Au moment où débutent les soldes d'été, le rapport Guéna, présenté cette semaine, franchit un cap supplémentaire dans la disparition annoncée de la 2e circonscription de la Creuse. Il entérine donc la proposition du gouvernement. Cette brillante nouvelle est la conséquence directe de l'application des règles de calcul qui découlent de l'application des dispositions constitutionnelles nouvelles.
Même si le seuil de 125.000 habitants minimum par siège de député n'est pas littéralement inscrit dans la Loi,en l'occurence la Constitution, la révision de l'été dernier a figé le chiffre de 577 représentants du peuple comme nombre indépassable. C'est la première fois qu'une telle contrainte est introduite dans le texte suprême de la République, qui ôte toute marge de manoeuvre au pouvoir exécutif. Le seuil est donc déterminé par la division d'une variable, la population électorale, par une constante, le nombre de députés. Le Conseil Constitutionnel, dans une décision du 8 janvier 2009, a donc retoqué le projet initial de la loi électorale du 11 décembre 2008, au motif que le maintien "artificiel" de deux circonscriptions en Creuse méconnaissait donc le principe d'égalité du citoyen devant le suffrage.
Beau résultat politique en vérité ! A voter comme un bon petit soldat, sans y regarder à deux fois, on en arrive à se faire disparaitre soi-même. C'est un nouveau coup porté à la Creuse, et par un seul de ses parlementaires.
Et depuis, silence radio, sauf pour stipendier les socialistes. "Le poumon, vous dis-je", sentenciaient déjà imperturbablement les médecins de Molière. Le député de la 2e circonscription a déjà fait son deuil de son territoire d'élection, sans mener le moindre combat auprès de ses amis, pour faire prévaloir les intérêts de la Creuse. Car nous allons y perdre beaucoup, indépendamment de l'identité de celui qui l'incarne, de ne plus être représenté que par un seul et unique député. L'expression de la Creuse à la Chambre des députés sera divisée par deux. Ce faisant, Jean Auclair confirme une fois de plus, s'il en était besoin, la véritable nature de son engagement en politique. Servir son parti, plutôt que servir la Creuse. Il collabore parfaitement avec toutes les décisions gouvernementales qui pénalisent notre département: disparition de tribunaux et des emplois et services publics, non-compensation financière des sommes dûes par l'Etat au Conseil Général, et maintenant disparition de la circonscription. Il est la parfaite illustration de ce qu'est l'absence de courage politique et, pour tout dire, de couardise politique.
Le calcul, dans ce dossier , est probablement assez simple. Sa dernière victoire aux législatives de 2008 est une victoire à la Pyrrhus. La crainte est donc forte de voir la circonscription basculer la fois suivante, et de voir la Creuse dotée de deux députés de gauche. En se présentant dans une circonscription unique, Jean Auclair se dit qu'au pire, il n'y en aura plus qu'un, et qu'au mieux pour lui, plus du tout. Pas sûr que cette spéculation réponde aux intérêts des Creusois, et singulièrement à ceux du sud et de l'est du département.
Que signifie donc la création d'un secrétariat d'Etat à la ruralité, qui n'est pas une mauvaise idée en soi, mais dont on attend de connaitre les réels moyens mis à sa disposition, quand on réduit la représentation des territoires ruraux à l'Assemblée Nationale. Plutôt que de se rengorger en public de ce qui n'est jusque-là qu'un effet d'annonce de la communication gouvernementale, certains seraient bien inspirés de se battre pour conserver les deux sièges à la Creuse.
Or, Jean Auclair a refusé de voter la motion du Conseil Général, demandant le maintien de la 2e circonscription, en dépit de la porte entr'ouverte laissée par le Conseil Constitutionnel dans son point 21: "Considérant qu'il résulte de ces dispositions que l'Assemblée nationale, désignée au suffrage universel direct, doit être élue sur des bases essentiellement démographiques selon une répartition des sièges de députés et une délimitation des circonscriptions législatives respectant au mieux l'égalité devant le suffrage ; que, si le législateur peut tenir compte d'impératifs d'intérêt général susceptibles d'atténuer la portée de cette règle fondamentale, il ne saurait le faire que dans une mesure limitée "
Mais c'est l'heure des soldes. Tout doit disparaitre. Pyrrhus était le roi d'Epire. Jean Auclair n'est que le député du pire. Et de la politique qui va avec.

Et maintenant, que vas-tu faire?
Le PS creusois, les autres partis vont-ils monter au créneau pour défendre leur deuxième député? ne pourrait-on pas faire un référendum dans les départements concernés par cette mesure pour montrer la volonté du peuple de ne pas perdre encore une fois en milieu rural... Un député pour tout un département, ça fait du boulot et des kilomètres. Le seul point positif est qu'on peut espérer que le dit-député sera ainsi incité à ne pas cumuler les mandats, mais ça ne règle pas le problème : l'égalité, ce n'est pas l'équité. Cette méthode de calcul, toute égalitaire soit-elle, n'est absolument pas équitable. Les députés, ça va devenir comme les médecins : ceux des villes, aux 35 heures avec peu de gardes, et ceux des campagnes, débordés... Où est l'intérêt général, à part de mépriser encore les territoires ruraux.
Même sur le blog de Jean Auclair, son sondage indique à cette heure que 59.63% des personnes ayant pris part au vote déclarent souhaiter 2 députés pour la Creuse.
Rédigé par : Cécile | 28/06/2009 à 12:26
Il est évident que cela rélèvera de la mission impossible pour celui (ou celle) qui sera élu(e),même en cas de non cumul des mandats. Faire son travail de législateur,donc être à Paris,et participer à la vie d'un vaste territoire comme celui de notre département comme le souhaitent les électeurs?J'avoue que j'ai du mal à comprendre comment on peut concilier les deux impératifs.C'est vrai que le monde rural est une fois de plus sacrifié
Rédigé par : Carte | 28/06/2009 à 14:45
Il me semble que ce n’est pas en fait mais en droit que la suppression de la seconde circonscription de la Creuse est inacceptable.
Les faits jouent contre nous qui voulons défendre une représentation nationale dans le Sud et l’Est de la Creuse parce que la cause ne mobilise pas l’opinion publique. l’indifférence de celle-ci à l’égard de ce qui se trame dans le redécoupage électoral est l’un des plus douloureux symptômes de l’échec du système représentatif.
On pourrait épiloguer longtemps sur les causes de cette indifférence générale. Au plan national d’abord où la crédibilité de l’assemblée législative s’est considérablement affaiblie, compromise par la présidentialisation du régime, l’excès de clientélisme de la part des Députés, la pression des lobbies ou encore les manœuvres d’appareils qui pèsent autant sur les délibérations de nos représentants élus que sur la désignation des candidats par les partis avant les élections. Au plan local surtout où la fonction de Député a été tellement dévoyée par celui qui l’occupe depuis 1997 que la population de la seconde circonscription ne perçoit même plus l’intérêt de conserver cette dernière.
Pour mesurer l’enjeu de la conservation de notre circonscription il faut donc considérer, non pas ce que Monsieur Jean Auclair a fait de son mandat, mais ce qu’est en droit le rôle du Député. Par « en droit » j’entends : du point de vue des principes, eux-mêmes dictés par la plus haute idée du politique.
Nous sommes donc en droit d’attendre de notre Député qu’il nous relie aux discussions concernant les affaires de la nation. Non pas qu’il porte à l’Assemblée Nationale l’expression du Sud et de l’Est creusois, car en tant que législateur il a vocation à faire abstraction des seuls intérêts de son territoire pour juger du point de vue de l’universel (ce qui ne l’empêche pas, nous sommes d’accord, de faire au niveau national des propositions sur ce qui est universellement dû aux habitants de territoires ruraux tels que les nôtres), mais qu’à l’inverse il fasse redescendre jusqu’à nous les débats publics nationaux et qu’il nous implique dans la réflexion collective.
Détenteur (toujours « en droit ») de la plus « politique » des activités publiques, celle qui consiste à statuer sur la législation d’un pays, le Député doit avoir pour mission d’y associer les citoyens de son territoire électoral sollicités par lui en tant que co-participants aux décisions nationales. Et ce n’est pas dériver vers l’idée d’un « mandat impératif » que d’attendre de lui qu’il nourrisse son propre jugement de l’écoute d’une opinion locale, opinion locale qu’il lui appartient aussi d’éclairer sur les enjeux nationaux, internationaux et humains des problèmes soumis à la décision législative. Car si les citoyens que nous sommes doivent aussi transcender leur jugement particulier pour penser toute question selon l’universel, ce doit être à l’incitation de leur représentant à l’Assemblée Nationale venu les solliciter sur les affaires humaines.
De ce point de vue, la présence directe et physique du Député au cœur des territoires est requise. Le découpage des circonscriptions doit prévoir, non pas un maillage arithmétique mais un maillage géographique tenant suffisamment compte de la superficie des zones concernées pour garantir la proximité de la représentation nationale. En confisquant leur circonscription aux habitants du Sud et de l’Est de la Creuse, on les éloigne du débat public national, on efface de leur territoire l’espace du politique - car la circonscription est l’échelon le plus éminemment politique de la vie citoyenne. Ce faisant, on enlève de la visibilité à l’action législative de nos représentants ; on isole les populations désormais recluses dans leurs particularismes locaux ; on encourage à nouveau les replis communautaires et identitaires.
Quelle que soit l'affectation qu'on lui a donnée, la circonscription a toujours été l'espace de la participation des individus à l'universel. En supprimant certains de ces ancrages historiques de l’universel dans les territoires, l'Etat républicain ne se sépare pas seulement d'un niveau essentiel de la démocratie, il commet envers chaque habitant un crime de lèse-citoyenneté.
Exigeons donc le maintien de la seconde circonscription de la Creuse et plus encore. Si nous l’obtenons, justifions sa conservation en élisant parmi nos candidats à la députation celui qui saura donner un sens nouveau à la fonction représentative ; celui qui saura rapprocher de nous le politique ; celui dont l’enracinement creusois sera le moyen d’associer les citoyens d'ici au débat public, celui dont l’activité locale consistera à être le vecteur des affaires humaines dans notre quotidien, il y a là matière à proposer un nouveau concept politique, celui de représentation participative.
Rédigé par : Michel Dias | 29/06/2009 à 18:41
D'où la nécéssité d'une véritable réforme constitutionnelle qui redonnera le pouvoir au parlement et assurera une meilleure représentation des citoyens au moyen de deux Assemblées élues au suffrage universel,alors nous entrerons dans l'ére moderne de la VI éme République qui mettra fin au systéme de monarchie élective que nous subissons actuellement.
Rédigé par : Robert | 29/06/2009 à 22:40