Monsieur le Ministre*,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants, résistants et déportés,
Mesdames et Messieurs membres des familles,
Madame et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
« Ceux qui ne connaissent pas leur Histoire s’exposent à ce qu’elle recommence » . Cette citation d’Elie Wiesel, Prix Nobel de la Paix en 1986 ne suffirait-elle pas à expliquer notre présence ce dimanche matin, ici, à Aubusson ?
Oui, nous sommes présents, comme chaque dernier dimanche d’Avril, parce que nous souhaitons commémorer la mémoire et le sacrifice de ces hommes et de ces femmes qui résistèrent à l’inacceptable jusqu’au sacrifice de leur vie pour nombre d’entre-eux.
Oui, nous sommes présents parce que nous ressentons profondément notre responsabilité d’hommes et de femmes libres, libres grâce à leur engagement à eux, alors que l’Europe s’était enfoncée dans les affres sanguinaires du fascisme et du nazisme.
Ces liens que nous ressentons si fortement, ce sont des liens qui nous libèrent.
Ce sont des liens qui puisent leur force dans la connaissance que nous avons de ce qui s’est passé, grâce à leurs témoignages, grâce au travail des Historiens, grâce aux archives, grâce à l'enseignement.
Notre ennemi, c’est le révisionnisme avec lequel les fils spirituels des bourreaux voudraient réécrire l’Histoire, pour mieux diffuser leur idéologie mortifère dans les cerveaux de ceux qui sont nés après cette terrible période de nuit et de brouillard.
C’est pourquoi notre vigilance ne doit pas être prise en défaut, et que nous devons prendre en compte tous les paramètres, économiques, sociaux, politiques susceptibles de former le terreau fertile à la propagation des thèses fascistes. Les Républicains de toutes opinions, à l’instar de ceux qui résistèrent lors de la seconde guerre mondiale, doivent veiller à ce que les digues idéologiques restent solides et imperméables aux ruissellements du nationalisme, de la haine de celui qui est différent, et du repli sur soi.
Jamais, au grand jamais, dans l’Histoire de l’Humanité, il n’y eu d’exemple d’un régime autoritaire, fasciste, qui n’ait supprimé les Libertés, opprimé les peuples, piétiné les Droits de l’Homme. Le nationalisme, c’est la guerre, nous le savons ! Mais cette connaissance n’est pas innée, elle est acquise. Elle a comme difficultéde devoir surmonter le temps qui passe et qui estompe le sentiment de danger.
La réponse n’est certainement pas la stigmatisation de ces citoyens écrasés par le système, qui doutent de la république égalitaire et qui se réfugient dans un vote protestataire parce que c’est le dernier droit qui leur reste, la dernière expression de révolte qui leur semble possible.
« Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme » nous souffle Camus dans L'Homme révolté (1951).
Nous sentons bien là la limite à laquelle se confronte le plus vertueux des discours. Le verbe ne vaut rien, s’il reste simple parole verbale, effet de style et promesses non tenues. La République, s’il elle a besoin des mots pour se concevoir, ne peut se vivre que par les actes qu’elle met en œuvre. Tout le monde est d’accord : il ne suffit pas de proclamer, de revendiquer la république irréprochable. Elle doit en donner l’exemple. C’est le devoir impérieux qui s’impose à ceux qui aspirent à nous diriger, que d’incarner cette réalité attendue.
Dans quelques années, les rescapés des camps de concentration, les résistants des maquis ne seront plus là pour témoigner, non pas seulement des épreuves qu’ils ont traversées, mais aussi de l’enchaînement fatal de circonstances qui conduisit à ce crépuscule de la civilisation.
Les jeunes générations auront alors à prendre le relais, et nombreux sont ceux qui se sont déjà attachés à le faire. C’est un devoir de mémoire indispensable, car comme le disait Paul Eluard, le poète-résistant, « si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ! »
C’est un devoir de mémoire qui s’inscrit dans l’action et dans l’exemple, dans la conscience et dans le libre-arbitre, dans la Liberté et dans la Paix.
Mesdames et Messieurs, votre présence à cette cérémonie témoigne de votre engagement solennel à toujours défendre les valeurs qui constituent notre héritage, notre bien commun, notre fierté de citoyens.
Gardez toujours à l’esprit que le renoncement aux valeurs de la République, que la compromission ou l’indulgence vis à vis de tout extrémisme, peut conduire au pire.
L’enseignement que nous transmettent les rescapés et les survivants de la déportations, les héros de la Résistance, c’est une leçon d’espoir, de courage et de vie. C’est une leçon d’humanité. Nous ne pouvons trahir la confiance qu’ils mettent en nous, leur foi en la fraternité, leur conviction de bâtir un monde meilleur. Pour ma part, je m’y refuse.
Vive la Paix, Vive la République et Vive la France !
*André Chandernagor, qui réside à Aubusson.


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