Nous célébrions ce dimanche le 65e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis par les Alliés. Le monument creusois érigé en mémoire des déportés de notre département se trouve à Aubusson, ville dont les habitants payèrent le plus lourd tribut. Chaque année, en présence des déportés rescapés et de leurs famille, nous honorons la mémoire de ceux qui périrent, victime de la solution finale.
J'ai senti particulièrement cette année, en écoutant l'allocution d'Albert Marchand, ancien déporté, une grande inquiétude, confinant somme toute à une réelle désespérance, face au spectacle inquiétant que donne le monde contemporain.
La déportation, la mise en oeuvre de la solution finale, manifesta l'ultime folie meutrière à laquelle avait conduit le nationalisme exacerbé par la crise économique des années 30. Hommes et femmes furent éliminés par millions, au nom d'une idéologie de la pureté, hiérarchisant l'espèce humaine selon des critères ethniques, politiques, religieux ou sexuels.
Les rescapés n'ont de cesse de témoigner de ce cauchemar du XXe siècle, et du processus qui conduisit à cette folie. Ils témoignent aussi du monde nouveau qui naquit de ce chaos, avec le programme de société nouvelle du Conseil National de la Résistance, de la nouvelle organisation internationale, et la création de l'Europe. Autant d'outils pour assurer la paix et la liberté.
Le retour en force des nationalismes, en Europe même, la recherche de ces plus petits communs dénominateurs, qui vise à atomiser les espaces de solidarité et de redistribution que sont les Etats, ne peuvent être vécus que comme des bégaiements de l'Histoire, alors que le contexte de crise économique, désormais mondialisée, en accentue les manifestations.
"Jamais les riches n'ont été aussi riches, jamais les pauvres n'ont été aussi pauvres ! " s'exclamait hier Albert Marchand.
Les informations du week-end ne pouvaient le rassurer, alors qu'on évoque la partition de la Belgique, qu'on assiste à l'irruption des nationalistes hongrois sur la scène politique de ce pays, et qu'on va mettre à genoux le peuple grec. J'entendais, sur ce dernier sujet, avec une certaine dérision, madame Lagarde prodiguer ses conseils de bonne gestion aux responsables grecs, pour résorber leur insupportable déficit, et juguler leur scandaleuse dette publique. Pas de doute que sur ces deux points, notre ministre de l'Economie soit particulièrement fondée à donner des leçons.
L'Europe apparait comme un nain politique, dès lors que la tempête souffle. Que le pays, la Belgique, qui accueille le siège des institutions européennes, de petite taille, en soit à ce point au bord de la partition le démontre à l'évidence. Que les Italiens du Nord refusent que les recettes fiscales issues de leur activité soient aussi utilisées pour les missions régaliennes de l'Etat dans le sud du pays en dit long sur la déliquescence de la république italienne et de son président caricatural. Que la droite hongroise en soit réduite à proposer des passeports hongrois à des minorités limitrophes dans les Etats voisins, pour contenir la poussée de ses nationalistes est en soi une victoire de ces deriers,qui voient ainsi leurs thèses légitimées.
Alors oui, nos anciens déportés et résistants peuvent légitimement se demander si le martyre qu'ls ont subi a bien servi de leçons aux générations suivantes. La connaissance est la condition de toute action éclairée. Il y a manifestement déficit de connaissance chez les nationalistes. Cela devrait inciter nos dirigeants à renforcer les cours d'histoire auprès de nos jeunes. Le temps qui passe efface toute chose, si on en garde pas le souvenir vivant.
Le temps est venu du courage en politique. La paix et la liberté en dépendent.
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