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Commentaires

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Jean-Pierre Léry

Bonjour. Je parie avec vous une bouteille de vin bio du magasin "Ethiquets" que ce sera effectivement la position du candidat P.S. en 2012 quel qu'il (ou qu'elle) soit.

Cécile Fortineau

Je suis d'accord avec toi sur un point, dans un parti socialiste rénové, on devrait avoir un débat sur la question et la définition d'une ligne sur cette question, où l'on ne pourra plus sans doute dire la même chose que ces dernières décennies. Je pense de plus, que la position des syndicats (malheureusement pas très représentatifs, vu la faiblesse de leurs effectifs) et de certains partis « défendre la retraite à 60 ans mordicus » n'illustre pas forcément ce que souhaitent les gens aujourd'hui, notamment les jeunes, qui pensent (à juste titre si rien n'est fait) qu'ils n'auront pas de retraite. Plus qu'un débat au PS, c'est un débat national qu'il faut lancer...

Quelques chiffres issus d'une intervention de la présidente de la CNAV aux ateliers l'Espoir à Gauche de Marseille cet été : déficit 7,7 Mds € sur 1 an en 2009, 13 Mds en 2020, 26 Mds en 2030, 46 Mds en 2050. 1,4 cotisants par retraité en 2006, 0,9 en 2030 et 0,8 en 2050... Une espérance de vie de 84 et 89 pour les hommes et les femmes. Face à cette situation, tous les leviers devront sans doute être actionnés si l'on souhaite : préserver la retraite par répartition ET maintenir un niveau de pension décent, car c'est ce qui me paraît le plus important pour vivre 20 à 30 ans à la retraite et gérer sa possible dépendance,.... L'âge de départ devrait vraiment depuis longtemps être fonction de l'espérance de vie selon les catégories socio-professionnelles, car il y a de vrais écarts (injustes), à moins qu'on trouve des solutions pour permettre aux personnes exerçant de métiers pénibles et usants qu'elles ne fassent pas toutes leur vie : c'était une proposition de Marielle de Sarnez lors de ces journées : Quel contrat social voulons-nous? Tolère t on que certains soient cassés à 60 ans? Beaucoup de questions intéressantes.

Les leviers, on les connait : biensûr taxer la richesse et penser à remettre l'économie au service de l'homme (c'est ce que devrait mettre en avant le PS certainement) et arrêter le développement des exonérations sociales qui assèchent les caisses mais forcément aussi la durée, le taux de cotisation, voire le montant de la retraite... Il ne faudra pas faire l'autruche, les sommes à trouver sont énormes. Alors certains diront que les séniors prennent la place des jeunes et qu'ils feraient mieux de partir à la retraite. Pas si simple. Les métiers et organisations évoluent vite, les séniors ne sont pas toujours remplacés. Il faut sans doute déconnecter les 2 problèmes. Pour mettre les jeunes au travail, il vaut mieux investir dans les nouveaux métiers (croissance verte,...) , voir se poser la question (ce que ne fait absolument pas la droite) de toutes ces mines d'emplois dans le domaine social, culturel,... certes « pas rentables » mais que la gauche juge d'intérêt général. Du temps des emplois-jeunes, on aidait les jeunes à avoir une première expérience significative, on remplissait les caisses de cotisations sociales et on dopait l'économie. Aujourd'hui, c'est le marasme, la défiance incite à économiser le peu qu'on a éventuellement et le cercle vicieux est enclenché, aggravant les déficits publics.

C'est mon point de vue de citoyenne. Un blog, ça sert à ça, non?

Robert

Je constate que le débat sur l'âge de départ à la retraite divise à gauche,chacun peut avoir sa position à ce sujet mais que Martine AUBRY décide seule nuit non seulement au PS mais à toute la gauche,je ne crois pas que faire du suivisme vis à vis de SARKOZY et de la droite soit la bonne position pour se rendre crédible.

Michel Dias

Merci Michel pour cette consolante mise au point.

Libérer l’homme du travail aliéné, c’est là un des principes fondamentaux qui définissent universellement l’humanisme propre aux pensées dites « de gauche ».
Nous sommes là sur une ligne de partage historique entre la gauche et la droite. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’humanisme à droite – ce serait lui faire un mauvais procès – mais l’humanisme de droite, précisément, repose sur l’affirmation du travail comme valeur, tandis que l’humanisme de gauche le perçoit comme un simple moyen et un pis-aller.
Je ne rappellerai pas ici la célèbre étymologie du mot « travail ». En revanche, à l’intention des chantres de la prétendue « valeur travail » - qui sont souvent aussi ceux qui se réfèrent aux canons religieux - je rappellerai que la Genèse fait du travail une punition frappant l’homme dans la recherche des moyens de sa subsistance mais aussi la femme en accouchement. Il est du reste intéressant de relever que la faute qui vaut à Adam et Eve cette sanction éternelle est la prise de conscience de leur état de nudité. En résumé : pour que l’homme ne pense pas à lui-même et à sa condition il faut l’astreindre au travail. La droite assume la céleste injonction et cherche le bonheur par le travail, la gauche la refuse et, même quand elle réclame du travail pour tout le monde, c’est pour que chacun puisse mieux s’en affranchir par un salaire décent.

Qu’est-ce qui est le plus attristant dans la déclaration de Madame Aubry qui fut pourtant l’héroïne des 35 heures - cette belle idée de la gauche au pouvoir, aujourd’hui remisée par beaucoup de ténors socialistes comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse ? Qu’est-ce qui est le plus désespérant aussi ? Que ce positionnement confirme une fois encore la malédiction des formations de gauche condamnées à abjurer les fondements de leur identité philosophique pour mieux enfiler la défroque de « partis de gouvernement » ? Qu’elle trahisse par là l’impossibilité, pour toute puissance politique, de gouverner aujourd’hui sans épouser les mécanismes économiques et financiers mondiaux huilés à la déshumanisation et à l’abrutissement des peuples ? Qu’elle illustre à nouveau l’incessante palinodie des pontes du PS entre une utopie socialiste à l’usage exclusif des militants de base et un pragmatisme peu regardant pour ratisser plus large ?
Non. Ce qui est le plus désolant, c’est que Madame Aubry ait enveloppé sa prise de position dans la rhétorique du « tabou brisé », reléguant ainsi la défense de la retraite à 60 ans à l’état d’archaïsme poussiéreux du PS. C’est qu’elle nous l’ait joué sur l’air de la modernisation des idées de gauche, alléguant ainsi la thèse selon laquelle la modernité gît dans la pensée de droite.
Voilà comment le progressisme socialiste peut devenir le leitmotiv de tous les reniements.
A quel « tabou » Madame Aubry s’est-elle attaquée ? A l’épanouissement de la personne humaine hors de la sphère du travail salarié ? Au droit de chacun à jouir librement de son existence avant d’être grabataire ? A l’interdiction de confisquer des années de vie aux travailleurs sur simple injonction d’un ministère ? Au nom de quoi l’allongement de l’espérance de vie justifierait-il que l’on s’aliène plus longtemps aux nécessités économiques par le travail contraint ?
Le prolongement de la vie des êtres humains n’est pas une plaie ni un fardeau. C’est un gain civilisationnel : la vie associative, l’activité citoyenne, l’exercice de la pensée, la création artistique et culturelle, c’est-à-dire tout ce qui construit la culture humaine, ne se développent que sur des moments de vie individuelle gagnés sur le temps de travail. C’est pourquoi il faut continuer de réduire la durée hebdomadaire du travail et maintenir à 60 ans - sinon diminuer encore - l’âge légal du départ en retraite. Toute mesure antagoniste est littéralement réactionnaire et rétrograde.
Mais il faut sauver le financement du système de retraites par répartition dira Martine Aubry… La gauche a pour cela d’autres tabous à briser en osant faire participer les enrichissements excessifs au bien commun.

Cécile Fortineau

Je crains qu'on n'arrive pas à trouver les dizaines de milliards annuels nécessaires sur la taxation des plus-values, même si je suis d'accord qu'il faut absolument commencer par là. Ce que l'homme a donné pour l'économie (et la finance) par son travail, il est normal qu'il en obtienne une part en retour.
Résumer le travail à une punition, un pis-aller est un peu sévère. Beaucoup de chomeurs attendent un travail, pour retrouver tout simplement une place dans la société, une utilité, un sens à leur vie, des repères pour leurs enfants. Comment convaincre son enfant de "travailler" à l'école si les 2 parents sont en chomage... C'est toute la cohésion de la société qui tourne autour de ça. Quant à l'accouchement, excusez-moi, mais tout le monde ne considère pas ça comme une punition, pour ma part ce fut les plus beaux jours de ma vie!!! Le travail (accouchement, boulot), c'est construire, créer, être fier de ce qu'on a pu sortir de ses tripes! finalement ça peut être très épanouissant. Les efforts suivis de succès génèrent de la satisfaction. D'ailleurs, un certain nombre de gens ne veulent pas partir à 60 ans en retraite, ou en tous cas ils souhaiteraient un départ progressif. Le travail peut être la passion d'une vie (il y a aussi la notion de souffrance inconsciente peut-être). Ne doit-on pas d'abord s'accorder sur un diagnostic avant d'élaborer des solutions? Les attentes comme les situations professionnelles sont variées.

Quant à la valeur travail, Ségolène Royal en a fait dernièrement un sujet de débat participatif car effectivement le problème aujourd'hui est que le travail est surtout source de souffrances, pour ceux qui n'en ont pas comme pour ceux qui en ont : suicides, management de la terreur (chantage au chomage,...), réorganisations intempestives, rythmes infernaux liés notamment aux suppressions de postes (Quand la droite annonce des milliers de suppressions de postes dans les hopitaux, on se dit qu'on marche sur la tête),etc...

Quel est alors le problème : remettre de l'ordre dans le monde du travail où la fin (rentabilité) semble justifier les moyens... Il faut remettre l'économie au service de l'homme : la plus grande richesse d'une entreprise est son capital humain (compétences, hommes et femmes qui s'investisssent pour elle). Pour moi c'est ça le grand défi (permettre aux gens de travailler 40 ans dans de bonnes conditions) et pas de savoir si on partira à 60, 61 ou 62 ans, voire 65! . Oui beaucoup sont à nouveau très exploités au travail. Je préfère l'idée de trouver des solutions pour arrêter ça et notamment remettre les postes nécessaires à la réalisation normale du travail, que la consolation d'un départ maintenu à 60 ans... Car le stress accumulé pendant 40 ans de vie professionnelle réduit l'espérance de vie!
Et sincèrement, à entendre parler du problème des retraites depuis que je suis en âge de comprendre un peu la politique, je désespère qu'il se passe quelque chose... Dans 30 ans, il manquerait 40 milliards dans les caisses de retraites si rien n'est fait et j'aurai 66 ans : aurai-je une retraite? Ce n'est pas comme le climat où l'on parle de générations futures lointaines, les retraites concernent la génération actuelle, déjà!!!
Biensûr il faut une réforme juste, pas à tout prix, à n'importe quel prix.

Depoil Jean Claude

Salut Michel,

J'étais sûr de cette mise au point de ta part, je pense bien te connaitre , tu es un Brizon des temps modernes, et les gens d'Aubusson ont bien de la chance d'avoir un responsable comme toi; déjà jeune tu savais ou tu voulais aller, toi qui connais le monde rural aussi bien qu'un paysan : tu as passé toutes tes vacances dans notre ferme , tu n'en a rien oublié, je suis sûr que ton enracinement à gauche était naissant quand tu courais après les vaches !
Ta sincérité aussi , tu es toujours aussi franc, qualité rare chez un élu , je peux porter témoignage que cela n'est jamais un comportement de circonstance .
Les reculs sur des retraites, fussent-ils annoncés par la première secrétaire du PS, ne pouvaient pas passer chez toi et tu l'argumentes très bien .
J'espère te voir un jour à l'assemblée nationale à la place de ce représentant de la droite la plus extrême que vous avez comme député ( chez nous , nous appelons ces types des maquignons), il n'a jamais défendu le monde rural son seul but :faire durer le plus longtemps possible la loi de l'argent et du profit !

Amitiés sincères et bon courage

Michel Moine

Merci Jean-Claude. Effectivement ces moments de jeunesse, passés ensemble dans une ruralité bien différente de celle aujourd'hui, n'auront pas été pour rien dans mes choix de vie.

Cécile, Michel fait allusion au tripalium, instrument de torture à trois pieux utilisé dans l'antiquité, et qui forme l'étymologie de notre mot "travail". On voit donc bien l'association d'idées et de sens que faisaient nos illustres anciens, et à quoi ils assimilaient le travail...

Michel Dias

A l'intention de Cécile et autres lecteurs patients:

- Entendons-nous bien : lorsque j’évoque
« l’accouchement comme punition » je n’énonce évidemment pas mon point de vue mais une interprétation d’un passage de la Genèse. Par ailleurs ce n’est pas l’accouchement lui-même qui apparaît dans ce texte comme une « punition », et encore moins l’enfantement, mais seulement la DOULEUR qui l’accompagne (« Tu enfanteras dans la douleur »). J’ignore en revanche si c’est en référence à la douleur que les obstétriciens parlent d’une période de
« travail » au moment de l’accouchement et si la femme « en travail » doit être considérée comme soumise au tripalium. Mais il serait tout à fait plausible que le mot « travail » renvoie expressément à une certaine souffrance physique associée à l’heureux événement (à vérifier).
Quoi qu’il en soit, je suis tout à fait d’accord (même si le point de vue masculin sur cette question manque évidemment de l’expérience adéquate) sur ce que dit Cécile à propos du bonheur d’enfanter. La description de l’enfantement justifierait d’ailleurs une distinction importante entre « plaisir » et « joie ». Cécile m’accorderait peut-être que la femme n’a pas spécialement « plaisir » à accoucher, mais qu’elle en conçoit une « joie » authentique qui transcende totalement la pénibilité physique du « travail ».
Dans ce cas, et par extension, la solution recherchée par Cécile pour pérenniser le système de retraite par répartition sans aliéner des générations d’homme au travail, serait peut-être, en effet, d’inventer une société où l’on travaillerait, sinon avec plaisir, du moins dans la « joie »…
- Cécile parle du « travail » des enfants à l’école. Ce « travail » là n’a bien sûr rien à voir avec le travail aliéné dont je parle. L’extension du mot « travail » pose problème pour apprécier exactement la nature de cette activité. Le jardinier qui cultive son jardin pour lui-même « travaille », l’artiste « travaille », moi-même je « travaille » à la rédaction de ce billet… Qu’est-ce à dire ? Qu’y a-t-il de commun entre le travail du bricoleur du dimanche et le travail du salarié qui, bien malgré lui souvent, donne de son énergie vitale pour gagner de quoi renouveler cette même énergie (cf. Marx) et qui aliène ainsi une partie de son temps de vie aux nécessités des processus économiques censés procurer aux hommes le bonheur ?
Le fait est que l’on parle encore de « travail » pour désigner l’activité de l’homme qui agit sur la matière en vue de la transformer. Selon Hannah Arendt, c’est un malentendu. En se rapportant à la philosophie grecque, elle propose de réserver le mot « travail » pour les seules activités directement liées à l’entretien des processus vitaux qui garantissent la survie et la croissance des organismes individuels et sociaux et elle suggère que l’on emploie le verbe « ouvrer » pour les activités dont la finalité première est de produire une « oeuvre ». Là où la finalité essentielle est de faire « oeuvre », il n’y aurait pas à proprement parler « travail ». Ou tout au moins le mot « travail » renverrait uniquement aux aspects de l’activité qui relèveraient d’une nécessité subie et accompagnée d’une part de souffrance (on y revient). En somme l’artiste ou le bricoleur du dimanche
« travaillent » dans la mesure où leur activité s’accompagne d’une résistance de la matière et de certaines nécessités techniques qui s’imposent à eux et qu’ils
« subissent » (qu’ils « souffrent » selon une acception désuète de ce verbe), mais ce n’est pas là ce qui définit leur activité : on devrait plutôt dire qu’ils oeuvrent. Cette distinction est importante, car elle indique que l’aliénation par le travail peut s’estomper partout où le travail est au service de l’œuvre. Voilà donc un autre élément de la solution au problème que se pose Cécile : il faut développer les modes de travail qui donnent l’opportunité aux travailleurs de « faire oeuvre » ; on sortirait alors du travail aliéné. Quant à l’écolier, il fait œuvre plus qu’il travaille, il est lui-même sa propre œuvre et il est lui-même la matière à « ouvrer » pour cela : il est l’artiste de lui-même.
Cécile a donc raison, il y a sûrement quelques alternatives à la condamnation pure et simple du travail. Mais si je persiste cependant à la critique du travail (seulement du travail aliéné) c’est parce que j’ai une petite idée de ce que l’on pourrait faire hors de la sphère du travail : beaucoup d’œuvres c’est sûr, et bien d’autres choses encore…

David GIPOULOU

Je suis tout à fait en accord avec toi Michel. Comme syndicaliste, je trouve dommageable une annonce comme celle là avant des négociations sociales, où le principal parti de gauche actuel, n'aide pas à se battre sur une position juste en terme de répartition des richesses.
Comme politique je suis attristé par cette déclaration et suis réconforté de voir des socialistes comme toi, Emmanuelli ou Filoche. Nous aurons besoin de tous les socialistes qui ne renoncent pas, dont je suis philosophiquement.
amitiés

La souris rose

Pareil !
Et juste un commentaire au passage en réponse à Cécile qui parle de "la position des syndicats (malheureusement pas très représentatifs, vu la faiblesse de leurs effectifs)" : environ 650 000 syndiqués à la CGT, 800 000 annoncés à la CFDT. Combien d'adhérents au PS, 1er parti d'opposition?

Carte

Si l'on prend comme critére le nombre d'adhérents,les syndicats sont beaucoup plus représentatifs que les partis politiques et leurs membres seraient plus nombreux s' il n'était pas pratiqué comme une chasse aux sorcières dans pas mal d'entreprises privées.Les éus politiques tirent leur légitimité d'elections diverses,locales ou nationales;pourquoi ne ferait-on pas la même chose pour les syndicats et leur représentativité ne serait pas contestée.Il existe bien les prudhommales ,mais nombre de salariés ne participent pas

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