Paris, le 11 décembre 2008
Lettre à tous les militants fondateurs du NPS
Dans les heures si difficiles du congrès de Reims, je me suis souvenu, lorsque beaucoup d'entre vous vinrent me voir sur mon banc de Saône-et-Loire, de ce Nouveau Parti Socialiste que nous avions bâti tous ensemble. C'était en 2003 après le funeste 21 avril 2002, nous avons lancé ce formidable mouvement de rénovation du PS avec Vincent Peillon, Benoît Hamon, et l'aide de vous tous.
Nous avions conçu ce mouvement comme un outil de modernisation du Parti socialiste, mais surtout de reconquête des classes populaires qui nous avaient quittées. Nous défendions les valeurs de la gauche que l'histoire nous avait léguées, tout en transformant ses positions au contact de l'évolution accélérée du monde. Ce fut un formidable élan, une aventure humaine passionnée, depuis la Sorbonne jusqu'à Fouras, en passant par la construction de nos positions sur la mondialisation, la 6e République, le choix du non au référendum sur le Traité constitutionnel européen qui triompha dans les urnes en 2005. Nous avons restructuré, sans le savoir, et plus qu'on ne le pense, en profondeur, le paysage de la gauche, et nous avons fait émerger ensemble une génération politique qui peut aujourd'hui dire avec fierté, parfois nostalgie, qu'elle a été de l'aventure du NPS.
Pour moi, cette histoire s'est brisée net au congrès du Mans, sur une synthèse sans consistance du Premier secrétaire de l'époque. Avec Christian Paul, Thierry Mandon, Karine Berger nous quittâmes la Commission des résolutions au petit matin avec l'humiliation d'avoir vu le NPS détruit et mes amis partis se diluer dans une direction que nous avions combattue. Cette synthèse fut considérée plus tard par Benoît Hamon lui-même comme trompeuse -il en démissionna-, et par tous aujourd'hui comme inutile ou condamnable.
Pendant ces années où nous nous sommes dispersés dans la solitude, j'ai, comme d'autres, là où nous nous trouvions, continué le combat de la rénovation, à ma manière. L'accord avec Ségolène Royal à la primaire de la présidentielle permit d'installer la 6e République au coeur de la confrontation avec la droite, au point que Sarkozy chercha à en imiter quelques unes de ses pièces détachées.
Après notre défaite sévère aux élections de 2007 face à la nouvelle droite sarkozyste subsistait, encore et toujours, la question irrésolue de la mutation nécessaire du parti que les dix dernières années avaient obstinément interdite.
Le NPS s'était dispersé, comme une sorte de diaspora séparée par des évènements qui nous avaient emportés. Nous échouâmes à nous réunifier à l'approche du congrès de Reims. L'expérience du Mans avait été certainement trop douloureuse et les leçons tirées de la présidentielle par chacun d'entre nous divergeaient. Mais reconnaissons aujourd'hui que chacun a cherché des alliés différents pour tenter de faire prévaloir nos thèmes communs et les faire gagner : Benoît Hamon avec Henri Emmanuelli, Vincent Peillon avec Ségolène Royal, moi-même avec Martine Aubry.
Le NPS a ainsi poursuivi de lui-même son chemin rénovateur... après sa propre mort ! Ce congrès de Reims, qui a beaucoup abimé l'image du Parti Socialiste, constitue paradoxalement l'aboutissement des combats que nous avons partagés.
Il est la victoire posthume de notre NPS : la poussée de Ségolène Royal qui a utilisé les thèmes rénovateurs, la percée de Benoît Hamon qui a porté les thèmes de la rénovation, tout comme l'alliance de mes amis rénovateurs et de moi-même avec Martine Aubry, ont toutes trois contribué aux bouleversements internes qui se déroulent sous nos yeux, mais dont nous n'avons pas encore mesuré l'ampleur.
Ces bouleversements ? Ce fut d'abord le désir exprimé par Martine Aubry de faire un nouveau Parti socialiste dans son premier discours de Première secrétaire. C'est ensuite le changement de génération au Secrétariat national et au Bureau national, en invitant les dirigeants des années 80 et 90 à transmettre les pouvoirs qu'ils tenaient à une génération nouvelle. C'est, enfin et surtout, l'arrivée massive de membres du NPS historique dans le Secrétariat national. Il n'est pas inutile d'en énumérer les noms qui vous seront familiers : Benoît Hamon, porte parole du Parti, Pouria Amirshahi secrétaire aux droits de l'homme, Bruno Julliard, secrétaire à l'éducation, Bertrand Monthubert, secrétaire à l'enseignement supérieur et à la recherche, Pascale Gérard, secrétaire à la formation professionnelle et à la sécurité sociale professionnelle, Charlotte Brun, secrétaire aux personnes âgées, au handicap et à la dépendance, Mireille Le Corre, secrétaire à la santé et à la sécurité sociale, Razzye Hammadi, secrétaire aux services publics, Régis Juanico, trésorier du Parti, Emmanuel Maurel, secrétaire en charge de l'université permanente et de l'université d'été du Parti, Christian Paul, président du Laboratoire des idées, Lucile Schmid, vice-présidente du Laboratoire des idées, Olivier Dussopt, vice-président du Forum des Territoires.
Enfin c'est l'installation au plus haut niveau du parti d'un Secrétariat national à la Rénovation, rattaché à la Première secrétaire, doté d'une feuille de route ambitieuse et inévitablement audacieuse : organisation de primaires nécessairement ouvertes, transformation des règles de démocratie interne, institutionnalisation des recrutements diversifiés (féminisation, rajeunissement, renouvellement aux couleurs de la France), rénovation de nos méthodes électorales pour gagner la présidentielle.
C'est enfin également la création d'un laboratoire des idées institutionnalisant les fonctions d'innovation politique au sein du PS dirigé par Christian Paul et Lucile Schmid. Un parti qui reconnaît qu'il a besoin d'idées et de propositions nouvelles est un parti qui crée les conditions inévitables du changement.
Tous les ingrédients sont rassemblés pour donner enfin le goût que nous aimons au socialisme. Le Parti socialiste est le seul parti que je connaisse dont les électeurs nous disent qu'ils votent pour lui à contre coeur, et non pas parce qu'ils l'aiment, mais parce qu'ils n'ont pas le choix.
Le moment est venu de mettre en application nos idées et nos exigences, si nous savons le saisir. Nous en avons, je crois, pour la première fois, les moyens.
Je voudrais surtout m'adresser aux militants NPS qui ont soutenu Ségolène Royal. Je compte parmi vous un très grand nombre d'amis, sincères et croyants, comme je le suis, dans la rénovation.
Ce congrès fut malheureusement d'abord celui de la lutte pour le pouvoir dans le Parti. Parce que nous avons toujours dénoncé les dangers extrêmes de la présidentialisation du Parti, nous aurions dû, si nous avions été sages par rapport à nos choix initiaux, nous tenir à l'écart de cette lutte dangereuse. Ces batailles rangées d'écuries ne sont pas les nôtres, car la priorité pour le peuple de France c'est que nous construisions un grand parti de toutes les gauches, que nous lui donnions un projet modernisé et crédible, plutôt que nous ayons l'aveuglement de nous entredétruire pour savoir qui sera chargé d'échouer au milieu de ces pitoyables divisions.
En référence à notre beau slogan que nous martelions à l'époque du NPS, « notre candidat c'est le projet », nous aurions pu dire dans ce congrès de Reims « notre candidat c'est le Parti », car après ces dix années d'immobilisme, de conservatisme, et d'opportunisme, il revient à notre génération de le reconstruire pour le sauver et non de prêter notre propre main à des luttes de personnes qui le font toujours descendre plus bas.
La présidentialisation du Parti mène tout droit à sa destruction ; nous en avons eu un sérieux avant goût ces dernières semaines ; et toute destruction du Parti interdira durablement sa rénovation, elle garantit surtout à l'UMP notre défaite inéluctable en 2012.
Voilà pourquoi tous les rénovateurs doivent se retrousser les manches et réunir leurs efforts pour faire naître ce nouveau parti à partir de l'existant, sans lequel nous ne pourrons pas gagner. Ce sont à la fois des idées nouvelles, des positions politiques nouvelles, des pratiques nouvelles, un cadre nouveau et des méthodes nouvelles pour sélectionner notre candidat à la présidentielle.
Le paradoxe serait que la guérilla engagée par certains pour le contrôle du Parti nous empêche de réaliser la rénovation pour laquelle nous nous sommes tant battus. Le plus triste serait que des rénovateurs consacrent leur énergie à interdire la rénovation qu'ils ont eux-mêmes souhaitée !
Voilà pourquoi, je vous lance un appel : Venez nous aider à construire le Nouveau Parti Socialiste, notre moment est venu.
Amitié fidèle à toute la diaspora du NPS.
Arnaud MONTEBOURG
Secrétaire national chargé de la Rénovation
Je partage totalement le sens de cette lettre. Je m'étais félicité qu'Arnaud ne participe pas au désastreux spectacle des socialistes se déchirant après le congrès de Reims. Son courrier, premier acte de son mandat de secrétaire national, est un geste de rasssemblement, une main tendue aux bonnes volontés rénovatrices. C'est bien. C'est encourageant. J'en suis.
Michel Moine

Comme on peut s'exprimer librement sur ce blog et nous pouvons en être reconnaissant à Michel, je crains que refuser de considérer que dans notre République actuelle ( nous verrons plus tard lors de la VI éme) il est suicidaire pour le PS de ne pas préparer l'élection présidentielle avec un leader, car c'est peut être regrettable, mais c'est la seule façon de la gagner.
Rédigé par : Robert | 12/12/2008 à 18:45
Je me réjouis de la teneur du premier message d'Arnaud Montebourg de cet après congrès, qui est à la fois rassembleur et exigeant.
Il nous reste à faire en sorte que le potentiel rénovateur de la nouvelle direction du parti aboutisse et ouvre enfin notre outil politique sur le 21eme siècle, tant sur le fond que sur les pratiques.
Rédigé par : cedric chenot | 12/12/2008 à 21:29
C'est ça .... reconstruisez ... faites de beaux discours ... sauvez le Parti si vous le pouvez ... mais ça sera sans moi puisque de toute façon, la moitié du Parti qui a soulevé mon enthousiasme ne fait pas partie du voyage !
Et puis je ne peux plus croire tout ça, tout semble vrai, réel, un jour, et faux, contredit le lendemain ...
Encore hier soir, dans l'émission avec Bayrou, on s'étonnait de ne pas entendre A de Montebourg tenir le même discours en public et en privé ... ce qu'il n'a pas osé démentir d'ailleurs ....
Bref on se fiche de nous alors peut-être qu'avant on ne le voyait pas mais aujourd'hui c'est flagrant !!!
Rédigé par : noizette23 | 12/12/2008 à 22:48
mmh Montebourg nous explique qu'il faut refaire ce qu'il a gâché en négociant avec le césarisme Royaliste.
Montebourg est brillant, c'est un bon avocat, mais il est mauvais stratège et mauvais organisateur. Il est velléitaire et interpersonnel.
Au risque de décevoir beaucoup d'entre vous, je crains qu'il ne soit pas socialiste. Comme beaucoup de notables méridionaux, il utilise la force sociale du Parti Socialiste comme moteur d'une carrière qui s'avère personnelle.
"La VIe République" est intéressante, mais néglige deux apports essentiels du Gaullisme : une méfiance (fondée sur la Guerre d'Algérie) vis-à-vis des partis, la consécration institutionnelle de "forces" politiques Nationales (antirépublicaines) qui s'imposent au pays depuis Paris.
Or, Montebourg utilise précisément ces deux ressorts pour soutenir son destin (ce qu'il a fait avec Desirs d'Avenir). On ne peut pas critiquer un systeme et utiliser ses fondements, c'est...antinomique.
En vérité, Montebourg eût du travailler collectivement et s'intéresser à la formation. Il a échoué, et tous les gens qui ont échoué devraient tirer une leçon positive de cet échec.
Pierre Larcin dit "Le Belge de Lille"
Rédigé par : Belgo4.0 | 13/12/2008 à 05:40
je suis contente que tu délaisses un peu Sarko, Yade, etc dans ce blog et que tu décides enfin à reparler du PS...
Je ne demande qu'à croire Montebourg... Quand il dit ouvrir le PS : diversifier, féminiser, les couleurs... il oublie de dire qu'il faut aussi diversifier les origines sociales (il faut voir revenir, grâce à des adhésions modiques des travailleurs précaires, des chômeurs -malheureusement, ils ont du temps à nous consacrer-, des smicards, des retraités en difficulté, des agriculteurs pauvres et il y en a de plus en plus,...).
Je trouve que le PS est surtout un parti d'élus, pas assez un parti de militants. Le PS a la chance d'avoir énormément d'élus locaux ce qui est une très bonne choses pour les français, mais du coup ça fait un peu secte : des gens qui semblent parfois surtout là pour défendre leurs mandats ou ceux qu'ils briquent pour la suite de leur carrière. Alors normal que des "jeunes", comme moi, qui ne se contentent pas de respecter des règles ancestrales, ça dérange, surtout que pour moi une éventuelle carrière politique n'est pas une fin une soi, il y a tellement d'autres façons de donner du sens à sa vie que je ne me mets aucune pression sur les épaules. Comme dit ma copine Ségolène, je suis à la disposition du Parti (en pays dunois notamment). Et justement,je trouve que l'équipe de Ségolène est tout sauf sectaire... chacun est libre de penser ce qu'il veut dans notre beau pays.
Il ne faut pas avoir peur d'entendre dans nos réunions de sections, des militants de base, plus représentatifs des gens que nous prétendons défendre, même si ce n'est pas confortable, car quand on souffre, on est impatients, on veut du concret, pas des promesses... Ce qui fait clivage avec la droite, c'est bien celà : mettre l'économie au service de l'Homme (emplois-jeunes, ...), prévenir plutôt que tout miser sur la répression, favoriser l'émancipation et la réalisation de soi (garanties collectives comme la Sécu, droit des femmes, culture, ...), donner à tous un patrimoine commun (services publics,...),... C'est un résumé rapide mais combien nécessaire. Il faut travailler tout au long de l'année avec ceux que nous voulons défendre, qui sont des experts de leur situation dont il ne faut pas se priver... Ce n'est pas bien d'aller les chercher seulement pour les élections, en leur disant regardez-nous, c'est nous qui pouvons vous défendre. Pour être crédible, il faut faire plus que ça... "reconquérir les classes populaires" come dit très justement Arnaud.
Alors quand Philippe Bayol me dit hier soir qu'il ne rappelle pas France Bleue Creuse car notre réunion de ce matin ne nous regarde que nous, je ne suis pas d'accord. Pour moi, il faut ouvrir portes et fenêtres et surtout dire en fin de réunion aux creusois ce que nous avons fait, ce que nous comptons faire. Quand les français disent, le PS est inexistant, il faut les comprendre. Il faut certes travailler entre nous mais pas tout seuls, et en tous cas il faut COM-MU-NI-QUER!!!
Rédigé par : Cécile FORTINEAU | 13/12/2008 à 07:31
Cécile,c'est justement parce que Ségolène a voulu ouvrir grand les portes et fenêtres qu'elle fait l'objet d'une violente opposition de la part de ceux qui souhaitent un PS renfermé sur lui même, ne s'intéréssant réellement à ses partenaires de Gauche que pour les élections,tout en leur imposant ses conditions,ce qui fut le cas en Haute Vienne où il interdit au PRG de présenter un candidat dans un canton faute de quoi il n'aurait pas de place en position éligible à Limoges !
Les sympathisants ne sont pas mieux traités et il est à craindre que les démissions de militants deviennent trés importantes,ce qui semble être le cas si l'on en croit les commentaires sur les blogs.
Rédigé par : Robert | 13/12/2008 à 12:23
Salut Michel,
je ne crois plus Arnaud Montebourg. D'après ce que j'ai vu à la fédération de Saône-et-Loire, qui manigance autant qu'une autre fédé pour asseoir le pouvoir du baron local, je ne vois rien de révolutionnaire dans les pratiques. Ils ont autant exclu les E qu'ailleurs pour assoir une pseudo majorité. Les mêmes mesquineries à deux balles. C'est décevant. Montebourg est totalement décrédibilisé en interne au PS, meme parmi les gars de la motion qu'il a soutenue. C'est triste. Même s'il arrive à faire travailler tous les socialistes ensemble, y compris son ex-pote Peillon (leurs egos respectifs ont tout de meme fait exploser le NPS si je ne m'abuse...) qui nous dit qu'il a de l'audience aupres de la direction actuelle ? Et puis, les Strauss-Kahnien, meme de fraîche date, je me méfie toujours de leur humilité composée
Rédigé par : flodechambe | 13/12/2008 à 21:49
Bonsoir ! Hé oui, la bataille des lionceaux au PS en remplacement des z'éléphants... Bah...
Cà m'fait rire !
Et pendant ce temps-là, nos compagnes et compagnons grecques sont en train de montrer la véritable voie de la révo ! Tremblez bourgeois ! La contagion va être indescriptible !
En Italie et en Espagne déjà et bientôt la Fraaaance !
Et c'est pas les positions réformades d'un Montebourg ou compagnie qui contiendront la révolte ! (où nous récupèrerons avec 2 ou 3 salades bien réformos-étaticos-consensuelles-récupératrices...)
C'en est fini de tout çà, un nouveau monde salvateur est en marche !
Salutations Anarchistes !
Rédigé par : Alayn | 14/12/2008 à 20:47