financement d'un poste d'assistant de justice, jusqu'àlors à la charge de l'Etat...

En ce qui concerne "l'empilement" des structures, je conviens assez volontiers avec vous que le sujet mérite débat, mais je ne suis pas sûr que ce soit à l'échelon départemental, qui n'est pas un nouveau-venu dans le paysage institutionnel français, de faire les frais de cette réorganisation, sans craindre des préjudices pour nos concitoyens.

En effet ce n'est pas obligatoirement l'échelon départemental qui doit être remis en cause, les petites communes par exemple peuvent l'être aussi, mais avec les com com et les pays, il me semble l'on trouver un certain équilibre à toutes ces instances qui ne font bien souvent qu'aloudir la gestion des dossiers et les factures du contribuable.

C'est sûr, mon 23 sur ma plaque, j'aimerais le garder.

Mais ceci dit, a-t-on besoin d'une plaque d'immatriculation pour afficher notre fierté départementale ?

On trouvera d'autre moyens :)

Vive la Creuse !!

Au Moyen-Âge, les lépreux étaient obligés de signaler leur présence en agitant une crécelle. À la même époque et même durant de longues années après, dans de nombreuses villes, les Juifs étaient tenus de porter un vêtement particulier, afin de permettre à toute personne qui les croisait de savoir à qui elle avait affaire. Plus près de nous, durant quelques années, les Juifs ont été contraints d’arborer sur leur poitrine une étoile jaune, afin que chacun pût connaître leurs origines. De nos jours, dans quelques pays arabes, les non-musulmans sont obligés de porter un signe particulier afin que chacun puisse différencier les dhimis des autres.

On pourrait croire que de telles pratiques ont disparu de nos contrées : qui, en France, aurait aujourd’hui l’idée d’obliger chacun à afficher sur ses vêtements sa religion, sa nationalité, son domicile ou son numéro de téléphone ? De telles obligations seraient évidemment contraires à la liberté d’aller et de venir (article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) et à la protection de la vie privée (article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme ; article 9 du code civil).

Seuls les automobilistes sont contraints d’arborer sur leur voiture le numéro de département de leur domicile. Ils peuvent cacher leur religion, leur nationalité, celle de leurs parents, leurs opinions politiques, leur numéro de téléphone, etc. ; ils ne peuvent cacher le département dans lequel ils habitent.

Une telle obligation est évidemment tout aussi contraire à la liberté d’aller et de venir et à la protection de la vie privée, qu’une règle qui entraînerait la même obligation pour les piétons ou qui obligerait les automobilistes à indiquer sur leurs plaques d’immatriculation leur religion ou le parti pour lequel ils votent.

À compter du 1er janvier 2009, cette obligation est supprimée : chacun sera libre désormais de ne plus avoir indiqué sur ses plaques d’immatriculations le département de son domicile. Chacun pourra désormais circuler partout en France, sans risquer de se faire insulter à cause de ses origines départementales, réelles ou supposées. Chacun pourra se garer sur l’aire d’autoroute de son choix ou s’arrêter au péage sans risquer de se faire agresser par des « supporters » de l’équipe de football « ennemie », ainsi que cela est arrivé récemment sur l’A7 au péage de Lançon à des automobilistes immatriculés « 13 » (et qui n’étaient sans doute pas tous supporters de l’OM), agressés par des « supporters » du PSG. Chacun pourra, lorsqu’il sera en déplacement, garer sa voiture sans se dire : « Ça se voit à mes plaques que je suis un touriste ; si je me gare ici, ne risques-je pas de me faire forcer mon coffre ? » Chacun pourra garer sa voiture où il le voudra, sans risquer de la retrouver les pneus crevés ou la carrosserie rayée, ce uniquement à cause des deux derniers chiffres de son numéro d’immatriculation.

En toute logique, tout le monde devrait se réjouir de cette réforme. Et ce d’autant plus que chacun sera libre de faire ce qu’il voudra : ceux qui veulent continuer d’arborer leur numéro de département pourront continuer à le faire. De plus, ils ne seront pas obligés de mettre leur département de domicile : ils pourront mettre celui de leur naissance, celui dont est originaire leur famille, celui dans lequel ils passent habituellement leurs vacances, etc.

Et bien, non ! certains sont mécontents : sous prétexte qu’ils veulent continuer de mettre le numéro de leur département de domicile sur leurs plaques, ils veulent obliger les autres à continuer de le faire.

Premier motif invoqué : l’identité ! Si on nous supprimait nos numéros, nous perdrions notre identité.

Libre à chacun de mettre son « identité » bien en dessous de son cul ; et libre aux autres de placer leur « identité » plus haut que leur cul, et donc beaucoup plus haut que leurs plaques d’immatriculation. Pourquoi vouloir niveler par le bas ?

J’ajoute que l’ « identité départementale », ce n’est pas forcément le département dans lequel on habite ; ce peut-être celui dans lequel on est né, celui dont notre famille est originaire, celui dans lequel on passe ses vacances… Un « 62 » qui pour des raisons professionnelles est muté pour deux ou trois ans à Chambéry cesse-t-il d’être Chtimi pour devenir tout à coup Savoyard ? Et s’il est ensuite muté à Brest pour encore deux ou trois ans, devient-il subitement Finistérien ? Avec la nouvelle immatriculation, ce Chti pourra garder son 62 ; au nom de l’ « identité départementale », vous voulez l’obliger à continuer de mettre un 73 puis un 29, numéros dont il se fiche éperdument.

Deuxième motif invoqué : ça permettrait de connaître les origines des automobilistes qu’on croise !

Primo, cela est faux : entre les voitures de location, les voitures de fonction, les voitures d’occasion n’ayant pas leur nouvelle immatriculation, celles prêtées à un copain ou un parent, sans compter toutes celles dont le propriétaire n’a pas fait changer l’immatriculation après avoir déménagé, cela fait des milliers et des milliers d’automobilistes qui roulent dans des voitures immatriculées dans un autre département que celui de leur domicile.

Secondo, ce motif est justement une excellente raison de supprimer l’obligation d’avoir son numéro de département. Rien n’oblige un automobiliste à afficher ses origines religieuses, ethniques, nationales… ; rien n’oblige un piéton à afficher ses origines départementales. Seuls les automobilistes sont obligés d’afficher ces origines. La liberté d’aller et de venir, c’est le droit pour chaque citoyen d’aller où il veut, quand il le veut, sans que personne ne sache où il est allé, ni d’où il vient. L’obligation d’avoir son numéro de département inscrit sur sa voiture est donc une violation de la liberté d’aller et de venir. La protection de la vie privée est, entre autres choses, le droit pour chacun de cacher sa religion, sa nationalité, ses origines ethniques ou nationales, et aussi ses origines départementales. L’obligation d’avoir son numéro de département de domicile inscrit sur sa voiture est donc une violation du droit à la vie privée.

Troisième motif : ce serait une question de sécurité ; les automobilistes seraient plus prudents quand ils suivent une voiture immatriculée à l’extérieur car, son conducteur ne connaissant pas la route, il serait susceptible de freiner n’importe quand, de tourner brusquement sans mettre son clignotant, etc.

Ma voiture est immatriculée 13. Je ne vais que très rarement à Marseille, presque toujours au même endroit, toujours par le même chemin. Quand par hasard je vais à Marseille ailleurs qu’à l’endroit habituel, je suis donc aussi perdu que n’importe quel touriste : ceux qui me suivent en se disant : « c’est un 13, il est d’ici », ont donc tout faux.

Par contre, mon village très touristique du nord des Bouches-du-Rhône (ainsi que les villages alentours) est rempli de « 75 », de « 92 », de « 78 », mais également de « CH », de « NL », de « B » ou de « D » qui y ont des résidences secondaires depuis vingt ou trente ans, qui se promènent depuis ce temps dans tous les villages alentours, par toutes les petites routes. Ceux qui les suivent en se disant « c’est un 75 (ou un 78, ou un CH ou un D), attention, il n’est pas d’ici, il ne connaît pas la route », eux aussi ont tout faux. Et bien évidemment, le Marseillais qui se rend dans mon village pour la première fois de sa vie est tout autant un touriste qui ne connaît pas la route que le Parisien ou le Belge qui lui aussi vient la première fois.

Les Bouches-du-Rhône (et non le 13, je préfère désigner mon département par son nom plutôt que par un numéro) ne sont bien sûr pas une exception : combien de « 67 » qui ne vont quasiment jamais à Strasbourg, de « 29 » qui ne mettent pas un pied à Brest, ou de « 30 » plus souvent à Montpellier ou Avignon qu’à Nîmes ?

Bien évidemment, la plus élémentaire prudence recommande de toujours faire attention à l’automobiliste qui vous précède, ce quelle que soit son immatriculation. Ceux qui affirment être plus prudents quand ils suivent celui qu’ils croient être un « étranger » sont en réalité imprudents, et le sont encore plus quand ils suivent celui qu’ils croient être un « local ». Ces gens sont donc purement et simplement des chauffards. Faut-il garder un numéro de département afin de permettre aux chauffards de continuer d’exercer leurs méfaits ?

J’ajoute que, considérer que tous les automobilistes immatriculés à l’extérieur du département ont une conduite dangereuse est de la xénophobie ; et qu’appeler chacun à se méfier des automobilistes immatriculés à l’extérieur du département et à adopter à leur égard un comportement différent de celui que l’on aurait avec un « local », en les accusant de tous les maux, est un délit.

Quatrième motif, toujours de sécurité : la surveillance des plaques « étrangères » permettrait dans les département ruraux, de résoudre nombre d’affaires criminelles.

Ainsi donc, quand un « étranger » se rend en Lozère ou dans le Cantal, tous les habitants du coin le surveilleraient depuis derrière les rideaux : « le 13 et le 06, sûr que ce sont des maffiosi ; et le 08, ça doit être un complice de Fourniret ; vous avez vu le 62, c’est forcément un pédophile, surveillez vos enfants ; et le 2A, il a certainement une bombe dans son coffre ; et le 75, c’est un Parigot ; attention, un 9-3, il va mettre le feu à nos voitures ».

Il est douteux qu’une telle surveillance, à supposer qu’elle existe, puisse permettre de résoudre des affaires criminelles : les maffiosi, serial killers et autres poseurs de bombes n’étant pas plus crétins que les autres, ils savent que, pour passer inaperçu, il est préférable de mettre des fausses plaques du département dans lequel ils circulent ou d’un département voisin. Et bien évidemment, cette présomption de culpabilité (y compris pour des crimes pas encore commis !) affirmée par les « numérotistes » est en contradiction avec la présomption d’innocence (article 9 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ; article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme). Le seul fait que les « numérotistes » invoquent cette présomption de culpabilité pour justifier l’obligation du numéro, justifie donc la suppression de ce numéro.

Cinquième motif : encore et toujours la sécurité. Les témoins des accidents ou des délits impliquant un véhicules, très souvent ne se rappelleraient que du numéro de département, ce qui permettrait à la police de retrouver plus facilement les délinquants.

Quand un accident a lieu à Marseille et que tous les témoins disent « c’était un 13 », ça doit sacrément faciliter le boulot des policiers. Même chose à Paris quand les témoins disent « c’était un 75 ». Et quand à Marseille, les témoins disent « c’était un 75 » (ou à Paris « c’était un 13 »), il suffit aux policiers d’interroger tous les automobilistes immatriculés « 75 » (ou « 13 ») pour retrouver sans aucune difficulté le coupable. On comprend pourquoi le taux d’élucidation des crimes et délits est en France le plus élevé du monde ! Et plaignons les policiers espagnols à qui les témoins ne peuvent dire « c’était un Madrilène » ou « c’était un Valencien ». Non, en Espagne les témoins se contentent de dire : « l’immatriculation se terminait par CTA » (ou par « ERF »). Sachant qu’il y a en Espagne 8.999 voitures dont l’immatriculation se termine par « CTA » (et autant par « ERF »), on imagine le travail de titan s’il faut les vérifier toutes ! (Alors qu’en France, il n’y a guère que 1,5 million de voitures immatriculées « 13 » et pas beaucoup plus immatriculées 75.)

Sixième motif : « l’amabilité naturelle entre automobilistes ». Quand un automobiliste « étranger » roule lentement, visiblement à la recherche de son chemin, très rapidement, d’autres automobilistes lui feraient très aimablement signe : « Bonjour Cher Monsieur, je vois à votre immatriculation que vous n’êtes pas d’ici, vous semblez perdu, puis-je vous aider ?... Mais bien sûr, je vais vous indiquer où c’est, veuillez me suivre… »

Je vous suggère de prendre votre voiture et d’aller vous promener dans quelques villes éloignées de son département d’immatriculation. Vous aurez vite fait de constater que le comportement des autres automobilistes consiste plutôt à vous klaxonner et à vous insulter : « Connard de Marseillais (Variantes : de Parigot, de Breton, d’Alsacien, de Bordelais…), t’avance ; abruti, tu vois pas que c’est vert, retourne chez toi au lieu de venir nous emmerder !!! » Bien évidemment, les insultes et le comportement des autres automobilistes seront les mêmes, que vous soyez vraiment un « étranger » ou que vous rouliez dans une voiture de fonction immatriculée dans le département du siège de votre entreprise ou dans la voiture de votre beau-frère. Et si ça vous amuse de vous faire insulter (L’un des vôtres immatriculé 75 déclare sur le site de « Jamais sans mon département » que quand il se fait injurier à cause de son numéro, il en est très fier !), la nouvelle réglementation est toute en votre faveur : vous pourrez choisir le département que vous affichez. Il vous suffira de faire fabriquer plusieurs jeux de plaques et de circuler à Marseille avec les plaques « 75 », à Paris avec les plaques « 13 », à Lyon avec les « 42 », etc.

Septième motif : « Le signe de reconnaissance ». Quand nous sommes en vacances, nous hurlerions de joie en voyant une voiture immatriculée dans le même département que le notre, cela favoriserait les contacts entre compatriotes quand ils sont à l’étranger.

Moi, quand je suis au fin fond de l’Extrémadure ou quelque part dans les Carpathes, je n’ai surtout pas envie de me faire interpeller par tous les « 13 » qui passent. Quand je suis en vacances, je tiens à ma tranquillité, je préfère nouer des contacts avec les locaux ou avec les autres touristes (du moins, les touristes sympathiques…) plutôt qu’avec tous les « 13 » que je peux croiser, y compris les plus c… et les plus antipathiques : les « 13 » sympathiques, j’ai d’autres occasions de les rencontrer qu’en voyage en Extrémadure ou dans les Carpathes ; quand aux c… et aux antipathiques, je m’en passe volontiers ! Et vous voulez m’obliger à continuer, chaque fois que j’aperçois un « 13 », à passer rapidement mon chemin en espérant qu’il ne m’ait pas vu !

Huitième motif, sans doute le plus important car cité par tous les « numérotistes » ou presque : le fameux « jeu des départements ». Quand nous étions gamins, apprendre la géographie grâce aux plaques d’immatriculations était, paraît-il, notre jeu favori sur la route des vacances. Plaignons nos enfants qui ne pourront plus savoir que 14, c’est le Calvados, 35 l’Ille-et-Vilaine, 63 le Puy-de-Dôme, etc.

Je ne me rappelle pas avoir joué au « jeu des départements », mais peut-être suis-je une exception. (Ou peut-être ai-je mauvaise mémoire.) Par contre, dans la Dauphine (puis la 403, puis la 404) paternelle, avec mes frères nous nous mettions à genoux sur la banquette et regardions en arrière pour faire des signes aux automobilistes qui nous suivaient. Ou bien assis complètement en avant de la banquette et appuyés contre le dossier des sièges avant, nous pouvions pleinement profiter du paysage vers lequel nous nous dirigions. Nous n’étions bien évidemment pas gênés par les appuie-tête, inexistants à l’époque. Combien d’enfants ont fait comme nous ? Interdisons les ceintures de sécurité à l’arrière, les sièges-enfants et les appuie-tête, afin que nos enfants puissent admirer les paysages de notre belle France avec autant de commodité que nous quand nous avions leur âge !

Afin d’ailleurs que nos enfants puissent avoir les mêmes plaisirs et les mêmes distractions que nous, je me permets quelques suggestions :
- Quand nous étions petits, nous lisions « Le Club des Cinq » puis « Le Clan des Sept ». Interdisons « Harry Potter » afin que nos enfants aient le plaisir de lire les mêmes livres que nous.
- Quand nous étions petits, il n’y avait qu’une seule chaîne de télévision, en noir et blanc. Interdisons la TNT, le 16/9, la HD et tout le reste, afin que nos enfants aient la joie de regarder « Thierry la Fronde », « Zorro » ou « Le Manège enchanté » en noir et blanc et de n’avoir plus le choix qu’entre lecture et télé, plutôt qu’entre les 18 chaînes de la TNT (sans compter celles du câble et du satellite).
- Quand nous étions petits, nous écoutions les Beatles, Elvis Presley, Franck Alamo ou Sylvie Vartan sur nos Teppaz. Interdisons le Blue Ray, le MP3 et autres bidules électroniques aux noms abscons, ainsi que le rap, le RnB et autres musiques de sauvages afin que nos enfants aient le plaisir d’écouter nos bons vieux 45 tours.
- Rétablissons l’ancienne numérotation téléphonique afin que nos enfants qui téléphonent à Paris aient la satisfaction de demander « Opéra 36 25 » ou « Gutenberg 15 23 » au lieu d’avoir bêtement des séries de 10 chiffres ; interdisons d’ailleurs le portable et supprimons l’automatique, afin qu’ils puissent avoir la joie de connaître le « 22 à Asnières ».
- Etc.

Au passage, plaignons les petits Espagnols, les petits Italiens, les petits Portugais, les petits Danois, les petits Néerlandais, les petits Belges, les petits Finlandais, les petits Hongrois, les petits Islandais, les petits Lettons, les petits Luxembourgeois, les petits Chypriotes, les petits Maltais et les petits Suédois qui ne peuvent pas jouer au jeu des départements, l’immatriculation dans leurs pays étant nationale. Comme ils doivent s’ennuyer, les malheureux enfants ! Quand aux petits Allemands… Chez eux, l’immatriculation se fait au niveau du landkreisse. Il y en a environ 500. Ce sont donc 500 landkreisse que ces malheureux gamins doivent apprendre !

À moins évidemment, que les petits Espagnols, les petits Italiens, les petits Portugais, les petits Danois, les petits Néerlandais, les petits Belges, les petits Finlandais, les petits Hongrois, les petits Islandais, les petits Lettons, les petits Luxembourgeois, les petits Chypriotes, les petits Maltais, les petits Suédois et les petits Allemands fassent comme les petits Français d’aujourd’hui : qu’ils jouent à la Game boy ou regardent des vidéos.

Je vous rappelle de plus, que sur les nouvelles plaques, les numéros de département ne seront pas interdits : ils seront facultatifs. Tout permet de penser que nombreux seront ceux qui mettront leur numéro : en gros les deux tiers selon les sondages que vous citez. À supposer qu’il se trouve encore des enfants pour jouer au « jeu des départements », deux voitures sur trois, cela sera largement suffisant !

J’ajoute que, quand nous étions petits, les voitures étrangères se limitaient aux GB, CH, D, NL et B, plus quelques I et E. Aujourd’hui, on voit sur nos routes de plus en plus de BY, S, LV, BG, H, PL, SK, HR, N, CZ, LT et encore pas mal d’autres. Les amateurs du « jeu des départements » peuvent donc le corser en le transformant en « jeu des départements et des pays ». Ils peuvent même le corser encore plus en essayant de deviner lesquels font partie de l’Union Européenne : « SK, c’est dans l’UE ? et BY ? et HR ? et MA ? »

Tordons aussi le cou à quelques âneries régulièrement proférées par les partisans du numéro obligatoire :
- La nouvelle immatriculation n’a strictement rien avoir avec l’Europe, ça n’est pas imposé par l’Europe, ça n’est pas décidé par l’Europe, ce n’est pas Européen. C’est 100% franco-français, cocorico !
- Au 1er janvier 2009, vous ne serez pas obligés de payer une nouvelle plaque : seules les voitures neuves auront la nouvelle immatriculation ; les voitures anciennes garderont leur ancienne immatriculation tant qu’elles ne changeront pas de propriétaire, ou tant que leur propriétaire ne changera pas de département de domicile. Autrement dit, votre voiture actuelle n’aura les nouvelles plaques que dans les cas où, avec l’actuelle réglementation, elle devait de toute façon en avoir de nouvelles.
- Ça n’a pas été décidé hier par un quelconque technocrate, tout seul dans son petit bureau. Le projet de réforme remonte au début des années 2000 ; il a été mis au point avec la collaboration des représentants des professionnels de l'automobile. (Comité des Constructeurs Français d'Automobiles, Conseil National des Professions de l'automobile, Chambre Syndicale des Importateurs d'Automobiles et de Motocycles et d’autres. Voir sur le site du ministère de l’Intérieur.) La décision définitive a été prise en 2003 et publiée à cette époque par quasiment tous les médias. Dès cette date, il était prévu le caractère facultatif du numéro de département et le fait qu’il serait écrit en petit dans un cadre bleu situé côté droit. Depuis, il n’y a eu de modifications que sur quelques points de détail. On sait donc depuis 2003 en quoi consistera la nouvelle immatriculation, notamment en ce qui concerne le numéro de département.

J’ajoute une chose importante : la réforme est déjà entrée en vigueur. Depuis le 1er janvier 2006, les cyclomoteurs sont immatriculés ; ils utilisent déjà le nouveau système. Le 1er janvier 2009, ne sera donc pas l’entrée en vigueur de la nouvelle immatriculation, mais seulement sa généralisation à tous les véhicules neufs. Elle devait être généralisée à tous les véhicules au 1er janvier 2008 (oui, vous avez bien lu, 2008) ; pour des raisons techniques, il a été décidé au cours de l’été 2007 de repousser la généralisation au 1er janvier 2009.

Et vous attendez mai 2008 pour vous opposer à la réforme, cinq ans après que la décision ait été prise et que ceux qui lisent les journaux en aient été informés, plus de deux ans après son entrée en vigueur, quelques mois avant sa généralisation et alors que tout est prêt pour cette généralisation !!!

Quant à prétendre que ce problème de numéro désespère les français qui tiennent à tout prix à l’avoir sur leurs plaques…
- Je vous rappelle que les cyclomoteurs sont immatriculés avec le nouveau système. Avez-vous déjà vu un seul cyclomoteur sur la plaque duquel figure le numéro de département ? Avez-vous entendu un seul cyclomotoriste se plaindre qu’on ne l’ait pas obligé à mettre ce numéro ? Preuve que nos enfants n’en ont strictement rien à fiche.
- Dans « Le Figaro Magazine », l’un des dirigeants de votre collectif, apprenant que les plaques avec numéros coûteraient sans doute 5 € environ de plus que celles sans numéros, s’est écrié : « Mais si il faut payer 5 € de plus, alors personne ne paiera et personne n’aura de numéro ! » Ainsi donc, selon l’un des vôtres, des gens qui ont payé leur voiture au minimum 10.000 €, plutôt 15.000 à 30.000 € et même souvent plus, qui paient souvent entre 500 et 1.000 € la peinture métallisée, qui paient plusieurs centaines d’euros des options aussi indispensables que des jantes aluminium ou des jantes de 17 pouces au lieu de 16, refuseront de payer 5 € pour avoir un numéro de département sur leurs plaques d’immatriculation. Belle reconnaissance de la part d’un des vôtres que la plupart des gens s’en fichent et s’en contrefichent !

Enfin, je rappelle que, contrairement à ce qu’essaient de faire croire certains (et que, visiblement, croient nombre de gens), le numéro de département ne disparaîtra pas : chacun sera libre de faire ce qu’il voudra. Celui qui ne voudra pas de numéro de département sera libre de ne pas en mettre ; celui qui voudra en mettre un sera libre de mettre celui qu’il voudra : celui de son domicile, celui de sa naissance, celui dans lequel il passe habituellement ses vacances… Et si certains trouvent que le numéro « officiel » est trop petit, qui les empêche d’en mettre un gros à l’aide d’un autocollant ?

Quand à moi, j’envisageais de changer de voiture en 2008. Pour diverses raisons, j’ai finalement décidé de repousser ma commande de façon à être livré début 2009. Devinette : prendrais-je une plaque avec ou sans numéro de département ?

Vive la Liberté !

Heureusement que la réglementation ne s'applique qu'en cas de changement de carte grise,c'est pourquoi je suis heureux de conserver les anciennes immatriculations sur mes voitures de collection dont l'une est GF 23 de 1976 et en lettres blanches sur fond noir,vive la nostalgie et la personnalisation dans une époque d'uniformité technocratique !

"Vive la liberté", à détester tout et tout le monde, vous ne devez pas beaucoup vous apprécier vous-même ! Quelle vision psychopathe de la société ! Pour le moins, à côté...de la plaque...

La trés longue intervention de "Vive la Liberté" n'apporte rien au débat et démontre que certains ont peur d'afficher leurs origines et méprisent les traditions locales qui font l'essence même de l'attachement à leur terre d'origine ou d'adoption des français,les Suisses eux sont fiers d'afficher les initiales et le blason de leur canton,pourquoi pas dans la foulée de cette politique centralisatrice ne pas adopter des "plaques européennes",chacun étant libre d'apposer à coté le sigle de son pays,cette Europe niant les différences nos concitoyens n'en veulent pas.

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