En ces temps difficiles pour nombre de nos concitoyens, afficher un tel objectif, surtout quand on est un responsable politique, n'a rien que de très louable. Mais la crise est si profonde, le gouvernement si incapable de diriger le bateau-ivre du libéralisme dont il est le dépositaire, que ses zélateurs les plus convaincus en sont complétement désorientés. Au point que d'appeler le pouvoir spirituel au secours du temporel, comme vient de le faire le député Auclair, lors de l'inauguration de l'église de son village.
Lors d'une messe inaugurale remarquée, avec présence de l'Etat en grand uniforme, notre élu de la république française, laïque, une et indivisible, manifestement en grande forme "s'est d'ailleurs publiquement félicité de voir réunis durant la cérémonie « l'Église et l'État pour le bonheur de tous»" nous indique La Montagne.
Il n'y a rien de blamable à voir une municipalité restaurer l'église de la commune, dont elle est la propriétaire. Il s'agit la plupart du temps du patrimoine majeur de la commune, dans un département rural comme le notre. Il n'est pas rare que ces édifices remontent au XIIIe ou XIVe siècle, témoignant ainsi du savoir-faire de nos ancêtres batisseurs.
Nous inaugurons régulièrement des opérations de restauration, comme nous l'avons fait samed i dernier à La Villeneuve. Nous le faisons de façon républicaine et laïque, dans une démarche culturelle et non cultuelle, et dans le respect des convictions de chacun que permet la neutralité.
C'est en cela que la démarche de l'ex-enfant de coeur ( ô tempora, ô mores ... ) de Cressat est choquante. Mais après tout, qui contestera que le député Auclair n'ait ici atteint l'objectif que sa provocation recherchait. Alors, faut-il rester sans réagir, pour ne pas donner plus d'écho à cette atteinte à la laïcité, et courir le risque de laisser une telle attitude banalisée, ou bien donner le sentiment de foncer dans le chiffon rouge, au risque de passer pour un anticlérical, et de laisser assimiler laïcité et anticléricalisme ?
Après mure réflexion, j'ai opté pour la deuxième solution. Je suis un laïc convaincu, car il me semble qu'il y a là la seule solution pour le vivre-ensemble. Je ne suis pas pour autant un anticlérical, car, attaché à la liberté absolue de conscience, je respecte la foi et les convictions de mes semblables, dès lors qu'elles ne pénètrent pas la sphère publique. L'Etat se doit donc d'être neutre. Tout le monde ne partage pas cette optique, et je serais un enfant de coeur ( un comble...) si je pensais que la laïcité n'a pas besoin d'être défendue en raison de la toute puissance de son universalisme. Mais, comme la démocratie, la laïcité est d'une grande fragilité. Elle ne peut résister aux menées de ses adversaires que grâce à la mobilisation de ses militants.
C'est pourquoi il m'a semblé indispensable de réagir face à la provocation du député Auclair. Peut-être va-t-il se frotter les mains, ravi du bon mauvais coup qu'il vient de porter à la République. Nous avons l'habitude des outrances de notre Don Camillo défroqué . Comme lui, il a son public, ses manières expéditives, mais pas son talent.
Un dernier mot pour conclure. Je dis souvent, en ma qualité de délégué départemental de la Fondation du Patrimoine, que les souscriptions populaires qui permettent aux communes de boucler le budget de restauration de leur église est la déclinaison républicaine du fameux "Aide-toi et le Ciel t'aidera". En observant la montage financier du dossier de l'église Saint-Margurite, et constatant que la subvention du ministère de l'Intérieur représente un montant d'un niveau exceptionnel, j'ai bien plutôt le sentiment d'assister à l'illustration de " Charité bien ordonnée commence par soi-même" . Pour le bonheur d'un privilégié...
On est bien loin de la République.

Tu agis selon ta conscience,Michel,mais je ne suis pas certain que foncer sur le drapeau rouge ainsi agité soit la meilleure solution.Le député Auclair n'existe qu'à travers la polémique et non la discussion constructive,et peut -être serait-il préférable de ne pas trop entrer dans son jeu.Pour autant,je trouve normal de dénoncer le fait qu'il se sert(il s'agit de sa commune évidemment) avant de servir les autres.Les maires qui ont de grandes difficultés à obtenir des subventions,souvent modestes, trouveront là matière à reflexion quant au comportement de leur député
Rédigé par : Carte | 22/07/2009 à 09:45
Tu soulignes le dilemne, Bernard. Je suis de ceux qui pensent qu'à trop vouloir éviter de polémiquer, on finit par abandonner le terrain à l'adversaire. La défense de la République et de sa consubstantielle valeur de la laïcité ne peut se faire sans débat. Je ne suis pas un moine qui a fait voeu de silence !
Rédigé par : michel moine | 22/07/2009 à 10:12
Bonsoir ! Trop rigolo ! Ce cul-bénit d'Auclair continue donc à nous faire rire. (jaune...)
La photo est excellente aussi, avec sa revue "Plaisirs"... Bravo !
Quelle misère !
Néanmoins, la séparation de l'Eglise et de l'Etat date de 1905: que les curetons se débrouillent avec leurs églises ; qu'ils demandent des sous au Vatican, le plus petit Etat de la planète mais le plus riche du monde et YA BASTA !
Sérieux, çà suffa comme si ! Quand on voit la mine contrite de ce pôvre Auclair, on jetterait son obole par la fenêtre, laissez-moi rire !
A bas la calotte !
Salutations Anarchistes !
Alayn
Rédigé par : Alayn | 26/07/2009 à 04:35