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Jerome Mathias Bel

Après les cadres du Modem n'attendant pas le positionnement de François Bayrou pour déclarer leurs ralliements à la candidature de François Hollande, c'est aujourd'hui au tour de Philippe Douste-Blazy d'expliquer clairement pourquoi il ne peut pas voter Sarkozy dimanche prochain:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/03/philippe-douste-blazy-pourquoi-je-ne-voterai-pas-pour-sarkozy-le-6-mai_1694538_3232.html

Ainsi, dans le débat télévisé d'hier, le président sortant a préféré cliver encore davantage vers un FN qui, ce matin, considère déjà que l'UMP a implosé en direct dans cet entre-deux tours; ainsi, il n'a pas convaincu d'autre chose que de cette mauvaise frontière que désigne aussi Philippe Douste-Blazy, loin des thèses du clan Le Pen que souhaite entendre à l'UMP Gérard Longuet.
Ainsi, quels que soient les résultats de dimanche, une chose est désormais sûre: en cinq ans le sarkozysme a profondément dégradé la France mais jusqu'au bout il a aussi profondément dégradé la droite républicaine. Un rassemblemnt démocratique est donc nécessaire d'urgence. Il est à souhaiter que François Bayrou saura le confirmer car sinon, c'est lui qui n'aura plus une seule chance politique de faire exister le courant politique qu'il a défendu pendant sa campagne, avalé que sera son centrisme dans la recomposition d'une droite dorénavant en quête de cette dignité républicaine que lui hôte les sarkozystes rapprochements avec les nationalistes fanatiques.
Car pointe désormais la possibilité d'une erreur supplémentaire du candidat de l'UMP: et si l'ex-extrémiste de droite Buisson, influent conseiller spécial du président sortant depuis des mois, avait au final plus travaillé pour le FN que pour l'UMP? Un Buisson qui cache la forêt noire? Réponse aux législatives de juin prochain.

Jerome Mathias Bel

Le président sortant déclare dans son dernier meeting de campagne à Toulon, ville où le maire UMP et ancien ministre, Mr Falco, organise le remboursement par ses administrés de la dette laissée par le frontiste Le Chevallier en à peine un mandat municipal de 1995 à 2001 et à hauteur de 3 millions d'euros, à Toulon où le taux de chomâge est le plus fort de toute la région, où le préfet ferme les yeux sur l'illégale perfusion financière accordée par le conseil général UMP du Var pour maintenir la vitrine sécuritaire des quartiers chics du cap Brun (sic), du mont Faron ou du Mourillon, à Toulon où les écarts entre riches et pauvres détiennent le record départemental, à Toulon donc, exemple typique des modes de désastreuse gestion que veut encore oser l'UMP pour la France et les départements, le candidat du parti de la lépenisation par avance et de la croissance en retard résume son bilan: "j'ai résisté au terrorisme de la pensée" dit-il. A quel terrorisme de pensée Sarkozy aura-t-il résisté ? Sûrement pas à celui du clan Le Pen qu'il inocule à dose massive et quotidienne depuis plusieurs semaines au grand corps malade d'un tel sarkozysme, déjà à la renverse, de la droite républicaine. A Toulon, très particulièrement, l'imprécision et l'ambiguïté des zig zag de l'UMP atteint au comble de l'esprit de division qui l'anime contre les valeurs de la République que ce soir, de façon inédite, l'honneur de François Bayrou vient aussi de choisir de défendre en toute lucidité morale.

Jerome Mathias Bel

C’est au prétexte de la diversité du courant politique qu’il prétend incarner au centre de l’échiquier politique français que François Bayrou vient, ce soir, d’exprimer un choix dont il convient de saluer à la fois et le courage et la sincérité, tous deux également républicains à n’en pas douter, et particulièrement en des circonstances historiques à bien plus d’un titre, à bien plus d’un degré de lecture des enjeux politiques et moraux qui fondent et constituent notre citoyenneté.
Il convient donc d’entendre précisément les mots par lesquels le leader et fondateur du MoDem s’est exprimé, clairement, précisément, fermement et avec une forme de lucidité morale et de hauteur de vue humaniste indéniables . En notant d’emblée qu’au-delà d’une non consigne de vote au seul nom de son parti, que l’on peut comprendre selon le respect démocratique de cette diversité dont François Bayrou espère toujours, peut-être illusoirement, l’émergence forte d’un mouvement politique à stricte équidistance des partis de droite et de gauche sur l’abscisse nationale de la pensée politique, il faut donc immédiatement souligner qu’à travers ce qu’il nomme « le choix que je fais » en celui de voter personnellement pour François Hollande dimanche prochain, François Bayrou souhaite exprimer un « jugement personnel ». Ainsi, d'un tel jugement, après de nombreux autres enfin émis depuis plusieurs horizons de conscience républicaine en ces quelques jours de l’entre-deux tours à peine, ainsi d'un tel supplémentaire désavoeu, impeccablement sans fard, de l’insupportable orientation ultra-droitière du président sortant, il convient aussi de noter qu’il se formule alors à travers un permanent passage du « je » au « nous », dans une intéressante réciprocité sémantique dont il faudra vite détailler à la fois l’ambition et les conséquences .
Est-ce à dire alors, pour François Bayrou, qu’au-delà d’un inacceptable franchissement du point limite de tolérance de son républicanisme de la part d’un sarkozysme dont on peut, avec le leader du MoDem désormais, considérer qu’il dépasse de loin le déjà obscène racolage électoraliste des votes frontistes pour, en cas de victoire, avaliser à l’UMP de demain, s’il elle existe encore, les nauséabondes idées du FN (le syndrome Longuet en quelque sorte), est-ce à dire donc que François Bayrou joue franchement tapis et, sans douter un instant de la réelle probité républicaine de son choix, il faut le redire, fait le pari ultime d’un centrisme auquel, de cette manière, il offre enfin une perspective autre que celle d’un utopisme que cette parfois trop artificieuse diversité même au sein de son mouvement accentuait paradoxalement, car sous majoritaire condition droitière? De cette diversité du MoDem qu’il respecte toutefois théoriquement et pratiquement à raison, il s’agirait peut-être pour lui néanmoins, par ce « nous » et ces valeurs « nôtres » de ce "je", de revendiquer pour l’orthodoxie centriste dont il se prévaut depuis l’établissement politique de son indépendance singulière, une ligne de partage définitive qui pourrait dorénavant poser quelques embarrassantes questions à la frange droite du MoDem pour que celle-ci puisse, à l’instar d’ailleurs d’une symétrique mais certes minoritaire frange gauche, se définir ailleurs que dans une probablement obsolète inféodation historique à droite.
Obsolescence depuis laquelle François Bayrou tente d’ailleurs simultanément de stimuler une possible analyse lorsqu’il écrit : « Comment en est-on arrivé là ? Ce sera l’histoire de cette élection, de cette rupture au sein du peuple français, rupture qui vient de loin, rupture économique, sociale et morale. » François Bayrou vient-il aujourd’hui de « décomplexer » le centre en misant sur une prochaine disparition de la notion de centre droit? François Bayrou ne pose-t-il pas enfin sa limite contre les frontières de la droite lépénisée?
Au final, peut-être constatera-t-on plus largement qu’après les deux mandats de Jacques Chirac, la droite a tenté dans la périlleuse expérience sarkozyste une troisième rupture malheureuse avec le gaullisme dont elle peinera pourtant de plus en plus à faire entrer l’idéologie passéiste dans la modernité, dût-elle s’en défendre au nom de la modernité même. Etrange ironie de l’histoire au regard de celle d’un certain socialisme… Ce serait alors une forme de revanche intellectuelle pour Lionel Jospin qui, après une similaire intuition politique chez François Mitterrand, avait, lui, plus théoriquement fondé une telle vision.
Au final, peut-être considèrerons-nous que le désastreux sarkozysme a eu un effet de ricochet inversé et simultané, aussi à l'opposé de là où les nationalismes fanatiques d’Europe le souhaitaient comme alibi français à leurs incompétences et à leurs impensés contradictoires de la crise économique internationale. Qu’il a tellement clivé, non pas, comme le vise l’extrémisme droitier, l’unité de la conscience républicaine en deux caricaturales sphères politiques, pendants « du bien & du mal » et « du beau & du laid » que Henri Guaino voudrait encore instituer comme grotesque césure pour dissimuler qu’il ne sait pas, au-delà de la frontière selon Régis Debray et de ses propres frustrations littéraires, penser une esthétique du seuil à la place de celle de la séparation (nuance philosophique pourtant fondamentale, horizontalité contre verticalité si l’on peut brièvement dire), mais a ainsi clivé plutôt l’UMP qui se déporte majoritairement à droite toute dorénavant, laissant l’espace libre à une possible recomposition certes minoritaire mais déjà presque annoncée pour une droite classique, à nouveau logiquement soulignée comme républicaine par effet de distinction d’avec le sarkozysme et très potentiellement rassembleuse, par effet d’urgent ré-équilibrage des forces de cette nature sur l’échiquier politique, jusqu’à l’assimilation complète d’un centre droit au "centrisme" d’ailleurs jusqu’alors hypocrite ; probable phénomène face auquel François Bayrou prend peut-être opportunément les devants avec une éthique véritable, afin aussi de ne pas voir son idéal centriste dilué plus encore qu'il n'est déjà à 9%, aspiré alors par une droite classique à gauche de la droite kärcher, elle-même désormais plus ou moins indirectement supplétive d’une inéluctable « alliance nationale ».
Ce qui lui permet peut-être de clarifier enfin le rôle qu’il souhaite voir jouer par sa formation lors des futures échéances et de se poser, ainsi qu’il l’annonce «personnellement », en figure politique garante d’une autorité morale que sa persistante croyance en la diversité actuelle du MoDem pourrait toutefois amener à être parfois contestée intrinsèquement ; mais gageons désormais que cette diversité vient de s’amenuiser d’un coup au MoDem, ce qui n’est pas au déshonneur de François Bayrou, qui, dans cet acte réfléchi mais sans nul doute venu aussi d’une émotion politique sincère, loin du sensationnalisme émotionnel trivialement cultivé par Nicolas Sarkozy, peut laisser à penser que sa crainte « d’affrontements entre français », non feinte il faut le croire, n’est pas séparée d’une perception sienne de tragédies comme celle de Toulouse ce printemps ou de Norvège l’été dernier, et particulièrement à l’heure où le procès Breivik est scandaleusement quasi absent de l’écran médiatique du fait de la couverture intense d'un entre deux tours lui-même sous grande tension dûe aux problématiques communes entre de tels drames et cette campagne présidentielle, problématiques inconsidérement posées puis agitées par les gardes barrières de l’UMP, tant ces derniers aussi, comme leur candidat, n’ont toujours pas intégré, entre autres choses d’alternances, la légitimité de la gauche de gestion à exercer l’action publique. Grande tension sociale sur laquelle parie donc encore pour trois jours l’UMP comme l’a montré aujourd’hui la minable mais brutale prise à partie qu’ont subit en direct les journalistes à l’issue du meeting toulonnais de Sarkozy et de la part de militants autorisés sûrement à ce déni de démocratie par les propos antérieurs et inadmissibles de leur candidat sortant envers les journalistes il y a peu encore. "Violence": François Bayrou a condamné la violence de la campagne de celui qui, pas plus tard qu'hier au soir, arguant en début de confrontation républicaine, qu'il s'était toujours soucié qu'il n'y ait pas de "violence" lors de ses réformes. Traduire plutôt pas d'opposition à sa violente politique.

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