Je m'étais interrogé sur le sens de la nomination de monsieur Bruno Le Maire, authentique député villepiniste, au poste de ministre de l'Agriculture. La réponse est en train de nous être délivrée: pour faire le sale boulot et focaliser le mécontentement du monde agricole. Son prédécesseur, Michel Barnier, qui a dû affronter quelques dossiers sensibles, y compris politiquement, s'est judicieusement exfiltré du guépier annoncé, en endossant son costume de député européen.
On sent d'ailleurs, dans cette affaire de remboursement par les producteurs de fruits et légumes, qu'un véritable virage a été pris, entre un Michel Barnier, malgré tout sensible à la protection du monde agricole, et un Bruno Lemaire, dont la seule approche technocratique du dossier semble bien être la marque de fabrique.
On ne s'y trompera donc pas, et surtout pas les agriculteurs, la droite, et au premier chef le Président de la République, n'est plus animée de la volonté de protéger bec et ongles la production nationale, ce qui augure assez mal, pour ce secteur de l'économie, et par voie de conséquence pour le monde rural, de la volonté politique réelle de la France à la veille des renégociations de la Politique Agricole Commune.
La présentation de ce dossier par le ministre a été assez particulière, puisqu'a été immédiatement posé le principe du remboursement des sommes versées par l'Etat entre 1992 et 2002. Tout juste consentait-on à fixer un plafond, "indépassable" de 500 millions d'euros. Mais le principe était acquis, en dehors de toute concertation avec les intéressés.
Depuis, et devant la fulgurante mobilisation des acteurs de la filière, monsieur Le Maire a quelque peu édulcoré son propos. Malgré tout ce dossier restera comme une entrée en matière mémorable pour le monde agricole.
Saluons au passage les interventions publiques de Jean Glavany, ministre socialiste de l'Agriculture entre 1998 et 2002, revendiquant le soutien de l'Etat à cette filière en danger, qui tranchaient avec celle de l'actuel gouvernement.
Au-delà de ce dossier, conjoncturel, se trouve une fois de plus posée, de façon structurelle, les éléments qui contribuent à une véritable concurrence non faussée. On ne peut faire l'impasse sur un point, central, celui du niveau des salaires de l'Union Européenne. En effet, tant que les Etats-membres ne feront pas preuve de volonté politique en matière d'harmonisation des systèmes sociaux, et aussi fiscaux, il y aura toujours des pays européen où le dumping salarial et social mettra en difficulté ceux qui sont les plus évolués, au premier rang la France.
Là aussi, la Droite, qui refuse cette orientation des compétences de l'Europe, porte une responsabilité flagrante dans cette construction européenne qui ignore délibéremment l'espace social européen. On en mesure pourtant les conséquences économiques pour la France, qui ne sont pour l'heure que de simples préludes.
Amadeu Altafaj Tardio, porte-parole de la Commission européenne, dans l'interview qu'il accorde au Mondele 4 août dernier, s'empresse d'éluder le sujet: " La question de la main-d'œuvre n'est pas couverte par la politique agricole commune. Il n'existe pas de règles européennes sur le sujet. " Pourtant, la question du coût de la main d'oeuvre et de la protection sociale devrait être au centre des préoccupations européennes. S'entêter comme le fait la Commission, en pleine crise économique, à se focaliser sur les interventions publiques, ne peut que contribuer à accentuer le fossé qui la sépare déjà du citoyen. La politique de la BCE, qui s'entête elle aussi dans une politique des taux les plus élevé du monde, nous conduira aussi à subir plus durement que les autres puissances les effets sociaux de cette crise.
C'est ça, la politique de la Droite.

Ce qui me chagrine dans cette affaire,c'est que je suis pas certain que le monde agricole en tire des conclusions à caractère politique,en particulier au moment des élections et continue à faire confiance à des élus du style de notre député dont la démagogie n'a d'égal que son irrespect envers ceux qui ne pensent pas comme lui
Rédigé par : Carte | 05/08/2009 à 11:38
Moi-aussi, j'ai bien apprécié les interventions de Glavany : très clair et très responsable. Eclairant aussi, car la version lapidaire élyséenne laissait perplexe : il faut rembourser des sommes indues...
Cet incident (dramatique pour les agriculteurs concernés) montre surtout à mon sens le dysfonctionnement des institutions européennes. Il est inadmissible de réclamer de l'argent 17 ans après (la première année concernée est 1992)... Il y a prescription, non? et avec des intérêts en plus alors que sauf preuve du contraire, ces aides ne sont pas illégales : ça se discute... Si l'argent européen était bien géré, il devrait y avoir des bilans annuels, des évaluations des politiques menées. On pourrait donc espérer des rappels à l'ordre plus fréquents et rapides... C'est inévitable que les interprétations des pays divergent parfois avec la position de l'Europe. L'institution devrait être plus réactive que ça. ça éviterait la situation inextricable actuelle.
c'est notre argent au final, celui de nos impôts,.. L'Europe donne une bien mauvaise image d'elle-même.
Quant à la politique de la droite, je suis d'accord avec toi. Et comme Carte je me désespère de voir la majorité des agriculteurs continuer à voter pour eux... Au lieu d'assumer le passé et de défendre les intérêts des agriculteurs français (salaires, environnement, compétitivité,...), la France capitule devant l'Europe : où est SuperSarko qui obtient tout de l'Europe, à commencer par la TVA à 5.5 pour les restos?
Rédigé par : Cécile | 05/08/2009 à 23:33
Lorque le monde agricole présentait un poids électoral suffisant la droite en faisait sa chasse gardée et était pleine d'attentions pour les paysans (voir la politique agricole de Jacques CHIRAC),ce poids ayant considérablement diminué elle a tendance à s'en désintéresser et puis les amis privilégiés du président sont les banquiers et les dirigeants de trés grandes entreprises,l'agricultuire a toujours été le cadet des souçis pour ce président exclusivement urbain,il n'y a pas de champs ni de prés à Neuilly.
Rédigé par : Robert | 07/08/2009 à 08:44
Et que fais-tu du pré Catelan, et du bois de Boulogne, aux portes de Neuilly, Robert ? Et le jardin d'acclimatation ? Il n'y manque aucun élément constitutif d'un jardin: animaux, pelouse, fleurs et même le nain !
Rédigé par : michel moine | 07/08/2009 à 11:00
Excellent humour Michel
Rédigé par : Robert | 07/08/2009 à 13:27