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Commentaires

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Robert

Cette Constituion est périmée et dangereuse personnellement je pense que la Gauche devrait refuser de voter toute modification pour démontrer que les français en ont assez de cses manipulations négatives.

Michel Dias

Michel,

De peur, sans doute, d’enfoncer des portes ouvertes, tu restes bien modéré dans ta dénonciation de cette aberration absolue qui consiste à inscrire dans la Constitution la contrainte faite au gouvernement de s’engager dans une démarche de réduction des déficits publics. Il est vrai que les dérives induites par cette mesure n’ont rien de nouveau et que nous avons là une confirmation magistrale d’un phénomène depuis longtemps avéré : la disparition du politique par sa complète subordination aux impératifs économiques. On n’en finirait pas, cependant, d’énumérer les implications inquiétantes de cette décision et les effets pervers qu’elle peut engendrer, au point d’ailleurs qu’elle mettrait probablement notre Constitution en contradiction avec certains de ses propres principes.

Passons donc sur l’étrangeté d’inscrire parmi les principes fondamentaux de la République quelque chose qui relève d’une pratique conjoncturelle, d’un moyen technique d’ajustement dont la pertinence devrait être évaluée au coup par coup, selon les circonstances. Le fait est qu’en gravant dans le marbre de la Constitution ce choix technique, on invalide d’emblée tous les autres choix possibles et on érige en dogme universel (mais c’est déjà fait depuis longtemps…) un modèle économique, abolissant d’un trait les modèles alternatifs qui n’intègrent pas cette pratique et qui n’auront plus droit de cité dans notre république.

Du reste, qu’en sera-t-il, désormais, de la défense des services publics et, au-delà, de tous les secteurs d’activité qui relèvent du service social, de l’aide aux personnes, de la culture et qui, dépendant des subsides de l’Etat, n’ont pas vocation à être rentables ? Que dire de certains droits fondamentaux de la personne humaine dont la prise en charge par l’Etat ne peut que générer du déficit ? Monsieur Sarkozy vient de décider que l’on inscrive dans la Constitution le désaveu des principes fondamentaux de la solidarité publique qui, par définition et par choix national, accroissent les déficits. J’attends le jour où le gouvernement déclarera anticonstitutionnelles les revendications en faveur de l’éducation ou de la santé ! Ce jour est imminent où la défense de la retraite à soixante ans sera elle aussi déclarée contraire à la Constitution ! Et où le respect des droits de l’homme – ô combien fauteurs de déficits publics – sera rendu anticonstitutionnel par cette mesure ! Celle-ci n’a rien d’un simple gadget médiatique car elle vise à museler les revendications sociales à venir par un argument institutionnel rédhibitoire.

Mais il y a autre chose. L’inscription de cette mesure d’ordre strictement économique dans le texte de la Constitution va dans le sens de cette technicisation accrue qui dépossède chaque jour un peu plus le citoyen de la chose politique. Une fois encore se confirme que l’activité politique, originellement affaire de tous les citoyens, sera de plus en plus impartie à l’expertise des spécialistes et réservée aux seuls techniciens de l’économie. Il n’y va pas seulement de la participation des citoyens aux décisions – participation dont nous avons depuis longtemps fait notre deuil tant la décision politique relève d’une technicité qui échappe au commun des mortels – mais il y va du droit des citoyens à exercer leur jugement et à évaluer la pertinence des gouvernements. Les principes constitutionnels, comme les principes des droits de l’homme, sont autant de critères d’après lesquels le système républicain invite les citoyens à exercer leur jugement sur la conduite des affaires publiques. A l’origine, ces critères sont organisationnels ou éthiques, ils interpellent les citoyens sur le respect des règles institutionnelles objectives et sur le respect des valeurs humaines ; autant de points sur lesquels tout homme normalement éduqué et instruit est habilité à s’exprimer ; autant de critères d’évaluation des actes de l’Etat sur lesquels les citoyens peuvent statuer à égalité avec les gouvernants. Cette accessibilité au citoyen moyen des critères d’évaluation des décisions publiques est une condition obligée du fonctionnement républicain : c’est lui qui instaure le principe de parité entre les membres d’une communauté politique. Il va de soi que la technicisation des critères d’évaluation prive les citoyens de leur aptitude à juger, c’est-à-dire les prive de l’exercice effectif de leur liberté politique.
En clair, nous pourrons toujours, entre citoyens, discuter la question de savoir si les actes gouvernementaux sont conformes à l’esprit de justice sociale. Peu importe que la notion de « justice » soit une notion subjective, c’est, au contraire, en raison de sa parfaite subjectivité qu’elle appartient à tous et qu’elle relève éminemment de la discussion politique sans qu’aucune expertise scientifique ou technique ne puisse revendiquer le monopole de sa définition. Telle est l’essence de la politique d’obliger les hommes à dialoguer et à s’accorder entre eux parce qu’il y est question de valeurs éthiques à propos desquelles aucun « expert » ne saurait arbitrer et sur lesquelles on ne peut trancher qu’au moyen de la discussion. Mais comment discuterons-nous, entre citoyens, de la pertinence d’une décision gouvernementale relative à un objectif de « réduction des déficits » ? Qui de nous, autre que technicien de l’économie et spécialiste des mécanismes financiers, est habilité à se prononcer sur ce point ?
Là où la Constitution oriente l’activité de l’Etat vers la justice, nous avons encore une communauté politique et l’exercice de la citoyenneté est requis ; là où la Constitution oriente l’Etat vers la réduction des déficits publics la citoyenneté est congédiée en même temps que la discussion politique. Vieux problème des Etats modernes soumis à l’essor des techniques. Les techniques ont l’inconvénient de soumettre les hommes à la tyrannie des processus ; nous croyons dominer les processus par la technique alors qu’en nous obligeant à une vision technicienne du monde ce sont les processus qui asservissent notre pensée, nos mœurs et nos « politiques ». En bref, Monsieur Sarkozy vient de proposer que l’on enracine un peu plus dans la Constitution la transformation déjà bien avancée de la démocratie en technocratie.

Eu égard à ce risque, ce serait faire bonne mesure, en effet, que de profiter de cette nouvelle incursion au cœur des principes constitutionnels pour y inscrire la règle de deux députés au minimum par département, ne serait-ce que pour éviter que l’impact politique du vote des électeurs creusois ne soit bientôt divisé par deux !

Electeur creusois, en 2012, ton vote pèsera deux fois moins qu’avant dans le choix de ton représentant à l’Assemblée Nationale et tu ne fais pas la révolution ? ! Tout est dit.

Robert

Le commentaire de Michel DIAS est trés pertinent j'ajouterai qu'une Constitution doit régler les grands principes du fonctionnement de l'Etat et définir les régles de la République mais qu'en aucun cas elle doit imposer un modéle économique.
Je suis de ceux qui ont toujours considéré que la Constitution ne pouvait être modifiée que par un référendum et qu'il est regrettable que des élus de gauche (PRG Jack LANG..) aient voté la derniére modification.
J'ai également déploré que des élus de gauche aient assisté au discours de SARKOZY devant le Congrés discours destiné uniquement à sa propre publicité.
La gauche si elle est unie peut faire échouer cette modification qui est d'une part inutile d'autre part inefficace et dangereuse.
Je ne suis pas toujours d'accord avec Martine AUBRY mais j'approuve quand elle dit que si le gouvernement décide de reculer l'age légal de la retraite la gauche si elle arrive au pouvoir en 2012 abrogera ce texte il doit en être de même pour d'autres textes néfastes.

Robert

Lze gouvernement comme l'on s'y attendait veut repousser l'âge légal de départ à la retraite.
Or cette mesure est inefficace car elle ne résoudra pas le problême de financement des retraites et tous ceux,ils sont prés de 70 % qui agés de plus de 55 ans ne trouvent pas de travail iront grossir les rangs du RSA ou seront en maladie ou en invalidité la question du financement sera déplacée.
De plus ceux qui ont commençé trés jeunes à travailler vers 16 ans se verront obligés de cotiser pendant 44 ans pour pouvoir prétendre à la retraite,ce sont donc les salariés les plus pauvres qui feront les frais de cette mesure démagogique qui s'inscrit dans la tradition de l'ultra libéralisme.

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